Shahram Nazeri indésirable à Yazd


Le fameux chanteur kurde Shahram Nazeri, qui devait donner un concert dans la ville de Yazd en Iran, s'est vu interdire de spectacle par le Bureau de la Guidance islamique de la ville.

Il faut savoir que la musique n'a pas bonne presse auprès de certains milieux religieux en islam, que ce soit du côté des chiites comme des sunnites. Après la Révolution iranienne, il y avait eu un interdit général sur la musique et les chants. Ce n'est qu'avec la guerre Iran-Irak, que la chanson avait pu être réintroduite : les chanteurs avaient eu le droit d'entonner des couplets patriotiques, et même Shahram a enregistré des refrains à la gloire de l'Iran immortel et invincible. Puis les chants à caractère religieux (éloges à Ali, déploration de Kerbelah) avaient été également admis. Enfin, pour lutter contre "l'invasion" de la pop, de toute façon interdite de concert en Iran, le gouvernement a, ces dernières années, beaucoup promu la redécouverte et la valorisation du patrimoine musicale des différents peuples de l'Iran, et des organismes ont ainsi fait un travail remarquable d'enregistrement du folklore iranien et des répertoires classiques.

Aujourd'hui, les grands chanteurs et musiciens d'Iran, tels que Mohammad Reza Shajarian ou Shahram Nazeri, sont adulés des Iraniens mais toujours menacés de tracasseries subites de la part des Ayatolahs. Ainsi, Yazd avait accueilli récemment un "concert" de chanteurs déplorant la mort du deuxième imam Hussein (mort à Kerbelah). Mais il est évident que le répertoire de Shaharam Nazeri, qui, en tant que Kurde non chiite, n'est déjà pas très religieusement correct, ne peut qu'agacer les religieux iraniens. Le poète préféré de Shahram est d'ailleurs Jalal al-Dîn Rumî qui, malgré les célébrations officielles lancées par l'Iran, n'est pas très goûté par les Ayatollahs sourcilleux, qui détestent les soufis en général et ce malamâtî là en particulier. Des clercs chiites avaient déjà protesté contre "l'année Rumî".

Bref, Shahram Nazeri a, dans l'histoire, perdu quelques millions de tomams, puisqu'il avait déjà loué son matériel et tout l'équipement nécessaire pour un concert annulé au dernier moment. En prix de consolation, ces bons mollahs, qui avaient accepté que la grande salle de concert de Yazd serve pour les déplorations de Kerbelah, ont proposé au chanteur une salle de remplacement, plus discrète, car ne contenant que 500 places. Au vu des foules que déplace l'ostad Shahram, dans ses prestations, il leur a ri au nez en leur expliquant que dans ce cas, il devrait chanter tout un mois à Yazd afin de satisfaire tout le public qui avait déjà loué les places.



'Stupidity, however, is not necessarily a inherent trait.'
Albert Rosenfield.

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