Hewler : J10 Otages au Kurdistan



Ouais le Kurdistan aussi est une zone dangereuse où on se fait kidnapper. Hier en fin d 'après midi on avait reussi à s'éclipser pour faire un tour au bazar. De retour au Sheraton, tout juste si on passe pas en rampant sous la fenêtre de la guérite pour échapper au énième contrôle de la journée (le Sheraton est très surveillé entouré d'un mur de béton anti-attentats avec plein de jolies dessins dessus) et à l'entrée de la réception il y a une photo du président Barzani en train de se prêter de bonne grâce à ce même contrôle, gageons que ça ne lui est quand même pas arrivé souvent).

Bon on se faufile discrètement et là, boum on se cogne sur le président de l'université, un Kurde très gentil avec un beau visage et un costume traditionnel (mais ce sont toujours les gentils qui vous mettent dans des merdes pas possibles). Bref il s'étonne de nous voir nous diriger vers l'hôtel et nous demande pourquoi on ne va pas a l'hôtel Khanzat où nous sommes tous invités par Mohammad Ihsan. "Euh... Tout le groupe ?" "Oui oui nous assure-t-on." Bon. Ca sent la soirée à laquelle on ne peut échapper. D'ailleurs on n a pas le choix. Le doyen arrive, avec son 4/4 (tous les officiels ont des 4/4), il met ses deux passagers arrière dans le coffre, lesquels se plient et se tassent comme ils peuvent, Keith Hitchins devant, nous trois derrière et nous voila en route. Une fois arrivées, nous descendons, les deux autres pliés en 4 dans le coffre se déplient et descendent aussi, et le doyen peut enfin nous présenter avec cérémonie son fils et son garde du corps...

L' hotel Khanzat est aussi chic que le Sheraton mais en dehors de la ville, sur les premières montagnes, juste face a la demeure des Barzani, parait-il. Vue imprenable, piscine, c est l'endroit idéal pour les touristes du Golfe. Le ministre nous attend, avec une table pleine de convives en costume, bedonnants et moustachus... des profs, des ministres, l 'ambassadeur d Irak à Londres... et rien que nous 4 comme convives. En fait tout le monde a déclaré forfait, prétextant la fatigue (plus une épidemie de tourista), plus ceux qui auraient sans doute fait des pieds et des mains pour diner avec les ministres mais qui n'étaient pas au courant... Les 3 filles se regardent mortes de rire et consternées à l'idée de la délicieuse soirée qu'elles vont passer. Surtout que l 'une commence a être malade et se demande dans l'assiette de quel officiel elle va pouvoir dégueuler (non ce n'était pas moi). L' autre trois secondes après s'être assise annonce que son jean préféré a craqué complètement et que seule sa tunique peut l' empêcher de se promener le cul à l'air devant l 'assemblée mais qu 'elle se fait du souci pour les lambeaux qui risquent de pendouiller, un peu comme Charlot dans les Lumières de la ville (non ce n'était pas moi). La dernière regarde avec consternation les bouteilles de flotte sur la table en disant "non seulement on va se faire chier mais en plus on pourra pas boire" (ça oui c'était moi). Les doutes se confirment quand le serveur se penche pour qu' on lui murmure à l'oreille nos désirs : coca, fanta... Yareb, on va passer une de ces soirées...

Mais en fait non, quand le jeunot passe aux hommes il propose bière, vin... Alors là je suis suffoquée. D autant que le ministre se tourne vers nous en nous engueulant presque de ne pas prendre de vin. Finalement ça s' arrange, surtout quand face à moi déboule un personnage qui a la touche Gandalf mais en plus ventru... Des cheveux et une barbe de derviche, mais l'allure artiste, ce qu 'il est d ailleurs, en plus d 'être ancien membre du Parlement. Bon lui carbure à la bière mais se donnera pour mission de remplir obligeamment mon verre de cru libanais.
Au final, comme dans tous ces moments où on se dit qu'on touche le fond de la galère, on était tellement mortes de rire tout le long du repas, que les officiels moustachus en costume-cravate avaient envie de nous rejoindre en bout de table...




PHOTOS SANDRINE ALEXIE NON LIBRES DE DROIT

Commentaires

  1. Anonyme1:16 AM

    je découvre votre blog en venant de celui de beyoglu. Je vous remercie de rendre le kurdistan irakien très vivant et très humain. Je continuerai à vous lire.
    Manuel

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