Nêçirvan Barzanî : "La présence de Kurdes yézidis et shabaks et de chrétiens dans la ville de Mossoul est importante"

Plus que sous forme de discours, le GRK aime bien s'interviewer lui-même sur son site. Ici le Premier ministre de la Région du Kurdistan, Nêçirvan Barzanî, revient sur les récents assassinats de chrétiens à Mossoul.



Q: En dépit d'avancées significatives dans le domaine de la sécurité, l'Irak reste un endroit dangereux. Alors que les tensions religieuses et ethniques ont diminué dans des régions clefs, les récentes et brutales attaques contre les chrétiens à Mossoul nous rappelle que la violence et la répression ne sont jamais loin de refaire surface. Quel est le contexte de la situation présente des chrétiens en Irak et la position du Gouvernement régional du Kurdistan ?

Nêçirvan Barzani : Depuis la libération de l'Irak en 2003, il y a une suite malheureuse d'attaques contre les chrétiens en Irak par des groupes terroristes. Aiinsi, en août 2004, des élgises à Bagdad et plus tard à Basra, Mossoul et Kirkouk ont été les cibles de terroristes . Des chrétiens ont été assassinés, enlevés, sommés de se convertir ou de payer rançon

Les choses ont continué jusqu'à ce que près de 50.000 familles chrétiennes n'aient d'autre option que de fuir. Parmi elles, 20. 000 familles ont fui dans la Région du Kurdistan et se sont installées dans les gouvernorats d'Erbil et de Dohuk. D'autres familles se sont installées dans les villes autour de la plaine de Ninive, et le reste a quitté l'Irak pour la Syrie et la Jordanie.

Le Gouvernement régional du Kurdistan a fourni une assistance à ces familles chrétiennes autant qu'il lui a été possible. Cette assistance a compris des emplois dans le Gouvernement régional du Kurdistan, la reconstruction d'environ 100 villages, et a aidé près de 10 000 familles avec une allocation mensuelle. Le GRK a secouru les familles chrétiennes avec l'aide des églises, des centres culturels et communautaires.

Quand l'exode chrétien a commencé d'être connu, le Gouvernement régional du Kurdistan a alloué 250.000 dinars irakiens à chaque famille pour les secourir, jusqu'à ce que le gouvernement fédéral de Bagdad trouve une solution durable. D'autres institutions du Gouvernement régional du Kurdistan, comme le Parlement et les gouvernorats de Dohuk, Erbil etSulaïmanieh ont aussi offter une aide matérielle et financière à ceux qui étaient dans le besoin, via les églises et les organisations de la société civiles.

Le Conseil des ministres du GRK s'est réuni pour condamner les attaques contre les chrétiens. Même avant cela, plusieurs membres du GRK, de sparlementaires et des gouverneurs ont visité les lieux où les familles chrétiennes s'étaient réfugiées.

Q: Jusqu'où a été l'appui du GRK envers les chrétiens ?

N. Barzani: La Région du Kurdistan a offert un total soutien en un temps où cela relevait majoritairement de la responsabilité du gouvernement fédéral. Nous l'avons fait dans le passé et nous le ferons dans le futur. Personne d'autre en Iraq n'a offert une aide, à un tel niveau, aux chrétiens d'Irak, qui sont parmi les plus anciens habitants de ce pays.

Le Gouvernement régional du Kurdistan a mené ces actions en se fondant sur des sentiments de fraternité et au-delà des responsabilités constituionnellement établies d'une région fédérale en Irak. Nous considérons cela comme une obligation politique et morale d'aider des familles déplacées et de travailler avec le gouvernement fédéral pour mettre fin au terrorisme contre la communauté chrétienne.

Q: Quelle est la situation actuelle à Mossoul, et quel a été le rôle récent et la réponse du Gouvernement régional du Kurdistan?

N. Barzani: Les terroristes qui étaient derrière les attaques et le déplacements des chrétiens à travers l'Irak ont poursuivi et étendu leur campagne de terreur à Mossoul. Les chrétiens qui ont fui Mossoul ne viennent pas seulement d'un ou deux districts de la ville de Mossoul, ils viennent aussi de 52 districts distincts des régions alentour. Il y a eu beaucoup de victimes à Mossoul. Des milliers de Kurdes ont été tué en raison de leur ethnie, ce qui a eu pour conséquence de déplacer des milliers de familles.

La ville de Mossoul est devenu aujourd'hui un refuge pour beaucoup d'organisations terroristes et des membres de l'ancien régime du Ba'ath. Le soi-disant "Etat islamique" par exemple est devenu une organsiation parapluie sous laquelle tous ces terroristes opèrent. Ill est vrai que la plupart de ses membres sont arabes, mais les groupes comprennent aussi des Turkmènes et des Kurdes.

Ajoutons à cela qu'il y a même des chrétiens qui sont d'anciens membres dur égime du Parti Ba'ath, qui se qualifient eux-même de "Résistance", qui luttent activement contre le gouvernement actuel et les Forces de la Coalition. Les terroristes ont recruté des soutiens parmi un mélange de groupes ethniques et religieux, afin de semer le doute, la crainte et les tensions parmi les gens de Mossoul. C'est une tactique terroriste classique.

Q: Est-ce que la position et la réponse du Gouvernement régional du Kurdistan a ont été pleinement comprises ?

N. Barzani: Il y a eu une grande incompréhension sur ce qui est arrivé récemment à Mossoul, incluent le rôle du Houvernement régional du Kurdistan. Quand les chrétiens ont fui Mossoul, seul le GRK leur a offert son soutien.

