Droits de l'Homme au Kurdistan d'Irak : Amnesty International répond sur KNN

Après la polémique qui a suivi le rapport d'Amnesty International sur les droits de l'homme dans la Région du Kurdistan d'Irak, rapport suivi d'une protestation officielle du chef des Asayish (service de sécurité kurdes), Malcom Smart, le responsable du département pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord-Amnesty international est revenu sur ce rapport et l'état des droits de l'homme au Kurdistan d'Irak, ainsi que sur les critiques des Asayish, lors d'un entretien télévisé donné à la chaîne KNN. Malcom Smart est interrogé par Namo Abdullah.


KNN: Qu'est-ce qui vous a incité à faire ce rapport sur les droits de l'homme dans la région du Kurdistan ?

Malcolm Smart: Notre rapport a été publié après une période de recherches ; comme vous l'avez indiqué, nous avons envoyé une équipe de chercheurs ici, l'année dernière, en mai 2008, parce que nous voulions mettre à jour nos informations sur l'état des droits de l'homme dans la région du Kurdistan. Nous avions été jusqu'ici très actifs pour rapporter les abus des droits de l'homme qui ont lieu dans le reste de l'Irak et sur le problème que rencontrent les réfugiés irakiens dans les pays d'Europe, en Syrie et en Jordanie. Mais nous avons pensé qu'il était temps d'examiner de plus près la région administrée par le GRK.

Aussi nous avons envoyé une équipe de chercheurs qui a visité un certain nombre d'endroits, Erbil, Suleïmanieh et d'autres encore, l'année dernière. Nous avons parlé à beaucoup de gens ; nous avons rencontré une grande coopération de la part du gouvernement qui nous a bien accueillis. Nous avons aussi parlé à du personnel d'ONG. Nous avons alors porté nos conclusions à l'attention du gouvernement. Nous avons envoyé des memorandum détaillés présentant nos inquiétudes et demandant des réponses. Nous avons obtenu des réponses. Alors, sur la base de ces informations, nous avons publié notre dernier rapport dans lequel nous reconnaissions que des changements significatifs, importants et positifs avaient eu lieu concernant les droits de l'homme, mais qu'il y avait aussi un certain nombre de points noirs. Les points sur lesquels nous avons insisté sont ceux que nous pensons toujours être les plus cruciaux, en particulier le contrôle des Asayish, plus d'actions pour combattre la violence contre les femmes, plus de protection pour les media ; il y a eu un certain nombre de cas que vous connaissez, où des journalistes ont été menacés, arrêtés et même condamnés à des peines de prison, de façon contraire aux droits de l'homme.

KNN: Vous critiquez le GRK pour abus des droits de l'homme dans la Région, mais j'ai sous les yeux une déclaration du chef des Asayish à Erbil. Même s'il admet que certaines de vos informations sont vraies, il nie le reste en affirmant que le rapport est fondamentalement erroné.

Smart: Eh bien, je pense que la réponse du chef de la Sécurité signifie que les Asayish sont en train de changer. Et c'est ce qu'on nous a dit, que les Asayish allaient devoir rendre plus de comptes au Gouvernement. Si cela est vrai, nous nous en réjouissons. Et, bien sûr, nous viendrons en mission d'observation, si cela arrive. J'ai entendu de la bouche du ministre des Droits de l'homme que les gens arrêtés par les Asayish ne peuvent être détenus qu'en vertu d'un mandat légal. Maintenant, j'espère que cela est vrai, nous viendrons vérifier, avec d'autres sources pour voir ce qui arrive en pratique. Si c'est le cas, c'est un pas en avant, parce que dans le passé, nos rapports montraient des gens arrêtés et détenus dans des places secrètes, interrogés, torturés, brutalisés, et qui n'avaient pas fait l'objet d'une enquête convenable. Et il est vrai que c'est une des choses que nous disons au gouvernement : D'accord, vous avez relâché des centaines de prisonniers, mais il y a des plaintes de torture qui nécessitent une enquête indépendante. Et il y a aussi des gens que l'on dit avoir disparu. Leurs familles sont toujours dans l'angoisse de savoir ce qui leur est arrivé. Les Asayish se sont mis peut-être à agir dans le cadre de la loi, et c'est ce que j'espère. Mais il y a toujours ces questions qui ont besoin d'être soulevées et abordées ; nous avons besoin de connaître la vérité.

