minorités en Islam : les Yézidis. La secte.

Ils se signalaient d'abord, avant tout, par leur aspect tout à fait extraordinaire. Le tabou, très généralisé chez eux, et particulièrement répandu dans les castes sacerdotales, de la coupe des cheveux et des poils, aboutissait à leur conférer une physionomie à coup sûr insolite : cheveux longs ; barbe, moustache et favoris intégralement respectés ; même poils incultes des oreilles et des narines ; qui leur faisaient donner par les Turcs le nom de "Kurdes chevelus", déjà attestés au XVIIe siècle par Evliya Çelebi, ou de "gens aux huit moustaches" ; et les a fait parfois comparer aux Aïnous. Le vêtement traditionnel n'était pas moins remarquable. Dans un Proche-Orient où il se caractérisait, à l'époque ottomane, par une certaine uniformisation, et où les minoritaires, en adoptant, dans les campagnes, le turban, le pantalon bouffant et la large ceinture, s'efforçaient de dissimuler leur identité, celle-ci était, en plein XIXe siècle, revendiquée et affichée par eux : longue tunique, sans ouverture sur le devant, à échancrure carrée ou trapézoïdale au cou ; bonnet en cône tronqué ; généralisation de la couleur blanche avec cependant des variantes très précises de coloris ou de dessins différenciant les sexes ou les catégories de la secte, tels que le turban noir pour les femmes, ou les rayures noires et blanches caractérisant les prêtres de la caste des Qahouâl. Par ailleurs, ils se distinguaient fréquemment de leurs voisins par les types d'habitation. Ainsi, on a parfois noté leurs maisons à toits inclinés, tranchant au milieu de toits en terrasse. À une vingtaine de kilomètres au Nord d'Alep, le village yézidi de Tell Erfat, au début de ce siècle, se signalait immédiatement par ses toits en pains de sucre. Tout cela témoignait clairement d'une forte identité. Quant aux croyances, elles constituaient un salmigondis hétéroclite où se mêlaient manifestement des origines très diverses : musulmanes (circoncision, jeûne, coutumes sacrificielles, inscriptions sur les tombes, pèlerinage et étiquette musulmane officielle) ; chrétienne (partage du pain et communion sous les deux espèces, visite aux églises, consommation de vin) ; païenne (adoration du soleil et de la lune) ; chamanisme (danses extatiques) ; le tout enrobé d'une théologie et d'une angélologie extrêmement compliquées, où se place effectivement le respect, sinon l'adoration du diable. De langue kurde, enfin (dialecte kormandjî), ils n'en possédaient pas moins, dans le culte, des hymnes en arabe.


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