Newroz et Nouvel An


A nouveau le cœur est en manque d'extase.
Sakî (1), apporte nous ton flacon !
Car le cœur désire le vin pourpre
Qui dans l’instant même le rassasie.

Sakî, si ton visage est comme la lune épanouie
Et si ta chevelure est noire comme la nuit,
Alors que ton vin soit du feu et brûle nos reins !
Et ce sera remède pour le cœur.

Ainsi tu ranimeras nos cœurs
Et enflammeras nos poitrines.
Celui qui boit le vin versé de tes mains
Peut courir cent étapes (2) sans s’arrêter.

Sans la lumière et le feu de l’amour,
Sans le Décorateur et le pouvoir du Créateur,
Nous ne pouvons atteindre l'Union.
(La Lumière est pour nous et la nuit est sombre) (2)

Ce feu qui masse et étrille le cœur,
Mon cœur l’appelle à grands cris.
Et voici le temps du Newroz et du Nouvel An,
Quand se lève cette lumière.

Tant que le vin rayonnant
Ne colorera pas ton tapis de prières,
Tu resteras loin de cette fille de roi
Au cou d’ivoire joyau unique.

Joyau ce cou de cristal,
Basilic sur roses en fleurs,
Hay hay tes boucles enchanteresses,
Séparées par ton grain de beauté !

Ton amour nous laisse démuni (3).
S’il te plait, que tes boucles dévoilent ton grain de beauté !
Tes cheveux tressés sont comme l’ambre
Et la Chine même leur paierait tribut.

Et pas seulement le Kurdistan,
Mais aussi Chiraz et Yang et Van,
Chacun de bon gré donnerait,
Et même Ispahan paierait tribut.

Yeux noirs arcs meurtriers,
Cercles et sphères emplies d’anges.
(Par son amour mon Age s’en est allé
Et l’Amour s’en est allé dans le tourbillon de la danse) (4)

Celles qui témoignent de la Beauté (5) sont parées de mille couleurs.
La danse et le semâ atteignent la perfection,
Aujourd’hui, Mollah (6), nous avons cent cœurs.
Viens Sakî, et apporte-nous ton flacon !

Melayê Cizîrî, le "Mollah de Djézîr" (1570 ? 1640 ?) , Dîwan, 26 ; trad. Sandrine Alexie.


(1) : Echanson.
(2) : Il s'agit bien sûr des étapes du voyage amoureux.
(3) : En arabe dans le texte : Nom du maqam de l'union amoureuse.
(4) : Littéralement "sans fils" comme Muhammad ; syn. d'infortune.
(5) : En arabe dans le texte.
(6) : Littéralement "Shahîd", voulant dire ici "Témoins de Beauté".
(7) : Le Mollah de Djézîr adore s'interpeller lui-même, surtout à la fin de ses poèmes, dans sa manière usuelle de signer.

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