KNN: Mais je pense que la déclaration que j'ai sous les yeux disait que certaines de vos informations dataient.

Smart: Nos informations proviennent de cas et beaucoup de personnes dont nous avons publié les cas ont été relâchées en 2008. Mais la question reste de savoir s'ils ont été torturés ou non, et si oui, qui l'a fait ? Il n'y a eu aucune enquête, personne ne s'en est occupé. Ceux qui ont disparu, où sont-ils ? Cela n'a pas été élucidé. Donc, d'une certaine façon on peut dire que notre rapport est dépassé. Mais nous regardons en arrière afin de dire que ces problèmes ne sont pas terminés. Il ne suffit pas de relâcher les gens et de dire qu'il ne s'est rien passé. Les gens sont libérés, mais que leur est-il arrivé ? Qui a fait cela ? Qui est responsable ? Et comment allez-vous empêcher que cela se reproduise à l'avenir ?

KNN : Un journaliste appartenant à un magazine kurde a été tué par balles à Kirkouk, mais aucune enquête n'a été lancée ; donc ce que vous dites est que lorsque de tels faits se produisent, il doit y avoir enquête ?

Smart : Tout à fait, des cas comme ceux-ci doivent faire l'objet d'une enquête. Ici, le Gouvernement dit : cela s'est produit à Kirkouk; c'est sous la responsabilité de quelqu'un d'autre. Mais vous savez, quel que soit le gouvernement en relation avec Kirkouk, même si c'est Bagdad, il doit évidemment y avoir enquête. Parce que quand un journaliste est abattu, que ce soit pour son activité de journaliste ou pour une autre raison, cela envoie aux media un message qui n'est pas bon, un message de menace.

KNN: Vous mentionnez des prisons secrètes dans la Région du Kurdistan, comment les avez-vous découvertes ? Qui vous a aidé à cela ?

Smart: Nous avons parlé à de nombreuses personnes qui avaient été elles-mêmes été détenues dans ces lieux secrets. Elles ne s'étaient pas réunies auparavant et ne se sont pas concertées : nous avons parlé à des gens qui avaient des informations similaires et n'étaient pas ensemble. Ainsi nous avons pu avoir une idée de ces places secrètes. Nous savons que des maisons sont utilisées, peut-être par la direction de la Sécurité, de façon délibérément secrète. Et c'est l'un des points importants que nous avons soumis au Gouvernement.
Il est très important que des forces de sécurité aient le pouvoir d'interroger les gens, il est évident que c'est une nécessité pour protéger la population, et nous admettons cela. Et il y a des personnes qui peut-être projetaient des attaques terroristes à la bombe ou d'autres actes de violence. Il faut protéger la population. Mais toute autorité qui a le pouvoir d'interroger ne doit pas avoir de surcroît celui de détenir les gens. Parce que c'est une situation que nous avons souvent rencontrée : si des forces de sécurité, telles que les Asayish, ont leurs propres prisons, et si elles peuvent interroger les gens, personne ne peut plus les contrôler, comme dans le cas où c'est un autre corps qui a en charge la détention et les détenus. Cela devient alors beaucoup plus difficle pour les gens de sortir de ces centres de sûreté, parce que qui va endosser le blâme, s'il y a erreur ? C'est donc une garantie institutionnelle. Nous avons prié instamment le Premier ministre de se pencher sur cette question et il a dit qu'il s'en occuperait. Aussi nous suivrons cette affaire après notre publication et invitons le Gouvernement à se pencher là-dessus en particulier.

KNN: Et si le Premier ministre n'en tient pas compte ?

Smart: Eh bien, je pense que s'il n'y a pas de changements, il y aura continuellement des problèmes avec les Asayish, un problème continuel sur leur absence de contrôle, et bien sûr ce sera un problème que nous soulèverons encore et sur lequel nous attirerons l'attention, en disant : Nous avons expliqué les raisons pour lesquelles vous avez besoin de ces garanties dans la pratique, pourquoi ne les mettez vous pas en place ?

KNN: La Région du Kurdistan est souvent présentée comme "l'autre Irak", car c'est l'endroit le plus stable du pays. Est-ce que de tels rapports ne vont pas changer l'image positive qui a été jusqu'ici celle du GRK dans le système international ?

