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TURQUIE : LA MISE A JOUR DES « PUITS DE LA MORT » RAVIVE LES PLAIES DE LA SALE GUERRE


Les recherches pour mettre à jour des fosses communes se poursuivent au Kurdistan de Turquie, dans la province de Sirnak, depuis que, dans le cadre de l’affaire Ergenekon, plusieurs membres du JITEM aient mentionné de nombreux exécutions extra-judiciaires dans les années 1990 et l’existence de « puits de la mort » où ils avaient fait disparaître les corps, soit en les enterrant en rase campagne, soit en les faisant dissoudre dans de l’acide. Les aveux d’Abdülkadir Aygan, un ancien membre du JITEM et de Tuncay Güney, considéré comme une figure clef du réseau clandestin Ergenakon, ont incité la justice turque à ouvrir une enquête et à entamer des fouilles dans la région de Sirnak.

Le 9 mars, aux abords de Silopi, près d’une base militaire, des restes d’ossements humains et un fragment de crâne, ainsi que des pièces de tissu, ont déjà été découverts et examinés par les médecins légistes à Istanbul. Selon l’association du Barreau de Sirnak, le nombre des disparus s’élève à environ 17 000 personnes et leurs familles ont toutes portées plainte auprès du procureur afin d’obtenir la vérité sur le sort de leurs proches. Peu après les premières découvertes, cinq personnes ont été arrêtées à Sirnak le 17 mars. Parmi elles, les deux fils d’un ancien maire de Cizre, membre des milices « Gardiens de village » et trois habitants d’un village proche d’une fosse commune. L’ancien maire de Cizre fait l’objet d’un avis de recherche. Mais Nuşirevan Elçi, le président de l’association du Barreau de Şırnak accuse la lenteur de l’enquête (ordonnées en début d’années les fouilles n’ont commencé qu’en mars) et l’absence de protection et de surveillance des fosses communes. Il soupçonne certains puits d’avoir été « nettoyés » avant leur mise à jour officielle.

Ces accusations avaient été déjà lancées en janvier dernier par l’éditorialiste Adem Yavuz Arslan, qui déjà mentionnait des activités nocturnes suspectes autour des endroits devant être fouillés deux mois et demi plus tard. L’existence de ces fosses et la découverte de corps n’est pas une nouveauté dans la région. La dernière découverte de ce genre remonte à 2005 mais c’est dès 1996 que plusieurs corps avaient été mis à jour. Mais le climat politique de l’époque avait empêché les familles de saisir la justice, comme l’explique Nuşirevan Elçi : “ En fait, les parents des personnes disparues avaient peur de porter plainte auprès du procureur, mais après que le ministre de la Justice a déclaré que quiconque savait quelque chose sur les puits de la mort ne devait pas hésiter à porter plainte, les gens ont commencé à parler. S’il faisait une autre déclaration afin d’accélérer l’enquête, on pourrait parvenir à des résultats. »

En plus du JITEM, l’enquête cherche à établir la responsabilité du Hizbullah, un groupe islamiste qui avait été utilisé par les services secrets pour perpétrer de nombreux assassinats et actes de terreur contre les Kurdes, et qui aurait été fondé par le général Veli Küçük en personne, un des acteurs majeurs d’Ergenekon. A Kustepe, ancien bastion du Hizbullah, près de Cizre, une fosse a mis à jour des dizaines d’os humains, que l’on soupçonne être les restes de personnes notoirement kidnappés par cette organisation. Le principal suspect est là encore l’ancien maire de Cizre, Kamil Atak, actuellement gardien de village à Kustepe, et qui a pris la fuite, tandis qu’un de ses fils, Temel Atak, arrêté le 17 mars, a été officiellement inculpé le 20 et maintenu en détention provisoire. Les quatre autres suspects arrêtés le même jour que lui, dont son propre frère, ont été remis en liberté. Cinq jours plus tard, c’était au tour d’un colonel d’être inculpé et placé en détention. Cemal Temizoz est accusé « d'appartenance à une organisation armée illégale et d'incitation au meurtre » par le tribunal de Diyarbakir. Exerçant à ce jour le commandement de la gendarmerie de Kayseri, il commandait une unité à Cizre entre 1993 à 1996.

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