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Les Kurdistanî : L'affirmation d'un patrimoine historique et religieux multiple, au service d'une citoyenneté en construction

IV. Conclusion. La politique culturelle des minorités : une stratégie en vue du référendum et de la formation d'une citoyenneté "kurdistanî".

Erbil, devant le square du gouvernorat


Depuis 1991, sans l'avoir prévu ni choisi, le Kurdistan d'Irak a vécu l'expérience assez originale de devoir vivre et s'organiser comme un État, sans en avoir le droit ni les avantages officiels, et la tâche de reconstruire un pays à la fois très ancien et totalement détruit. C'est aussi un gouvernement dont la majorité des membres, de groupe dominé et rebelle depuis deux siècles, doit soudain gérer des minorités sur son propre sol, lesquelles minorités sont en plus attaquées et menacées de disparition dans le reste de l'Irak. La Région du Kurdistan est devenue une terre d'accueil pour des milliers de réfugiés, alors que les Kurdes étaient, auparavant, une population constamment forcée aux exodes.

Rassembler dans un même ensemble politique et sous le concept nouveau de "citoyenneté kurdistanî", autant de groupes humain dont le passé a été traumatique et conflictuel, passe par une série d'actions principalement axées sur la reconnaissance de toutes les cultures et les cultes. C'est ainsi que les Turkmènes de Kirkouk, dont la "protection" est disputée à la fois par la Turquie, les Irakiens et les Kurdes, sont courtisés de diverses façons par Erbil, en vue du prochain référendum, même si sa tenue réelle est, depuis 2007, reportée sine die. Un des projets du ministère de la Culture kurde était ainsi d'ouvrir une "maison culturelle turkmène", comme il y a déjà, à Ankawa, un centre assyro-chaldéen et que les Mandéens, minorité religieuse qui ne vivait pas au Kurdistan mais a dû fuir elle aussi l'Irak ont aussi leur centre à Erbil : une étape symbolique et politique de l'intégration d'une population dans la Région du Kurdistan.

D'ailleurs, les Kurdes ont-ils le choix ? Cernés par des États fortement hostiles à leur émancipation, ils ne peuvent s'en sortir qu'en maintenant une cohésion interne face à l'extérieur, et en cherchant l'appui des démocraties occidentales, qu'ils tentent de convaincre en construisant un pays tolérant et pluriel, qui serait unique au Moyen Orient. Cette "citoyenneté kurdistanî", à l'opposé du jacobinisme turc ou français, est de fait l'affirmation d'une unité en "mosaïque", se soudant avec les différences de chacun. Comme le disait joliment Monseigneur Rabban, l'évêque d'Amadiyya, à la conférence internationale du 5 mars 2004 à Paris, "le Kurdistan doit être à l'image de ses montagnes au printemps, embellies par les fleurs de toutes les couleurs qui les recouvrent".

(Texte préalablement publié en 2008, dans les Actes du colloque de l'AGCCPF-PACA de juin 2007, mis en ligne après quelques modifications, corrections et rafraîchissements).

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