"N'oubliez jamais que mon coeur bat avec vous "

Après le point de vue de Nawshirwan Mustafa sur l'Irak, voici celui d'Abdul Salam al Zawba'i, ancien adjoint (sunnite) du Premier ministre irakien (chiite) Nouri Al-Maliki sur le Kurdistan.Il est amusant de voir combien, dans ces regards croisés, l'indulgence et l'approbation se manifestent plus envers les voisins que chez soi.

L'article, publié dans Soma-Digest relate une rencontre rapide, une interview-express par Darya Ibrahim dans le salon VIP de l'aéroport de Sulaïmanieh (texte complet ici). J'en publie quelques extraits:

"Je lui ai demandé ce qu'il pensait de la Région du Kurdistan et il a répondu : "Il ne fait aucun doute que l'expérience kurde, avec ses innovations politiques, est une expérience nouvelle en Irak et le Kurdistan est un facteur très important pour la sécurité, la politique et l'économie en Irak." Il ajoute : "Si nous comparons le Kurdistan passé et présent, nous pouvons voir que ses infrastructures politiques et l'étendue de son service public ont connu une augmentation générale."

[Ici, aparté mignon du journaliste] : "A voir l'expression de son visage, il est évident qu'Al Zawbai se préoccupe de l'avenir de la Région du Kurdistan." [A vous d'imaginer de quel type d'expression il s'agit, pour que ce soit si "évident". Il avait peut-être l'oeil humide et le kleenex à la main...]

"Revenant sur ses déclarations précédentes, il ajoute que la politique turque et leur intervention illégitime dans la région ont fait beaucoup pour la déstabiliser, car ils (les Turcs) ne peuvent accepter la sûreté et la sécurité qui prévalent dans la Région du Kurdistan :

"J'espère que la sécurité reviendra dans la région et que nous verrons une pleine participation et à long terme, de la part du gouvernement irakien pour vaincre tous ceux qui travaillent contre l'Irak et pour en déloger tous les ressortissants venus des pays voisins."

La crainte imposée par leur terroristes grandit et l'absence d'amélioration dans le pays sont des facteurs qui pèsent sur la stabilité et malheureusement il n'y a eu jusque là que des effets négatifs. J'espère que nous verrons bientôt une solution."

L'ancien adjoint du Premier ministre est parfois décrit comme un sunnite qui a bravement fait fi des divisions sectaires pour rejoindre le gouvernement à majorité chiite, et qui ne connaît que trop bien les souffrances causées par les terroristes et leurs actions à l'intérieur du soi-disant "Irak libéré".

Mais comme la plupart des Arabes sunnites qui ont accepté de se joindre au gouvernement d'Al-Maliki, Al-Zawbai est régulièrement dénoncé par les insurgés sunnites comme un traître, ce qui en fait une cible pour ces groupes.

En mars 2007, alors qu'il avait terminé la prière du Vendredi dans une mosquée construite dans une zone résidentielle derrière le ministère des Affaires étrangères, Al-Zawbai fut victime d'un attentat-suicide, comme d'innombrables civils innocents. Il survécut à l'attaque qui tua neuf personnes, mais fut gravement blessé.

Laissant la politique de côté, je questionnai Al-Zawbai sur sa visite au Kurdistan, et comment il avait été reçu par les Kurdes.

Avec un sourire, il commença de m'expliquer sa relation de longue date avec les Kurdes. "Ma relation avec les Kurdes date de 25 ans, quand j'étais étudiant à l'université de Mossoul. Un grand nombre de mes amis étaient Kurdes. J'éprouve une grande confiance à traiter avec les Kurdes."

"j'admets et je reconnais toutes les atrocités qu'ont subi les Kurdes sous l'ancien régime. Je sais les tueries et le nettoyage ethnique lors des attaques chimiques sur Halabja et l'Anfal".

Al Zawbai explique combien il est heureux que les Kurdes se soient élevés au-dessus de leur passé sinistre, ont réussi à survivre et échapper aux actions criminelles du régime déchu. Il poursuit en disant qu'il est aussi content que le poids du passé n'entrave pas leur progrès dans l'Irak d'aujourd'hui comme cela a été le cas pour d'autres.

"La relation entre les Kurdes et les Arabes est à la fois en quête d'une solution mais c'est aussi une relation qui remonte à plusieurs années".

Il explique que les Kurdes ont témoigné une grande affection pour leurs frères arabes et ceux des autres nations de l'Irak. Ainsi, en raison de la menace terroriste et de l'absence de sécurité dans beaucoup de villes irakiennes, de nombreux Kurdes ont offert un asile à leurs frères arabes.

Alors que l'heure du départ approche, je tente de l'interroger sur la dégradation de la sécurité à Bagdad et dans les autres villes.

Avec une expression de douleur, il répond : "La situation sécuritaire connait une période très dure. Comme vous l'avez vu, certaines forces militaires ont été utilisées pour éradiquer les milices et les groupes terroristes. Tout le monde peut voir sur ses écran de télévision et à travers les média que les intentions de ces groupes ne sont pas bienveillantes. Nous sommes profondément attristés par le nombre des victimes causées par ces attaques, parmi lesquelles se trouvent des femmes et des enfants."

Questionné sur ce qu'il pense de la démocratie et de son application dans un pays ravagé par la guerre, il souligne : "Selon moi, la démocratie ne signifie pas faire la queue devant une urne avec un bulletin de vote. La démocratie signifie la compréhension, la foi et la tolérance les uns envers les autres." Il insiste sur le fait que l'Irak a besoin de connaître et de comprendre les différentes significations de la démocratie.

"Ces pays qui ont vécu des années sous l'oppression et la dictature ont besoin de faire un grand bond, ils ont besoin de gens compétents issus de leurs communautés qui pourront leur montrer les différents sens de la démocratie."

Il est temps de partir pour l'ancien adjoint du Premier ministre. Sur le pas de porte il se retourn pour dire, avec un chaud sourire : "N'oubliez jamais que mon coeur bat avec vous et que j'espère que notre relation sera un succès."

Source Soma-Digest.

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