La reddition de Breda se fera un peu attendre

Velasquez, Reddition de Breda, 1635, musée du Prado, Madrid.

Il y a quelque chose d'assez amusant dans la déconvenue soudaine du gouvernement turc, découvrant que quand le PKK envoie des groupes de ''reddition'' en Turquie, c'est avec une allure si triomphante qu'ils donnent l'impression, ou bien de faire une fleur à Ankara ou bien, de plus en plus, d'avoir remporté une première passe d'armes dans la guerre ''psychologique'', comme ils disent. De fait, il n'y a qu'eux pour se rendre avec la même superbe que s'ils étaient les magnanimes vainqueurs, il faut leur reconnaître ce talent de ''communicants'' de qui la Turquie pourrait prendre de la graine : les guerilleros sont bien accueillis comme une armée victorieuse et c'est la Turquie qui va donner l'impression d'avoir cédé, devant la pression populaire très bien orchestrée par le DTP. On ne peut dire qu'ils s'amènent en chemise et la corde au cou...

Est-ce que cela va être fécond ou contre-productif est une autre question. Tout dépend du but poursuivi et des points de vue. Effrayé par l'impact inattendu de ces convois, le gouvernement a donné provisoirement un coup de frein à tout ça, le temps, peut-être de passer un coup de fil en face, histoire de rappeler : ''Hé, ho ! C'est nous les vainqueurs, vous trompez pas de casting !'' Nêçirvan Barzani, le Premier Ministre sortant du Kurdistan et bientôt Vice-Premier Ministre d'Irak y est même allé de sa petite semonce en demandant au PKK et au DTP de ne pas être aussi ''provocant'', c'est-à-dire d'éviter d'agiter les drapeaux du PKK sous le nez des autorités turques en célébrant les 25 ans d'insurrection...

Si l'on se demande pourquoi Nêçirvan Barzani se fait tant de souci pour la susceptibilité turque, hé bien c'est sans doute pour les mêmes raisons qui font que les Kurdes d'Irak sont plutôt ravis de voir partir le PKK de la Région, et si en même temps la Turquie retirait ses bases près d'Amedî, personne ne s'en plaindrait : En gros, allez régler vos problèmes chez vous, ça nous fera de l'air...

Maintenant que veut le PKK ? Sans doute gagner cette manche-là en s'imposant comme partenaire-clef des négociations, s'invitant dans les rencontres, histoire que le DTP et Ahmet Türk ne se prennent pas pour les acteurs Number One de la paix, et se souvenant aussi, peut-être que la reddition ou les cessez-le-feu unilatéraux ordonnés par Öcalan après sa capture n'avaient pas donné grand-chose (sinon, évidemment, sauver la peau d'Öcalan, ce qui n'était pas rien aux yeux de ce dernier).

Que veut l'AKP, sinon jouer les Spinola ouvrant généreusement les bras aux vaincus de Breda en leur permettant de rentrer couler une retraite paisible dans leurs pénates (enfin ce qu'il en reste après 20 ans de guerre et la destruction par l'armée de plus de 3000 villages) tout en démontrant à l'opinion publique que la technique soft made in AKP a plus payé en 10 ans que la guerre de terreur menée par les faucons turcs au Kurdistan ?

Bref les deux camps ambitionnant de bomber le torse en se présentant mutuellement à la fois comme vainqueurs et faiseurs de paix, Nêçirvan a peut-être quelque raison de s'inquiéter : l'évacuation du squatt de Qandil risque de prendre un peu plus de temps qu'espéré...

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