Coup de projo sur : le Stabat Mater, Karl Jenkins, l'araméen, Rumî...






Cette année où la Pâques des Chaldéens coincide avec le Newroz, ce sont de tristes fêtes pour les chrétiens kurdistanî et irakiens, avec l'assassinat de l'archevêque de Mossoul... Par ailleurs, les Chaldéens, au rebours des Arméniens et des maronites, ont un poil dans la main quant il s 'agit d'enregistrer leur liturgie. Aussi, pas de messe chaldéenne cette semaine, mais un curieux mix de langues et de liturgie :
Parmi les valeurs sûres des New Age en matière d'exotisme spirituel, on trouve Jalal ad-Dîn Rumî, vu comme un grand oecuméniste (ce qu'il n'était certainement pas) et l'araméen, que ce soit les hymnes juifs ou chrétiens, laquelle langue permet de rêver à une période du judéo-christianisme primitif, assez en vogue également dans le christianisme américain.
Avec le Stabat Mater du Gallois Karl Jenkins, habitué lui aussi des grandes machines réconciliatrices, on a à la fois la liturgie latine et la langue araméenne pour des poèmes rajoutés, dont un de Rumî, traduit en anglais et en araméen pour la circonstance ! L'autre étant un poème anonyme chanté dans ces deux langues plus l'hébreux (ce qui est un sacré anachronisme, mais au point où on en est...).
Cette macédoine n'est pas si grave, le Stabat Mater ayant été lui-même jugé suspect par la paupauté et un temps interdit par le Concile de Trente, tout simplement parce que ce n'est pas un texte biblique, mais un poème latin composé au XIII° siècle par un Franciscain, et que sa place dans la liturgie a été très instable et mouvante entre la Semaine Sainte et le 15 septembre... On jugea aussi incorrect l'accent mis sur les larmes de Marie qui n'était pas dans le texte, cette faiblesse humaine pouvant être compris comme un manque d'espérance. Et hop, revoilà un grand débat insoluble : la Vierge pleura-t-elle ou non devant la Croix ? Pour finir, on trancha que même si ç'avait été le cas, ce n'était pas plus défaillance que les larmes de Jésus devant Lazare au tombeau. Karl Jenkins a eu peut-être en tête cet argument quand il écrivit pour cette messe ce poème : And the Mother did weep, qui rappelle très fortement le "Et Jésus pleura".
Maintenant, parlons de la musique. Jenkins est souvent critiqué par ses côtés "musique passe-partout sans originalité". Il est vrai que des passages font très hollywoodien, on s'attend par moment à voir arriver Ben Hur sur son char. D'autres passages sont émouvants ou entraînants. Et puis l'araméen, c'est toujours beau à entendre, je suis sûre que même quand on vous dit "passe-moi le sel", ça sonne profond...

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