IRAK : PENDAISON D’ALI « LE CHIMIQUE »


Ali Al-Madjid, surnommé Ali le Chimique, cousin de Saddam Hussein et principal ordonnateur et exécuteur de l'Anfal, a été exécuté par pendaison le 25 de ce mois. Il s’agissait de la quatrième sentence de mort prononcée à l’encontre d’Ali Al-Madjid, toutes pour des crimes commis à l’encontre des Kurdes ou des chiites irakiens. Il avait été ainsi condamné à mort en juin 2007 pour avoir ordonné l’attaque au gaz de la ville kurde de Halabja, le 16 mars 1988 et en décembre 2008 pour crimes de guerre, quand la révolte des chiites avait été écrasée dans le sang, en 1991. En mars 2009, un autre tribunal l’avait reconnu coupable du meurtre de dizaines de chiites en 1999, dans le quartier de Sadr City à Bagdad.

Étant l’une des principales figures du régime baathiste, considéré comme le bras droit de Saddam Hussein, il était membre du Conseil de commandement de la Révolution, organe suprême du régime de Bagdad et a ordonné et organisé plusieurs répressions brutales et sanglantes dans tout le pays. En mars 1987, il avait obtenu les pleins pouvoirs pour mater la rébellion kurde dans le nord du pays. Arrêté en août 2003, il avait fait partie des 52 personnes recherchées par les forces de la Coalition et dont les portraits avaient été imprimés sur un jeu de cartes. Ali Al-Madjid y figurait le roi de Pique.

Si l’annonce de l’exécution a été accueillie avec satisfaction par la majorité des populations kurdes et chiites, le Gouvernement régional du Kurdistan a fait état de ses regrets concernant la teneur de la sentence elle-même, qui ne comprend pas le crime de « génocide », ce que réclament les Kurdes, pour les actes commis au cours de l’Anfal. Madjid Hamad Amin Jamil, le ministre des Martyrs du Kurdistan a déclaré : « Après avoir consulté plusieurs avocats, nous pensons que les verdicts sur le plan individuel sont justes mais nous avons des réserves sur la charge de « crime contre l’humanité » car nous considérons le gazage de Halabja, qui a tué plus de 5000 personnes, comme un acte de génocide envers le peuple kurde. Nous avons décidé de faire appel de ce jugement. » La question de la reconnaissance d’actes génocidaires durant l’Anfal permettrait aussi, selon les Kurdes, d’augmenter le montant des compensations dues aux victimes, en plus d’apporter une plus grande reconnaissance internationale de cette page noire de l’histoire kurde. Des milliers de personnes souffrent encore de séquelles physiques dues aux gaz chimiques, sans compter les séquelles psychiques, comme l’explique un juriste kurde en faveur de l’appel, Bakir Hama Sidiq, qui a lui-même perdu 23 personnes de sa famille dans l’attaque du 16 mars 1988 contre Halabja : « Il est important que soit retenue l’incrimination de génocide, car il ne fait aucun doute que ce qui s’est produit à Halabja, le 16 mars 1988 est un acte de génocide. Cela aiderait les victimes à obtenir des dédommagements. Le gouvernement [de l’époque] a prétendu que Halabja était une base militaire, mais ce fut en réalité un message adressé à l’Iran sur le fait que les dirigeants irakiens n’avaient aucune pitié, même envers leur propre peuple. Ce fut un génocide. »

L’avocat général, Goran Adham, a déclaré que son équipe et lui soutenaient la sentence, mais qu’ils feraient malgré tout appel pour obtenir le verdict de génocide, même si la reconnaissance de « crimes contre l’humanité » à Halabja peut, selon les avocats, donner malgré tout aux victimes la possibilité d’une poursuite civile pour obtenir des dédommagements des préjudices subis : « Nous allons poursuivre en justice les sociétés étrangères [ayant vendu les gaz chimiques utilisés en armes] et le gouvernement central comme le Gouvernement régional du Kurdistan peut les attaquer devant les tribunaux internationaux. » Le porte-parole du Gouvernement régional du Kurdistan, Kawa Mahmud a apporté le soutien de son gouvernement à l’appel de ce jugement : « Nous considérons juste ce verdict mais ne pas reconnaître officiellement ce dossier comme étant un génocide a soulevé des craintes parmi nous. Nous sommes donc heureux que l’accusation fasse appel. » La volonté de faire appel du jugement ne signifiait pas, cependant, un report de la peine de mort. Goran Adham s’était même dit persuadé que la peine capitale serait appliquée avant même que la cour d’appel ait rendu son jugement, ce dernier processus pouvant prendre plusieurs mois, ce qui s’avéra juste.

D’autres condamnations ont déçu l’accusation : l’ancien ministre de la Défense, Sultan Hashim Al-Taie et l’ancien chef des Services secrets Sabir Azizi Al-Douri ont été tous deux condamnés à quinze ans d’emprisonnement chacun, ce que les procureurs jugent insuffisant. Aussi Goran Adham a-t-il également décidé de faire appel de leur jugement Hashim Al-Tae a été condamné à mort avec Ali Al-Madjid en 2007 pour des crimes commis durant l’Anfal. Mais à l’époque, le président irakien, le Kurde Jalal Talabani, et son vice-président sunnite Tariq Al-Hashemi avaient refusé de signer la sentence, pour finalement l’approuver, en février 2008.

Mais certains observateurs politiques ont estimé que la volonté de procéder rapidement à cette exécution pouvait n’être pas étrangère à des fins électorales, à l’approche des législatives de mars 2010, d’autant que les débats autour de l’interdiction de candidats proches de l’ancien régime ont ravivé les sentiments anti-baathistes, surtout dans les milieux chiites. « Le verdict d’une peine de mort prononcée contre Ali Hassan Al-Majid dans le dossier de Halabja pourra être utilisé par le Premier Ministre Nouri Al-Maliki dans sa campagne électorale », estime ainsi l’analyste Hadi Jelow Mari, dans le journal irakien Al-Mada. « Maliki dira ainsi à la rue irakienne que c’est lui qui a mené à bien l’exécution de Saddam Hussein et qu’il va continuer de prendre des mesures strictes à l’encontre des anciens adjoints de Saddam. » L’exécution a finalement eu lieu une semaine après que la sentence a été rendue. Cette fois, contrairement à l’exécution de Saddam Hussein, aucune vidéo de la pendaison n’a circulé, et seulement deux clichés ont été diffusés sur les chaînes télévisées, tous deux montrant le condamné avant l’exécution.

À Halabja, les réactions ont été mitigées, entre satisfaction ou indifférence par rapport à cette exécution et surtout la déception que l’accusation de génocide n’ait pas été retenue. Le jour de la sentence, une commémoration avait eu lieu au cimetière de la ville, où sont enterrées les milliers de victimes du 16 mars, dont certaines inconnues et dans des fosses communes. « Je ne suis pas heureux de cette exécution parce que cela ne changera rien pour nous, explique ainsi Yahya Nawzar, instituteur à Halabja, il aurait même pu être exécuté sans le verdict de Halabja. Ce qui est important pour nous est la reconnaissance du génocide. » Durant la cérémonie, de fait, des banderoles réclamant cette reconnaissance ont été brandies. Le maire de la ville, Khidr Karim Muhammad s’est déclaré cependant optimiste sur cette question, pensant que la Cour suprême finira par leur donner raison.

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