Les éléments à la source d'une nouvelle iconographie

Ce sont les métaux qui donnent la première iconographie astrologique connue, avant celle conservée dans de rares manuscrits du XIIIº siècle. On trouve de nombreux objets de cuivre ou de bronze, d'une grande variété, depuis les pièces de monnaie, les ustensiles et vaisselles (vases, chaudrons, plateaux de balance), jusqu'aux objets décoratifs et précieux, incrustés d'argent (miroir, écritoire, encrier). Leur origine est localisée dans une aire relativement bien identifiée, qui s'étend de l'est de l'Anatolie à la Haute Mésopotamie et de Baghdad au Khurâsân en Iran oriental, donc dans une sorte de croissant, de Siwâs à Herât, en passant par Mossoul. La plupart des pièces connues datent de l'époque saljûqide, ayyûbide et ilkhânide. Certains princes ou dignitaires furent les commanditaires de ces objets, tels l'atabeg zenguide Badr al-Dîn Lû'lû à Mossoul, ou le sultan Kay Khusraw à Siwâs. La relative homogénéité des thèmes permet de penser que le modèle de base fut le même; mais existait-il un centre initiateur ?

Les plus anciennes miniatures astrologiques sont saljûqides ou artuqides, et elles illustrent certains manuscrits d'al-Jazarî, un recueil talismanique, le Daqâ'iq al-haqâ'iq (vers 1272), la première copie des 'Ajâ'ib al-makhlûqat (1280). Le pont de Jazîra ibn 'Umar sur le Tigre, en Haute Mésopotamie, présente également d'impressionnants médaillons sculptés et décorés de figures astrologiques.

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Avant d'être "doctrinalement" redéfinis par les astrologues persans tels Abû Ma'shar, l'iconographie du zodiaque astrologique abritant les planètes mais surtout l'iconographie des planètes elles-mêmes, semblent redevables pour une grande part à la survie de ces cultes astraux, sans doute très dénaturés, perpétués de diverses manières (populaires et savantes), dans la cité d'Harrân.

Il est certes impossible de tout ramener à Harrân, iconographie et doctrines astrologiques; aux éléments examinés plus haut s'ajoute le rôle de certaines communautés autochtones encore actives au Proche-Orient du VIIIº au XIº siècle : adeptes du Zoroastrisme, mais aussi de quelques communautés de gnostiques mandéens, de Kurdes yazîdîs, de Syriens nusayrîs. En fait, les sectes gnostiques paraissent assez nombreuses et, au fond, très proches les unes des autres, certaines hermétistes, d'autres néoplatoniciennes.

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En dehors des Sabéens de Harrân, la Mésopotamie était encore habitée au début de l'islam par d'autres sectes astrolâtres, dont on ne peut établir avec certitude qu'elles jouèrent un rôle dans la constitution d'une iconographie astrologique, mais qui sont à signaler pour leur dévotion aux astres, y compris au zodiaque. Entre autres, les yazîdîs, secte kurde de la région de Mossoul; adorateurs de sept divinités dont le Soleil et la Lune et les étoiles, connus à l'époque islamique pour leur dévotion au chef de leur panthéon, al-Malik al-Tâwûs; les nusayrîs, d ela côte syro-libanaise, dont la religion messianique possède des pratiques proches de celles des adorateurs des planètes et surtout les mandéens de l'Euphrate, ou mandéens des marais, mentionnés par al-Shahrastânî sous le nom de "sabéens" qui auraient eu des croyances proches de celles des Harraniens.

Images du ciel d'Orient au Moyen Age ; Anna Caiozzo.

Commentaires

  1. Tant de mystères nous entourent. Ton blog est une véritable mine d'informations, de réflexions, de Sagesse.

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