Smart: Je pense que c'est clair. Nous le reconnaissons dans notre rapport. Ici, la situation n'est pas comme dans le reste de l'Irak. Heureusement, vous avez été épargnés ces dernières années par le bain de sang qui a affecté tout le reste de l'Irak. Il y a donc une chance, et il est clair que les personnes au gouvernement ont vu cette chance, de bâtir ici une situation meilleure. Nous le saluons, nous le soutenons, nous l'encourageons. Ce que nous essayons est de vous dire ce qu'il vous faut pour affermir tout cela. Parce que cela doit avoir une substance; cela ne doit pas être seulement une image. Les droits de l'homme doivent réellement donner aux gens la possibilité d'avoir accès à tous leurs droits, à tous les niveaux.
Le Gouvernement a reconnu cela concernant les droits des femmes, la violence à l'égard des femmes. Nous saluons le fait que des pas ont été faits, mais nous voulons plus encore : la mise en place d'un service de police qui prenne en charge cette violence. J'ai parlé avec le chef (de la police) d'Erbil cette semaine. Je pense qu'il y a eu des avancées positives, comme publier les photographies des personnes recherchées pour de telles affaires. Je pense que c'est une bonne initiative et que cela envoie vraiment un message sur le fait que de telles violences contre les femmes ne doivent pas être tolérées. Bien sûr, cela aura une incidence, comme dans toute situation. Mais le gouvernement doit prendre en charge cela, il doit prendre des mesures concrètes, et montrer clairement sa détermination pour les appliquer, que ce soit dans la pratique comme dans ses discours.

KNN: êtes-vous optimiste sur le fait que le GRK prendra des mesures pratiques en termes d'amélioration des droits de l'homme dans la Région ?

Smart: Je suis optimiste. Parce que mes collègues et mois avons rencontré le Premier ministre hier. Et je dois dire que pour un entretien avec un Premier ministre, c'était assez inhabituel. Parce qu'il a dit clairement qu'il admettait ce rapport et réalisait qu'il était critique sur plusieurs points. Il a dit l'avoir lu et examiné les recommandations, qu'il a envoyées aux Asayish et à la police en leur disant de les lire et de les retenir. Une telle ligne politique est importante, et je l'approuve énormément. Bien sûr le temps montrera si cela a des effets. Mais j'en suis sorti très encouragé et j'ai senti une détermination à faire bouger les choses et à montrer l'exemple.

KNN: Le Parlement est là pour contrôler le pouvoir gouvernemental, non ? Certains membres du parlement de la Région du Kurdistan ont dit dans votre rapport qu'ils n'avaient pas le droit d'interférer dans le travail des Asayish. Qu'en dites vous ?

Smart: Je pense que cela doit changer. Nous avons demandé hier quels étaient les mesures prévues pour que les Asayish dépendent du ministre de l'Intérieur. Le Premier ministre a clairement répondu qu'il y avait peu de chances que cela se produise, mais que, plus probablement, les Asayish dépendraient du Conseil des ministres. Il faut savoir quand ? Et ils doivent être tenus responsables devant la loi. Ils font un travail important qui doit être fait correctement.

KNN: L'année dernière des rapports semblables ont été délivrés par le Département d'Etat des USA et Human Rights Watch, mais il semble que votre rapport a suscité plus d'attention. Pour quelle raison, selon vous ?

Smart: Je ne peux pas vraiment m'exprimer là dessus, sauf que je suis très heureux de l'attention portée à notre rapport par le Gouvernement et les media, et vous-mêmes. Je pense que l'une des choses importantes à faire est de mettre ces questions sur la table, d'être capables d'en parler devant le Parlement, de pouvoir appeler le chef de la Sécurité et de dire, bon, qu'est-ce qui se passe ? Vous devez faire le ménage chez vous et avoir le pouvoir de le faire. Vous savez, nous avons dit au gouvernement : vous êtes en progrès. C'est une transition dans laquelle vous évoluez. Tout n'est pas correct à présent, mais c'est la bonne direction. Et j'en suis heureux. Et je veux que cela continue dans cette direction concernant les droits de l'homme, et mon organisation le veut aussi. Il est évident que notre travail doit être critique, celui d'un chien de garde, et nous l'avons dit au Premier ministre, ainsi qu'au ministre de l'Intérieur cette semaine et au ministre des droits de l'homme : tant que nous serons informés de nouveaux cas, de nouvelles situations, nous attirerons l'attention là-dessus et nous voulons que les choses soient promptement réglées.

