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IRAN : LE POUVOIR DÉSAVOUÉ PAR LES RELIGIEUX DE QOM


En Iran, la contestation ne faiblit pas, les manifestations se succédant à la fois pour dénoncer les élections de juin et maintenant aussi pour célébrer la mémoire des victimes ou réclamer la libération des prisonniers. Ainsi, le 15 juillet, 3000 personnes ont ainsi défilé à Saadat Abad. Mais le mouvement s’étend bien au-delà de la capitale puisque le même jour, dans la ville kurde de Kermanchah, 6000 personnes ont rendu hommage à un étudiant kurde, Kianoosh Assa, originaire de la ville, qui a succombé sous la torture. La foule a été violemment malmenée par les forces de l’ordre.

Les régions kurdes connaissent ainsi un redoublement des persécutions, la répression des manifestations venant s’ajouter aux emprisonnements et exécutions habituelles pour opinions politiques ou religieuses, et activisme en faveur des droits de l’homme et du féminisme. Le 15 juillet, un Ahl-é Haqq (minorité religieuse kurde non musulmane) a été ainsi exécuté dans la prison principale d’Ourmiah. Younes Aghayan, originaire de Miandoab, avait été accusé d’être un « ennemi de Dieu », chef d’accusation qui fait encourir la peine capitale, ce qui a finalement été le cas pour ce prisonnier, qui était détenu depuis cinq ans. Un autre prisonnier kurde condamné à mort, le journaliste Adnan Hassanpour, après que la première sentence a été cassée l’année dernière, a été rejugé et condamné à dix ans de prison par le tribunal de Sanandadj. Reporters sans frontières dénonce « le jugement comme étant absurde et sans fondement » et réclame sa libération immédiate. Le 16 juillet 2007, Adnan Hassanpour avait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Mariwan, pour « actions subversives contre la sécurité nationale, espionnage et propagande séparatiste ». Après la confirmation de cette sentence en appel le 22 octobre 2007, la Cour suprême de Téhéran a cassé le jugement en août dernier pour vice de procédure, considérant que Hassanpour n’était pas un « ennemi de Dieu » (mohareb), ce qui lui évitait donc la peine capitale. Le détenu a donc été rejugé par le tribunal ordinaire de Sanandadj. Après avoir été entendu deux fois par les juges, le 6 septembre 2008 et le 30 janvier 2009, il vient donc d’être condamné à dix ans de prison. Adnan Hassanpour est actuellement toujours détenu à Sanandadj. Un autre journaliste kurde, Hiwa Botimar, arrêté pour « détention et vente d’armes » a été condamné à onze ans de prison. Leur avocat dénonce la disproportion des peines et va faire appel.

Pendant ce temps, à Téhéran, les dirigeants et les leaders de la contestation s’affrontent verbalement. Mir Hossein Moussavi est ainsi qualifié d’agent des USA et de « crimes contre la nation » par l’entourage du Guide suprême. « On doit se demander si ces actions sont une réponse aux instructions des autorités américaines » a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, dans un éditorial du journal conservateur Kayhan. Ce conseiller proche de l’ayatollah Khamenei accuse Mousavi du « meurtre d’innocents, d’avoir incité aux émeutes, de coopérer avec des étrangers et d’agir comme une cinquième colonne dans le pays pour le compte des Américains. Il réclame son jugement ainsi que celui de l’ex-président Mohammad Khatami pour « crimes horribles et trahison » en affirmant détenir des « documents irréfutables » étayant ses accusations. Àprès l’arrestation et le procès de Mohammad Ali Abtahi, un proche du candidat malheureux à l’élection présidentielle, Mehdi Karroubi, qui s’est publiquement livré, comme beaucoup de prisonniers politiques à des « aveux et une repentance publiques » digne des grands procès staliniens, d’autres personnalités politiques ou des journalistes sont détenus et menacés de procès à leur tour pour « atteinte à la sécurité nationale ». L’avocat du journaliste Maziar Bahari, Saleh Nikbakht, dénonce les conditions de ces arrestations et l’impossibilité pour la défense de voir ses clients : « Bahari est accusé d’agir contre la sécurité nationale et je n’ai pas encore pu le rencontrer, bien que m’étant rendu plusieurs fois au bureau du procureur. »

Ce même avocat défend un certain nombre de réformistes, anciens responsables au gouvernement de Khatami, emprisonnés depuis le 12 juin dernier, faisant tous face au même chef d’accusation : l’ancien adjoint du ministère des Affaires étrangères, Mohsen Amizadeh, l’ancien porte-parole du gouvernement Abdollah Ramezanzadeh, l’acien adjoint au ministère de l’Économie, Mohsen Safai-Farahani, l’ancien vice-président Mohammad Ali Abtahi et Behzad Nabavi, ancien adjoint à la présidence du parlement entre 2000 et 2004. « Je n’ai pu voir aucun d’entre eux et ni Safai-Farahani ni Nabavi ont pu avoir des contacts avec leurs familles » déplore Saleh Nikbakht. En plus de Maziar Bahari, de nationalité irano-canadienne, détenu depuis le 21 juin, les autorités ont arrêté Jason Fowden, de nationalité gréco-britannique, du Washington Times et expulsé Jon Leyne de la BBC. Mais la répression au sein des réformistes n’empêche pas la contestation de s’étendre dans les cercles les plus inattendus du pouvoir iranien.

Ainsi, le 5 juillet, le groupe le plus important des dirigeants religieux en Iran, l’Association des chercheurs et enseignants de Qom, a qualifié les élections de juin et le gouvernement d’ « illégitimes », dans une déclaration commune, ce qui constitue un acte de défiance et un camouflet envers le Guide suprême, Ali Khamenei qui, dès le début, a soutenu le président sortant Mahmoud Ahmadinejad. « Cette fissure dans l’establishment clérical et le fait qu’ils se rangent aux côtés du peuple et de Moussavi et, de mon point de vue, la plus grande fissure historique au cours des trente années de pouvoir de la République islamique », estime Abbas Milani, directeur du département des Études iraniennes de l’université de Stanford. « Rappelons qu’ils s’opposent à une élection validée et sanctifiée par Khamenei. » Cette déclaration est survenue un jour après que Hossein Moussavi a publié sur son site Web des documents détaillant une campagne frauduleuse par les partisans du président et notamment d’avoir imprimé plus de 20 millions de bulletins avant le vote et d’en avoir bourré les urnes. Jusqu’ici, les puissants clercs de Qom étaient restés silencieux sur le conflit opposant la rue iranienne au gouvernement. Leur prise de position peut être vue comme un soutien ouvert à Moussavi, Khatami et Karroubi, tous trois accusés de trahison par les milieux du pouvoir et menacés d’arrestations, alors que cette association n’avait soutenu officiellement aucun candidat aux élections, s’étant simplement borné à réclamer leur annulation en raison de la contestation des électeurs.

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