Accéder au contenu principal

Kâmil al-Macht'ûb et son cheval

Al-Qazwinî, Les Merveilles de la Création, in "Chevaux et cavaliers arabes" IMA.

Nous avons vu dans un poste précédent que la vaillance de Kâmil al-Mashtub désespéra Hasanûn le Svelte et fut cause indirecte de sa mort. Il semble ici que la monture était à l'image du cavalier :
"Pour parler des chevaux, je dirai qu'il en va d'eux comme des hommes : il en est d'endurants et d'autres qui défaillent. Un exemple à propos des premiers : il y avait, dans notre armée, un KUrde nommé Kâmil al-Macht-ûb, un homme de bien, pétri de vaillance et de religion - Dieu le prenne en pitié ! Il avait un pur-sang noir, massif comme un chameau. Un jour qu'il se mesurait avec un cavalier franc, celui-ci frappa le cheval d'un coup de lance à l'endroit du collier. La bête ploya le cou sous la violence du choc et la lance sortit de la racine de l'encolure pour frapper Kâmil al-Macht'ûb à la cuisse et ressortir ensuite de l'autre côté. Mais le cheval supporta le coup sans broncher, et le cavalier de même. J'ai pu voir cette blessure que Kâmil portait à la cuisse, lorsqu'elle se fut cicatrisée et refermée : on n'en aurait pu imaginer de plus grande. Le cheval aussi survécut et put de nouveau mener Kâmil au combat. Il se mesura avec un cavalier franc, qui frappa le cheval d'un coup de lance au front et le lui creva, sans que la bête broncha. De ce coup-là aussi, elle guérit. Quand la blessure se fut refermée, on pouvait appliquer la paume de la main sur le front du cheval et la loger dans l'endroit de la blessure.

Ce cheval fut le sujet d'une anecdote plaisante. Mon frère Izz ad-Dawla Abû l-H'asan Alî - Dieu le prenne en pitié ! l'acheta à Kâmil al- Machtûb, alors qu'il était devenu lourd à la course. Puis, mon frère s'en dessaisit en règlement d'une partie de la redevance que nous devions, pour un village, à un chevalier franc de Kafart'âb. Le cheval resta chez lui un an et mourut. Le Franc nous fit réclamer le prix. Nous répondîmes qu'il l'avait acheté et monté, que le cheval était mort chez lui et qu'il était un peu fort qu'il nous en réclamât le prix. "C'est vous, nous fut-il répliqué, qui lui avez fait boire quelque chose dont il est mort au bout d'un an." Nous restâmes confondus de la sottise du Franc et de son peu d'intelligence."

Usâma Ibn Munqidh, Des Enseignements de la vie. Souvenirs d'un gentilhomme syrien du temps des Croisades, trad. André Miquel.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

À signaler sur le Cercle catholique syriaque, un article en ligne, passionnant, de Françoise Briquel-Chatonnet, initialement publié dans les actes du colloque Dialogue des religions d’Abraham pour la tolérance et la paix, Tunis 8-10 décembre 2004, Tunis, université Al-Manar : Abraham chez les auteurs syriaques : une figure du croyant pour des chrétiens en monde musulman.
Il s'agit d'une étude de la figure d'Abraham telle que l'ont vue, développée et commentée les chrétiens syriaques, d'abord en la distinguant du judaïsme et puis de l'islam, comme l'introduit l'auteur elle-même :
Les chrétiens syriaques ont produit une abondante littérature très ancrée dans le patrimoine biblique dont ils étaient nourris. C’est pourquoi, invitée à m’intéresser à Abraham en tant que figure de la tolérance dans les trois religions monothéistes, j’ai souhaité partir de cette littérature qui se révèle de grand intérêt. Comme cette littérature spirituelle ou mystique syriaque n&…

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Épuisé sur Amazon, on peut trouver le manuel à des prix raisonnables chez Decitre.

Introduction(extraits) "L'araméen, dit-on, est la langue des anges, et si vous prévoyez qu'à défaut d'une vie vertueuse un petit coup de piston ne sera pas de trop pour que vous soyez admis dans le Jardin d'Allah au jour du Jugement, quand vous serez perdu au milieu de la multitude des humains se pressant devant l'entrée, vous pouvez espérer que son redoutable gardien sera si heureux de vous entendre le saluer dans sa propre langue qu'il entrouvrira la porte pour vous laisser passer." (Ceux qui se demanderaient pourquoi le soureth est la langue des anges, même ceux gardant le Paradis des musulmans, peuvent se reporter à ce lien, on vous dit tout).

"Si votre esprit, plutôt que se s'élever vers les sphères célestes, est attiré par celles d'ici-bas, vous serez fasciné par une langue qui porte le témoignage écrit de l'histoire de l'humanité – tant matérie…

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs

Le Kurdistan est une mixture unique de différents groupes ethniques et cultures : Kurdes musulmans, Kurdes yézidis, Turkmènes musulmans, Arméniens, Assyro-Chaldéens chrétiens de langue araméenne, et Juifs de langue araméenne. La cuisine traditionnelle chrétienne n'est pas substantiellement différente de celle des Kurdes. Ainsi, les animaux sont égorgés selon le rite islamique. Les chrétiens, cependant, mange de la viande de porc, soit importée soit venant de sangliers chassés dans les montagnes. De plus, les chrétiens réclament comme les sucreries traditionnelles kulîçe, servis à Noël et dans des occasions importantes, mais communes dans toute la région.
Muhammad n'a pas posé d'objection à ce que musulmans, juifs et chrétiens mangent ensemble. Il en résulte qu'un musulman pratiquant peut acheter sa nourriture dans une boutique tenue par un juif ou un chrétien. Si un nom divin autre que celui d'Allah a été prononcé pendant que l'animal a été abattu, les musulma…