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Murathan Mungan et la Trilogie de Mésopotamie


"Cette légende commence à l'endroit où l'eau touche la terre
Certains disent qu'elle a commencé "il y a mille ans de cela"
Certains disent "au temps des magies"
Certains disent "il y a quelques temps"
Certains disent "dans mon rêve"

La Trilogie de Mésopotamie est une épopée. Une épopée où les mythes et les civilisations de l'Anatolie orientale rencontrent le monde de Murathan Mungan. À l'intérieur de cette langue poétique, enveloppée par un drame commun, la vie et la mort, l'amour et la tradition, la passion et la violence sont entremêlées. Comme l'exprime l'auteur, le drame de l'Homme naît au croisement de notre propre histoire avec celle des autres.

Dans chacune des œuvres de La Trilogie de Mésopotamie, publiée en turc aux éditions Metis, ces drames sont racontés d'une manière très subtile : aussi bien dans "Mahmud et Yezida" (Mahmud ile Yezida, 1980), que dans "Condoléances" (Taziye, 1982) ou dans "Les cerfs et les malédictions" (Geyikler Lanetler, 1992), l'auteur parle très exactement de ces croisements et drames avec une grande finesse. Tout ce qui y est raconté est très proche de la réalité. L'action est située sur des terres dites "dures, qui n'ont pas de frontières". Quant à l'époque, il y est dit que l'action y est située dans "tous les temps existants".

Le narrateur des Cerfs et les Malédictions dit :
"Qu-est-ce que nous appelons "notre vie" ?
Qu'est-ce que l'histoire ? Qu'est-ce que le temps ?
Il n'y a qu'un temps en Asie : le Temps Large.
Le Passé, le Futur et le Présent
font tous partie du Temps Large."

Mahmud et Yezida, la première pièce de la trilogie, nous conte l'amour de deux personnes de culture et de religion différentes. L'amour entre une fille yézidi et un garçon musulman va opposer les deux tribus. "Que se passe-t-il si les tribus s'opposent ? La terre chauffe et on la rafraîchit avec du sang..."

Dans la partie "L'encerclement de l'amour", Yezida se laisse mourir dans un cercle qu'elle a dessiné après la mort de son bien-aimé. Ce motif est un rite que Murathan Mungam a créé en partant de la croyance des yézidis, le "cercle sacré". La trouvaille de l'auteur prend sa source dans l'idée que l'inquiétude profonde d el'Homme ne se calme qu'avec le silence absolu, par conséquent avec la mort.

Est-ce que l'amour sera plus fort que la tradition dans Condoléances, la deuxième pièce de la trilogie ? Un amour qui est né au milieu d'une reprise de sang entre tribus affrontera forcément la mort. Au début de la pièce, trois personnes apportent un linceul blanc sur la scène, en le traînant par terre. Les douleurs d'accouchement de Fasla, la femme enceinte, se déroulent au-dessus de ce linceul, telle une image mythologique où la mort et la vie s'entremêlent, où la douleur et la joie se côtoient. Pour Fasla et Bedirhan, la colère, la vengeance, la peur et le doute ont laissé place à l'amour, à la passion et au manque, alors que pour la mère Kevsa la vie n'est que tradition. C'est cette tradition qui la fera jurer qu'elle refermera la fissure des murs. Cette tradition dont la roue, qui s'était arrêtée pour un temps, se remettra à tourner à cause de Heja, qui est encore un adolescent. Ce Heja qui dit que tout ce qu'il connaît de la vie, "c'est à propos de la mort". Ce Heja qui endosse le rôle du patriarche, en se faisant accompagner par la mort, la plus incroyable des morts. Fasla est celle qui accepte la tradition comme une destinée, en allant retrouver la mort avec "son esprit et son cœur", de la main de son fils. Dans le chapitre "Okkes et le guerrier", des Histoires de guerre (Cenk Hikayeleri), en caressant les cheveux de son fils de quinze ans, la mère d'Okkes dit : "Mon fils, tu parles comme si tu ne connaissais pas la tradition. Tu ne sais pas que tout se décide en fonction de la tradition, chez nous ?" C'est la tradition, en tant que juge, qui montre le chemin à l'esprit et au cœur.

Les Cerfs et les Malédictions, la troisième pièce de la trilogie, est la plus longue d'entre elles. Elle est constituée d'un prologue, de sept scènes et d'un épilogue. Le chiffre 7 est un motif important qui revient dans les deux premières pièces : ce chiffre est considéré comme le lien vital entre la nature et l'homme. L'auteur nous parle également des sept djinns dans sa nouvelle Kasim et Nasir : Les sept djinns les ont entourés. Ils étaient habillés des sept couleurs du soleil. Ils arrivaient en tournoyant, en mettant des couleurs et de la lumière sur toute la surface de la terre. Comme ils tournaient sur eux-mêmes, ils s'échangeaient leurs couleurs. Le passé était ébloui. La réalité était éblouie."

Dans la deuxième partie de la pièce Les Cerfs et les Malédictions, les sept djinns avec les sept couleurs de l'arc-en-ciel nous racontent d'une manière symbolique comment un cerf se transforme en femme (Cudana) en passant sous un arc-en-ciel. L'auteur parle aussi des sept djinns vengeurs vengeurs : "Il y a les djinns, des djinns vengeurs ici. Au nombre de sept. Ils se montrent puis disparaissent. Ils ne se laissent pas attraper. Ils sont les gardiens de la malédiction. Ils attendent au chevet de la malédiction."

Dans Les Cerfs et les Malédictions, Hazer bey, qui s'est révolté contre son père pour diviser la tribu en deux, fait construire une magnifique demeure pour sa femme, Kureyşa. Hazer bey est du côté de ceux qui ne veulent plus être des nomades et il souhaite que la tribu se sédentarise, ce qui renforce la contradiction entre les traditions d'antan et celles d'aujourd'hui. La bâtisse est construite sur la terre des cerfs. Hazer bey chasse une biche et se rend compte que celle-ci était enceinte. Là commence la malédiction des cerfs sur sa descendance. Là commence la malédiction du cerf et de la forêt. C'est à cause de cette malédiction que Kureyşa tombe enceinte après avoir bu du sang, qu'elle porte le bébé dont le géniteur est le sang qui a coulé sur la terre. C'est à cause de cette malédiction que son fils Mustafa bey tombe amoureux d'une biche, Cudana.

Dans La Trilogie de Mésopotamie, l'auteur enrichit sa langue grâce à une sémantique commune qu'ont les éléments mythologiques : les motifs propres aux terres d'Anatolie, qui viennent s'ajouter à ces tragédies contemporaines. Les chœurs, les chars, les jeux, les sons, les lumières, les couleurs sont autant d'éléments scéniques qui reflètent le texte. Murathan Mungan entremêle la vie quotidienne, la mythologie et l'épopée dans la trilogie.
Dikmen Gürün.


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