Saladin le Magnifique


La poussière commençait à se dissiper devant eux lorsque, à travers ce nuage, s'avança à leur rencontre un corps de cavalerie régulière d'un genre très différent. Munis d'armes offensives et défensives, ils auraient pu servir de gardes du corps au plus fier des monarques orientaux. Cette troupe splendide était composée de cinq cents cavaliers et chacun de leurs chevaux était digne de la rançon d'un comte. C'était des esclaves géorgiens et circassiens dans la fleur de l'âge. Leurs heaumes et leurs hauberts étaient composés d'anneaux en acier, si brillants qu'ils étincelaient comme de l'argent; ils étaient vêtus des couleurs les plus éclatantes, certains même de draps d'or et d'argent; leurs ceintures étaient entrelacées de soie et d'or, leurs turbans enrichis de plumes et de joyaux. La garde et le fourreau de leurs sabres et de leurs poignards damasquinés étaient incrustés d'or et de pierreries.

Ce splendide équipage s'avança au son de la musique militaire et, lorsqu'il rejoignit la troupe des chrétiens, il se scinda en deux de part et d'autre pour les accueillir dans ses rangs. Se rendant compte que Saladin en personne approchait, Richard se mit alors à la tête de son escorte. Et, peu après, au milieu de ses gardes du corps, entouré des officiers de sa maison et de ces Noirs hideux qui en Orient ont la garde du harem – et dont le corps difforme était d'autant plus effrayant que leur costume était somptueux – apparut le sultan, avec l'air et les manières d'un homme sur le front de qui la nature avait écrit : "Voici un roi !" Avec son turban, sa tunique et ses pantalons bouffants, blancs comme neige, sa ceinture de soie écarlate sans autre ornement, Saladin aurait pu passer pour l'homme le plus simplement vêtu de ses gardes. Mais, à l'observer de plus près, on distinguait sur son turban cet inestimable joyau que les poètes appelaient l'Océan de Lumière; le diamant sur lequel son sceau était gravé et qu'il portait au doigt valait sans doute tous les joyaux de la couronne d'Angleterre, et le saphir qui surmontait la poignée de son khandjar n'était pas moins précieux. Ajoutons que, pour se protéger de la poussière qui, dans les environs de la mer Morte, ressemble aux cendres les plus fines, ou peut-être par fierté orientale, le sultan portait, attaché à son turban, une sorte de voile qui cachait en partie ses nobles traits. Il chevauchait un cheval arabe d'un blanc de lait qui le portait comme s'il était conscient et fier de sa noble charge.

Walter Scott, Le Talisman

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