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Shaykh al Ishrâq


"Il nous faut revenir à ce qui constitue l'intuition fondamentale de Sohravardî. Elle dépouille les existants de tous leurs caractères inessentiels (quantité, qualité, relations, lieu, appartenance à telle ou telle espèce) et permet de percevoir en eux ce qui les fait être, l'origine intérieure de leur acte de présence au monde."

"il (Mollâ Sadrâ) affirme que la grande découverte de Sohravardî est celle-ci : la réalité authentique de chaque chose se situe au-delà de sa quiddité, elle séjourne par-delà l'essence l'existence de cette chose, car elle engendre, dans un même mouvement d'existentiation, essence et acte d'exister. Cette réalité, Sohravardî la nomme "Lumière"."

"Être, c'est être-Lumière, manifester un acte de présence et de cohésion."

"Ne pas être, c'est être incapable de produire, d'illuminer, de multiplier autour de soi des manifestations de soi, d'irradier de la différence. Ce défaut intrinsèque d'unité est une dispersion ontologique interne qui caractérise, par exemple, la matière des corps physiques. Voilà pourquoi Sohravardî nomme les corps "substances obscures", ou "substances ténébreuses", "porteuses de mort et de nuit".

"Les corps terrestres ténébreux ne sont pas les corps des âmes régentes, mais ils sont soumis purement et simplement à ces âmes. Le monde de l'être cesse au monde imaginal. Le monde des corps ténébreux est extérieur aux Lumières. Pourtant, cela ne l'empêche nullement d'en être l'ultime, mais paradoxal miroir."

"La vraie nature des vivants ici-bas n'est pas celle du molk, elle n'appartient pas non plus aux Intelligences, au monde du Jabarût. Leur nature se situe "entre-deux", là où des corps de Lumière exprime l'inexprimable et le symbolisent : le monde imaginal, engendré par l'imagination divine, c'est-à-dire par l'opération théurgique des Lumières de l'ordre latitudinal, à la limite inférieure du Malakût qui n'est autre que le monde des Âmes ou Lumières régentes."

"la Lumière est si apparente, si peu cachée (elle est l'apparition toute pure, la manifestation sans épaisseur) qu'elle est aussi ce qu'il y a de plus secret, de moins perceptible. Sur les corps physiques elle se rend au regard qui sait enfin la voir, pour autant qu'il apprend à reconnaître la manifestation de l'être, la présence de la Lumière, là où il croyait détenir un pouvoir sur les choses."

"Le sensible lumineux ou sonore est le véritable "suprasensible". D'où le goût de Sohravardî pour les couleurs et les musiques, pour les paysages et les visages, pour tout ce qui manifeste en la nature la présence du désir."

Christian Jambet, "Introduction" au Livre de la sagesse orientale, trad. Henry Corbin.

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