Le gouvernement fédéral de Bagdad a très peu fait, si ce n'est rien, pour ces personnes déplacées, mis à part répandre des rumeurs et visiter certains endroits dans la plaine de Ninive où des chrétiens avaient trouvé refuge. Nous avons toujours maintenu que ces personnes déplacées ont le droit de retourner dans leurs foyers, et cela doit être notre but à long terme.

Q: Y a-t-il un lien entre les actions terroristes contre les chrétiens et l'agitation ou le terrorisme contre les Kurdes d'Irak ?

N. Barzani : C'est une question importante qui n'a pas été correctement abordée dans beaucoup de rapports et d'analyses de la situation actuelle. Nous, dans la Région du Kurdistan, surtout dans la ville d'Erbil, avons été la cible de plusieurs attaques terrroiristes dont celles du 1er février 2004, deux attaques simultanées qui ont fait 98 morts- dont des responsables du gouvernements et de partis politiques, ainsi que des civils - et un bien plus grand nombre de blessés. Les bombes ont été amenées par des Arabes, mais nous savons qu'ils ont été aidés dans leur plan par des Kurdes de Mossoul qui travaillaient avec le groupe Ansar al-Sunna. Beaucoup de gens savent que même aujourd'hui un petit nombre de Kurdes qui ont travaillé avec le régime du Ba’ath est toujours actif et aident les terroristes.


Stèle à la mémoire des victimes du 1er février 2004, Erbil.
photo Sandrine Alexie


Avanc tant de régions affectées, ce problème doit être analysé afin de déterminer à qui peut profiter ces attaques contre les chrétiens. En ce qui concerne les intérêts nationaux kurdes, la présence de Kurdes yézidis et shabaks et de chrétiens dans la ville de Mossoul est importante pour les équations proportionnelles de la population lors des prochaines élections provinciales. Dans ce cas, comment cela serait logiquement possible que les Kurdes essaient de diminuer le nombre de chrétiens dans la ville et de donner aux Arabes la majorité parmi la population ?

Ceux qui ont accusé les Kurdes de chasser les chrétiens et les autres hors de Mossoul sont les mêmes qui ont auparavant accusé les Kurdes de politique expansionniste à Mossoul et dans d'autres régions. Maintenant ces accusateurs ont complètement changé leurs assertions, en disant que les Kurdes chassent les chrétiens et les Kurdes yézidis et shabaks.

Les Kurdes, politiquement, auraient le plus à perdre de ces incidents, pusique la proportion des Arabes augmenterait. Ceux qui souhaitent rejeter le blâme de ces incidents sur nous sont les ennemis de la démocratie, les ennemis d'un Irak fédéral. Ils souhaitent porter des accusations manifestement fausses afin de miner les droits fondamentaux des libertés, de la démiocratie, et d'une juste représentation.

Q: Comment voyez-vous la communauté chrétienne ?

N. Barzani : Je vois la communauté chrétienne comme pacifique et professionnelle. Les chrétiens ne sont une menace pour personne, et nous ne les voyons pas comme une menace. Nous sommes fiers de la culture de tolérance qui a été promulguée dans la Région du Kurdistan. Notre capacité à vivre dans une coexistence pacifique avec un collège électoral ethniquement et religieusement divers est une grande force.

Je voudrais demander la chose suivante : si ce sont les Kurdes qui chassent ces infortunées victimes de Mossoul, pourquoi les chrétiens déplacés chercherait un refuge et la sécurité dans la Région du Kurdistan ? Si ces allégations outrageantes étaient vraies, est-ce que l'on pourrait attendre des chrétiens qu'ils courent se réfugier dans les bras des gens qui seraient leurs persécuteurs avérés ?

La réalité est que le GRK est la seule organisation gouvernementale en Irak qui fait réellement quelque chose de significatif pour secourir ces personnes menacées. En dépit de nos efforts, nous nosu retrouvons victimes d'une campagne politique. Nous nous dresserons toujours contre ces allégations absurdes, portées dans l'ombre, qui voudraient que nous soyons derrière la violence contre nos frères chrétiens.


Eglise St-Joseph d'Ankawa, Erbil.
Photo Sandrine Alexie.

La Région du Kurdistan abrite une grande et paisible communauté chrétienne. Nos frères chrétiens sont les bienvenus ici - ils participent à nos gouvernement, notre société et notre économie. Ils sont, autant que d'autres groupes ethniques et religieux, qui vivent ici dans la paix et l'harmonie, une part de l'histoire kurde. Ils enrichissent nos vies, notre société et notre culture. Nous avons fait beaucoup pour la minorité chrétienne dans notre Région, et nous l'avons fait en dehors de toute conviction morale. Nous considérons que c'est notre devoir en tant qu'autorités gouvernementales.

Nous nous consacrons nous mêmes à la création d'un Irak fédéral, démocratique, pluraliste. cela signifie que nous sommes tous responsables du respect des droits des minorités ethniques pour toute la nation. Dans notre Région, la réalité sur le terrain démontre notre respect de la diversité et notre implication dans les droits de l'homme. Le GRK accueille chaleureusement et encourage fortement chacun à venir dans la Région et à le constater par lui-même. Et j'espère qu'un jour tout le peuple d'Irak aura le sentiment que ses droits et libertés sont protégés comme c'est le cas dans la Région du Kurdistan .

(source KRG.org)

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