KNN: Qui est le principal responsable sur cette question, la question des droits de l'homme ?

Smart: Je pense que la responsabilité en incombe entièrement au Gouvernement. Bien sûr, ils ont un ministre des Droits de l'homme qui a spécialement pour tâche de s'occuper des droits de l'homme. Le ministre de l'Education et lui-même m'ont dit hier que les droits de l'homme figurent dans les programmes scolaires pour une meilleure prise de conscience sur ces droits. Je pense que c'est une bonne chose, et j'espère que cela arrivera. Mais c'est clairement un processus de longue haleine.
La garantie des droits de l'homme revient au gouvernement. La Déclaration universelle des droits de l'homme est une loi qui concerne les gouvernements. Le gouvernement de Bagdad l'a ratifiée et cela engage le GRK. Cela dépend donc beaucoup du gouvernement et il incombe aux dirigeants de ce gouvernement de la faire appliquer. Il est très important qu'il y ait ici une volonté politique. On nous a dit que la volonté politique était d'accomplir ces changements. Le temps nous dira clairement ce qu'il en est et nous serons très attentifs pour observer si cette volonté politique existe et si elle peut apporter des changements.

KNN: Mais il y a un problème : comme vous le savez, il y a deux Asayishs, qui sont distinctes, l'un appartenant au PDK et l'autre à l'UPK ; il y a deux Asayishs qui ne dépendent pas du gouvernement.

Smart: On m'a dit qu'ils allaient être unifiés. C'est en train de se produire. Il n'y a maintenant plus qu'un Asayish et il dépendra du Conseil des ministres. C'est le plan que l'on nous a mentionné. Le calendrier n'en est pas encore très clair. Vous avez des élections, etc. Mais apparemment, c'est le projet prévu. La question reste des Parastin et des Dezgai Zanyari [les deux principaux services de renseignements kurdes], nous avons demandé quels allaient être leurs rôles. Ce n'est pas très clair. Nous avons mis le problème sur la table : Ils doivent rendre des comptes. Est-ce que ce sont des forces qui relèvent de la justice, des forces de l'ordre, ou des milices de partis ? Cela doit être clarifié. Il faut qu'ils relèvent de la loi. Si l'on nous dit qu'ils n'ont pas le droit d'arrêter les gens, et qu'ils identifient quelqu'un (un suspect) c'est aux Asayish de l'arrêter. Cela doit être défini : quel est leur rôle ?Et comment celui-ci est-il régi par la loi ?

KNN: Votre rapport parle aussi d'un autre problème, celui des crimes d'honneur qui est généralement vu comme profondément enraciné dans la culture, que peut le GRK contre cela ?

Smart: Il se peut que ce problème ait ses racines dans la culture, ou soit un problème culturel. Mais il n'est pas acceptable. Le GRK, comme j'ai dit, est lié par la Déclaration des droits de l'homme qui protège les droits des femmes comme des hommes, et ceux des enfants. Je pense que c'est un problème majeur, qui retient beaucoup l'attention du monde, et celle du gouvernement d'ici. Je crois qu'ils ne sont pas disposés à le tolérer. Ils ont mis en place des dispositifs, des systèmes, des protections. Ils envisagent des foyers de refuge pour ces femmes qui encourent des risques. Je salue cela. Mais il faut aussi des solutions à long terme pour certaines femmes. Un foyer de refuge est une mesure d'urgence, à court terme. Qu'en sera-t-il ensuite ? Il faut se pencher sur la question. Mais ils le reconnaissent. Il est clair qu'il y a un délit et un coupable. Alors que si une femme est victime de violence, quelquefois, c'est comme si c'était de sa faute. C'est cela qui ne va pas et il faut que la législation évolue sur les crimes d'honneur. Tuer des femmes au nom de l'honneur n'est plus acceptable. Je pense que c'est un changement très important et qui doit avoir lieu dans les esprits de chacun. Cela peut prendre du temps. Mais il est de la responsabilité du gouvernement de garantir que cela se fera. Et ces hommes qui l'ignorent, qui ne le comprennent pas, doivent être traduits en justice et emprisonnés.

KNN: En termes de mesures pratiques, pensez-vous que des mesures concrètes doivent être prises par la communauté internationale ou l'ONU pour stopper la violence contre les femmes dans la Région du Kurdistan ?


