TURQUIE : APPELS À LA PAIX ET POURSUITE DES COMBATS


Alors que durant l’été, les annonces de « plans de paix »s’étaient succédés, tant de la part du gouvernement turc que du PKK, pour finalement n’aboutir qu’à de vagues propositions ou ébauches de règlement de la question kurde, le mois de septembre a été plutôt fluctuant, à l’image de ces perspectives politiques incertaines, les gestes de détentes alternant avec la poursuite des violences armées dans les régions kurdes, malgré la « trêve du Ramadan » décidée jusqu’au 22 septembre par le PKK.

C’est également sous le signe de la paix qu’a fait campagne le DTP, dès le 1er septembre, pour sa « Journée de la Paix », s’inspirant initialement de la Journée internationale de la Paix instaurée par les Nations Unies le 21 septembre. Plusieurs milliers de Kurdes ont ainsi manifesté à Diyarbakir en scandant « oui à une paix honorable ». Mais le 25 septembre, c’est un autre slogan qui était lancé, à l’occasion d’une autre manifestation, organisée dans la même ville, survenant après plusieurs accrochages sanglants entre l’armée et le PKK : « Les martyrs ne meurent jamais ».

Malgré les annonces de « plan de paix » des uns et des autres et la « trêve du Ramadan », ce mois-ci a été de fait assez meurtrier, avec 9 soldats turcs tués, de source militaire, et treize autres blessés. Le 8 septembre, des affrontements dans la ville d’Eruh, province de Siirt, ont en effet opposé le PKK à des soldats, tuant cinq Turcs et en blessant quatre autres, selon une source anonyme s’adressant à l’AFP. Le même jour, à Cukurca, province de Hakkari, deux autres soldats étaient tués et un blessé. Le lendemain, 9 septembre, une mine posée par le PKK, selon l’armée, faisait deux victimes parmi les soldats turcs et huit blessés près de Baskale, province de Van. Le 13 septembre, toujours à Cukurca, l’armée annonçait la mort de trois combattants du PKK alors que la veille un civil avait été tué et un autre blessé par l’explosion d’une mine à Kulp, près de Diyarbakir. Enfin, le 18 septembre, l’armée turque a demandé officiellement au Parlement d’Ankara de renouveler son autorisation d’effectuer des opérations au Kurdistan d’ Irak pour y pourchasser le PKK, autorisation qui doit expirer le 17 octobre prochain. Cette autorisation, votée en 2007, avait été renouvelée en 2008.

Après les annonces de réformes visant à résoudre le conflit kurde, certaines voix dans la presse turque avaient émis l’hypothèse que, cette fois-ci, le feu vert du parlement, en majorité AKP, n’était pas forcément acquis, d’autant plus qu’une détente incontestable a contribué à assouplir la position de la Turquie sur le statut du Kurdistan d’Irak. Mais le Premier Ministre, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré finalement, le 27 septembre, de New York, alors qu’il participait à l'assemblée générale de l'ONU, qu’il y était favorable : « Nous en parlerons lors d'un conseil des ministres et enverrons (la demande) immédiatement au parlement. » 3 jours plus tard, le général Ilker Basbug, chef de l’état-major, alors en déplacement dans la province de Mardin, a fait, depuis le poste militaire de Sinirtepe, une déclaration ambiguë, dans laquelle il appelait à la fois le PKK à se rendre, avec des accents relativement pacifistes, « il n'y a aucune autre solution. On ne peut parvenir à rien avec les armes et le sang », tout en indiquant aussitôt avoir l’intention de lutter « jusqu'au bout pour mettre fin au terrorisme ». Sur la question de la reddition et de l’amnistie, Ilker Basbug a cité des chiffres émanant du ministère de la Justice, affirmant que sur 870 membres du PKK qui s’étaient rendus, en vertu de dispositions déjà existantes, 638 avaient été libérés entre 2005 et 2008, car n’ayant pas pris les armes contre les forces de sécurité. Reprenant la version officielle de l’AKP selon laquelle le problème kurde en Turquie est essentiellement économique, le général a pointé le chômage dans les régions kurdes et l’analphabétisme (20% au Kurdistan de Turquie contre 7% dans les régions de l’Ouest).

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