Les Grottes de Haydrahodahus : "la fièvre des indices"

Anistomis était la seule rescapée d'une espèce Hodahus qui naissait avec une corne sur le front. Cette espèce ne s'était multipliée que sur cinq générations. Après quoi, elle avait reçu "la fièvre des indices" ; il s'agissait de trouver pour toute chose une étymologie : les mots, les gestes, les quatre éléments, les constellations, les noms, les créatures. Selon les membres de cette espèce, n'importe quelle existence, d'un être animé ou inanimé, ne pouvait s'accomplir que par une autre existence qui la démultipliait. C'était une logique qui se fondait sur les ressemblances plutôt qu'une logique de "la chose et de sa signification". Néanmoins, ce n'était pas aussi rigide. Cela allait plus loin. On pouvait établir des liens entre "la chose et sa signification", comme entre l'œil et l'orbite, par exemple, ou entre le sommeil et le paon, ou encore entre la guerre et l'affinité de la parenté. Et comme certaines questions des indices (tels le regret, la nécessité, la mesure de la mesure, la vérité ou la couleur) étaient tombées dans les filets de leurs imaginations, les membres de cette espèce ne purent les sauver, tandis que s'aggravait dans leurs corps une achromie qui se propageait progressivement. Dès qu'un organe était touché, celui-ci devenait tout sec. On nomma cette étrange achromie "la fièvre des indices". Le nom de ce diabète resta enregistré dans les grottes des pharmacies de Haydrahodahus. Quand les corps de l'espèce à corne avaient séché, on les transportait, momifiés par l'effet du diabète, au sillon de Tayis, pour que leurs squelettes demeurent là-bas, debout, côte à côte avec les squelettes des Hodahus, momifiés par l'effet du vent sec.


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