Smart: Comme vous le savez, l'UNAMI est ici. Ils ont une unité pour les droits de l'homme. Je pense qu'ils font certainement des rapports sur les droits de l'homme, comme nous le faisons. C'est important. Nous le faisons avec plus de publicité. Nous sommes un groupe de pression. Nous invoquons les droits de l'homme. Nous signalons : ceci a besoin d'être changé, cela est une erreur, il faut résoudre ceci. Et nous disons : "Il est de votre responsabilité de vous en occuper", aux gens dont c'est la responsabilité. Ils ont choisi de gouverner. Et là où ils sont, ils ont ces responsabilités et doivent y répondre.
S'il y a pression, je crois que les rapports donneront des résultats. Il est possible que Human Rights Watch et le Département d'Etat aient émis des rapports auparavant. Je pense qu'il est clair pour ce gouvernement qu'il est observé par l'opinion internationale et continuera de l'être. Nous saluons le fait qu'il a pris l'engagement de continuer à s'améliorer. Nous les encourageons, mais nous continuerons notre surveillance. Nous leur accorderons le mérite de leurs réussites, mais s'il y a un problème, nous le porterons à leur attention.

KNN: Mr. Smart, je voudrais vous poser encore une question sur les organisations des droits des femmes et les organisations des droits de l'homme dans la Région du Kurdistan Region. Nous en avons beaucoup. Et nous voyons ces innombrables abus des droits de l'homme mentionnés dans votre rapport. Certains peuvent dire que ces organisations ne sont qu'une façade créée par le GRK pour répondre aux critiques internationales, qu'en dites vous ?

Smart: Je pense qu'il y a un grand intérêt pour les droits de l'homme dans la Région du Kurdistan, qu'il y a beaucoup d'organisations. Je sais que ce sont de très bonnes organisations, et qu'il y a des individus de valeur qui travaillent dur pour promouvoir les droits de l'homme et, de façon non moindre, les droits de la femme, pour installer des foyers de refuge, ou bien essayer de faire changer la loi, ou en apportant des solutions pratiques pour assister les femmes menacées de violences. Nous saluons leur travail et je pense qu'il est très important que cela continue. Mais il y a d'autres organisations qui peut-être ne sont pas aussi efficaces en actes qu'en paroles, et peuvent parler des droits de l'homme mais sans agir beaucoup. Vous savez, malheureusement on ne rencontre pas cela que dans la Région du Kurdistan. Les gens avec lesquels nous essayons de travailler sont déterminés, et se consacrent à agir intensivement pour les droits de l'homme. Notre organisation a reçu beaucoup d'aide de leur part, en termes d'information, de solidarité, de la part de ces gens que nous appelons les défenseurs des droits de l'homme, qui travaillent sur le Moyen Orient et l'Afrique du nord, souvent dans des conditions très difficiles.
En fait, nous avons publié ce rapport il y a seulement deux mois, et avons traité des problèmes rencontrés par les défenseurs des droits de l'homme au Moyen-orient et en Afrique du nord, et ils sont vraiment énormes dans beaucoup de pays. Aussi, beaucoup de ces gens travaillent avec un grand courage. Ici je pense qu'il y a des gens très bien, de bonnes organisations, et bien sûr dans le reste de l'Irak, il y a aussi des gens très bien qui travaillent dans des conditions très difficiles pour faire respecter les droits de l'homme, pour enquêter sur leurs violations et les mettre en lumière. Je pense que c'est le rôle des défenseurs des droits de l'homme, des militants des droits de l'homme, des avocats qui traitent d'affaires dont le gouvernement ne veut rien entendre. Et comme vous le savez, ce sont aussi les media, les journalistes qui rendent compte de ces questions sensibles, diplomatiques et qui embarrassent les autorités. Nous les soutenons et nous travaillons avec les défenseurs des droits de l'homme dans le monde entier. Leur travail doit être reconnu par le gouvernement. Il y a plus de dix ans, l'ONU a publié un rapport et a appelé tous les gouvernements, tous les Etats membres de l'ONU, à soutenir et encourager le travail des défenseurs des droits de l'homme. Le rapport que nous avons publié il y a deux mois disait combien, dix ans après, la situation était devenue mauvaise. Ici, dans la Région du Kurdistan, comme je l'ai dit, vous avez de très bons éléments, mais vous avez une prolifération d'organisations des droits de l'homme et il se peut que certaines ne travaillent pas bien, ou ne travaillent pas du tout. Malheureusement, cela arrive.

