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Images du ciel d'Orient au Moyen Âge : Introduction


F. Saxl posa les bases de cette réflexion en avançant que Harrân, en Anatolie orientale, fut le foyer principal du paganisme et de l'astrolâtrie jusqu'au XIIº siècle. En effet, les premiers manuscrits montrant les planètes associées aux signes du zodiaque émanent de Mésopotamie ou de Haute-Mésopotamie, régions où circulèrent également certains métaux à effigies astrologiques : la première copie illustrée de la cosmographie d'al-Qazwînî, les premiers ouvrages d'al-Jazarî et surtout le Daqâ'iq al-haqâ'iq, ouvrage d'astrologie et de magie dédié à un dynaste saljûqide Kay Khusraw.

En fait, alors qu'au XIVº siècle la plupart des cosmographies et des manuels d'astrologie connus proviennent principalement des régions proche-orientales sous domination mongole, au XVº siècle, les diverses copies des cosmographies (celles d'al-Qazwînî ou d'inspiration voisine) relèvent davantage de l'aire iranienne.

Ainsi deux ères géographiques sont à l'origine de l'iconographie des planètes associées aux signes du zodiaque dans un registre qui, on l'a vu, n'est plus proprement astronomique : l'Anatolie orientale et la Mésopotamie d'une part et l'Iran d'autre part, d'où proviennent par ailleurs de nombreux métaux à thèmes astrologiques.

Il est à peu près certain que les images astrologiques les plus anciennes sont celles que l'on peut observer sur les métaux originaires à la fois de Mossoul et du Khurâsân.

Dans cette partie du monde islamique, s'étendant de Diyâr Bakr à Balkh, l'islamisation fut assez lente et les populations montrèrent de la réticence à abandonner, pour les uns, leurs anciennes pratiques d'adorateurs des astres, comme l'atteste le Fihrist, et pour les autres, leurs pratiques zoroastriennes (selon le témoignage d'Ibn Hawql).

Il est évident que l'iconographie des planètes associées aux signes telle qu'elle apparut dans le monde musulman à partir du XIIº siècle, ne fut pas créée sui generis par un esprit inventif d'un artisan du métal ni par un érudit copiste de livres. Certains traits des planètes et des signes furent empruntés à diverses divinités que l'on honorait de longue date et qu'on représentait sous forme d'idoles, telles celles des Sabéens de Harrân.

D'emblée, l'étude de ces miniatures révèle une grande diversité d'influences, d'abord celles typiques du milieu mésopotamien qui fut parcouru au cours des siècles par de nombreux courants religieux et culturels. L'Anatolie orientale fut bercée par la civilisation assyro-babylonienne, puis par la culture grecque avant que ne s'y déploient ces religions venues de l'est que sont le zoroastrisme et le zurvanisme, et qu'enfin les Romains ne la colonisent.

Dans le creuset de la Haute Mésopotamie et de la Syrie septentrionale se fondirent les dieux du panthéon babylonien, du panthéon arabe et du panthéon romain, comme le montrent un certain nombre d'érudits, depuis F. Cumont jusqu'à J. Teixidor.

Par ailleurs, le IXº siècle fut une période très brillante d'un point de vue intellectuel dans laquelle le calife al-Ma'mûn fonda le Bayt al-hikma afin de collectionner les ouvrages de culture savante à faire traduire en arabe. Par leur mécénat, les califes abbassides et les dynastes locaux notamment saljûqides, ainsi que les princes vassaux de leur empire (tels les Artuqides), donnèrent un nouvel élan aux sciences. L'astrologue persan Abû Ma'shar al-Balkhî est le meilleur témoin de cette époque : utilisant des sources de diverses provenances (grecques, sassanides, indiennes), il compose une œuvre originale et fondatrice pour l'astrologie médiévale, tant orientale qu'occidentale.

Enfin, à partir du XIIº siècle, les nouveaux conquérants turcs et mongols apportent quelques traits originaux de leur culture que l'on retrouve en partie dans l'iconographie astrologique.

Le carrefour que fut Harrân apparaît donc comme exemplaire de cette fusion des cultures. Tamara Green le montre de façon très intéressante dans son étude sur la ville du dieu Lune.

Parmi ces Harraniens, astrolâtres depuis des siècles, rétifs à l'islam, il y a une élite qui parle grec et syriaque et qui compte des astronomes et des traducteurs officiant sous les califes abbassides à Bagdad, tels al-Kindî ou Thâbit ibn Qurra. Rompus à l'étude du ciel et des astres, ces érudits font de Harrân un centre notamment réputé pour la construction de globes célestes. La première iconographie décrite et connue des planètes, datant du XIº siècle, est d'ailleurs un ouvrage harranien, la Ghayât al-Hakîm.

Quand, au Xº siècle, le géographe Mas'ûdî visite Harran, l'académie néoplatonicienne est déjà fermée. La ville sera ensuite détruite par les Mongols. La seule possibilité, pour cette ville dédiée au dieu Sin, de pérenniser ses croyances millénaires consiste à les véhiculer au travers de savoirs artistiques et techniques. Les circonstances sont favorables : les souverains artuqides sont de généreux mécènes qui commandent des objets en métal, mais aussi des manuscrits (dont ceux d'al-Jazarî), où peut être conservée, entre autres, l'iconographie astrologique jusqu'à l'invasion des turkmènes Aqqoyunlu.

En fait les premiers manuscrits et métaux porteurs de l'iconographie du zodiaque semblent provenir de deux régions : la première est la région située en Turquie orientale, qui comprenait aux XIIº, XIIIº et XIVº siècles : au nord le Diyâr Bakr avec Amîd; à l'ouest, le Diyâr Mudar, avec Raqqa, Harrân, Edesse, Sarûj; à l'est le Diyâr Rabî'a avec Mossoul, Ninive, Mardîn, Nisîbîn.

Ces régions sont alors contrôlées par des Turkmènes, chassés de Perse par les Grands Saljûqides, et qui forment, sous le joug cette fois des Saljûqides de Rûm, de petites principautés au mécénat actif, en dépit des rivalités entre Zenguides de Mossoul et Artuqides de Diyâr Bakr et de Hisn Kayfâ. Les Artuqides de Diyâr Bakr restent au pouvoir durant cinquante ans, ce qui représente une exceptionnelle longévité dans le monde musulman d'alors; ceux de Hisn Kayfâ moins longtemps.



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