KNN: Est-ce qu'une seule de ces organisations a fait quelque chose pour stopper la violence commise par les Asayish à l'encontre des droits de l'homme ?

Smart: Je pense que le souci principal des défenseurs des droits de l'homme ici s'est concentré sur les droits des femmes, améliorer la situation des femmes au regard de la loi, former un lobby pour changer progressivement les choses. Parfois, il est plus difficile pour les organisations des droits de l'homme, de s'occuper, si elles le souhaitent, des problèmes de sécurité comme les détentions arbitraires et la torture, et le faire ouvertement est encore plus difficile. Je ne pense pas que cela soit souvent arrivé.
Mais en fait, vous devez les interroger sur elles-mêmes et leurs projets, et comment elles comptent les mener à bien. Ces organisations des droits de l'homme qui prétendent l'être ont besoin de faire face à de telles demandes. Nous aussi avons besoin de rendre des comptes. Notre organisation veille beaucoup à être pertinente, équilibrée et là où il y a amélioration nous disons qu'il y a amélioration et nous sommes francs là dessus. Là où il y a régression ou quand de grands doivent être franchis ou de grands besoins comblés, ou s'il y a des choses urgentes à corriger, nous le disons franchement, et nous veillons à le faire avec justesse.

KNN: Nous avons un ministère des droits de l'homme. Je ne crois pas que ce soit le cas dans d'autres pays. Est-ce que l'existence de ce ministère n'indique pas qu'il y a des abus des droits de l'homme dans la Région du Kurdistan ?

Smart: Ce n'est pas le seul ministère des droits de l'homme qui existe. Mais il y en a un ici. Pourquoi a-t-il été créé ? Là encore, vous devez demander au gouvernement pourquoi. Je pense que c'est une façon de reconnaître qu'il y a des problèmes en termes de droits de l'homme. J'ai parlé plusieurs fois au ministre, qui a dit "oui, il y a des problèmes sur droits de l'homme dont nous nous occupons. Mon travail de ministre est d'aider à les résoudre, s'il y a des violence contre les femmes, par exemple. Mais il faut aussi créer une plus grande prise de conscience de ces droits." Il a parlé, comme j'ai dit, d'enseigner les droits de l'homme à l'école pour informer d'avantage sur les droits des individus. Je pense que c'est une chose positive, mais les droits de l'homme ne peuvent être laissés uniquement au ministère. Le ministère des droits de l'homme ne peut pas brandir la bannière des droits de l'homme, mais les autres ministères doivent être informés et doivent respecter ces droits, et le boulot du ministère des droits de l'homme est de rendre cela clair et de souligner les points qui doivent être changés. Comme je l'ai dit concernant les Asayish, le ministère des droits de l'homme m'a dit qu'il y avait des centaines de détenus politiques de longue durée, et comme vous le savez des centaines de gens ont été libérés l'an dernier. Mais, comme je l'ai dit aussi, aucune enquête n'a été faite. Il y a actuellement six personnes encore détenues. Nous avons interrogé le ministre : pourquoi ces gens sont encore détenus ? Il m'a dit qu'il s'en occupait et essaierait de résoudre le problème. C'est nécessaire.


KNN: Il ne reste plus que 2 minutes et j'ai 2 questions. Aussi je les poserai en une seule : Quel est l'objectif principal de votre rapport ? Pourquoi vous être concentré sur la Région du Kurdistan ?

Smart: L'objectif principal de notre rapport était de dire que vous avez réussi de très bonnes choses dans la Région du Kurdistan, mais qu'il y a encore des points, au sujet de la Sécurité, qui doivent être corrigées. Le souci majeur est que les Asayish ne rendent pas assez de compte. Cela doit être fait à l'avenir ; et nous voulons aussi que plus de mesures concrètes soient appliquées pour résoudre la violence contre les femmes et aussi pour la défense des droits de l'homme. C'est le plus important pour vous, qui vivez dans la Région du Kurdistan. Cela est aussi précieux si cela envoie un message au reste de l'Irak, qu'une voie meilleure existe.

KNN: Merci beaucoup Mr. Smart pour votre analyse et merci encore pour votre présence dans les studios de KNN’s special Edition.

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