Accéder au contenu principal

Kurdes et Lours du Fars et du Khuzistan au X° siècle


Atlas historique, dir. Georges Duby, Larousse 1978.

La distinction faite entre Kurdes et Lours est très moderne. Ibn Hawqal ne la fait pas au Xème siècle, pas plus que Shref Khan ne la fera au XVIème.

Sinon on voit que le mode de vie nomade n'a rien à voir avec la pauvreté rustique des derniers koçêrs. Comme les autres grandes confédérations nomades, berbères, turques, mongoles, la "civilisation" des tentes égalait en faste celle des sédentaires, qu'elle pouvait dominer d'ailleurs politiquement et financièrement comme cela semble être le cas des puissants Kurdes du Khuzistan et du Fars.


Le Luristan :


"Lur est une contrée bien caractéristique, prospère, où prévaut un climat de montagne : dépendant autrefois du Khuzistan, la région a été rattachée à la province du Djibal. On y trouve une steppe, un district administratif et des cantons ruraux. Dans sa grande majorité la population est kurde ; dans le voisinage le plus proche des Kurdes, le sol est fertile et humide."


Le Fars :


"Il y a cinq campements de Kurdes - dont le plus considérable est le campement de Djilawaih, appelé aussi campement de Ramidjan ; - puis c'est le campement d'Ahmad ibn Laith, connu sous le nom de Lawalidjan ; - vient ensuite, par ordre de volume, le campement de Husain ibn Salih, qu'on nomme aussi campement du Diwan ; - puis le campement de Shahryar, ou campement de Mazindjan : c'est le nom d'une tribu kurde séjournant dans les alentours d'Ispahan, en provenance de ce campement ; - le campement d'Ahmad ibn Hasan, appelé aussi campement de Kariyan : c'est le campement d'Ardashir.


Les tribus kurdes défient toute statistique, vu leur grand nombre, mais selon l'estimation des spécialistes du pays, il y aurait plus de cinq cent mille tentes. Ces Kurdes se consacrent à l'élevage dans des pâturages, hiver comme été, à la manière des Arabes bédouins. On compte par tente d'un à dix hommes environ, seigneurs, domestiques, pasteurs, jardiniers et personnels divers. Je donnerai les noms de leurs tribus pour autant que je m'en souviendrai, car leur nombre exact n'est connu que des fonctionnaires des contributions."


Enumération et description des campements de Kurdes : Chacun de ces campements est formés de bourgs et de villes qu'on a réunis, et un chef kurde est responsable de l'affermage de l'impôt foncier pour chaque circonscription, il veille à l'intérêt général de son territoire, assure la marche des caravanes, prend en main la sécurité des routes, préside aux décisions du gouvernement qui concernent sa circonscription et fait exécuter ses ordres. Ces domaines sont donc gérés comme des provinces.


- Le campement de Djilawaih, connu aussi sous le nom de Ramidjan, est dans le voisinage d'Ispahan et s'étale sur des parties des départements d'Istakhr, de Sabur et d'Arradjan ; une de ses limites confine à Baida, une autre aboutit aux lisières d'Ispahan, la troisième est limitrophe du Khuzistan, et la dernière se termine au campement de l'arrondissement de Sabur. Toutes les villes et bourgades qui s'y trouvent peuvent être considérées comme faisant partie de la circonscription d'Ispahan. Les voisins du côté de la circonscription d'Ispahan sont les Mazindjan, qui proviennent du groupe de campement de Shahryar ; tous ceux qui vivent dans la province du Fars possèdent un très grand nombre de domaines et de villages.


- Le campement du Diwan, ou de Husain ibn Salih, fait partie du département de Sabur ; une de ses frontières touche Ardashir-Khurreh, et la frontière du département de Sabur s'adapte par des coudes aux trois autres côtés. Toutes les villes et bourgades de ce campement sont situées entre ces limites.


- Lawalidjan est le nom du campement d'Amad ibn Laith, qui se trouve dans le département d'Ardashir-Khurreh : un des côtés est débordé par la mer et, sur les trois autres flancs il est entouré par le département d'Ardashir-Khurreh : Les villes et les villages qu'il renferme dépendent de ce département.


- Le campement de Kariyan lance une de ses limites vers Sif Bani Saffar, une autre en direction du campement de Mazindjan, une troisième longe le Kerman et la dernière est bornée par Ardashir-Khurreh. Tout ce territoire appartient à Ardashir-Khurreh.


Voici maintenant les noms des tribus kurdes vivant dans le Fars :


Kirmaniya ; Ramaniya ; Madin ; la tribu de Muhammad ibn Bishr ; Baqiliya ; Bundahmahriya ; la tribu de Muhammad ibn Ishaq ; Sabbahiya ; Ishaqiya ; Adharkaniya ; Sahrakiya ; Tahmadahniya ; Ziyadiya ; Shahyariya ; Mihrakiya ; Mubarakiya ; Istamhariya ; Shahrawiya ; Bundadhakiya ; Khusrawiya ; Zandjiya ; Safariya ; Shahawiya ; Furatiya ; Salmuniya ; Siriya ; Azadhdukhtiya ; Mutallabiya ; Mamaliya ; Lariya ; Barazdukhtiya ; Shahkaniya ; Djaliliya.


Telles sont leurs tribus les plus connues, et leur énumération complète ne serait possible qu'avec les données de l'administration des contributions. Elles comptent au total plus de cinq cent mille tentes, et chaque tribu peut fournir un contingent de mille cavaliers, plus ou moins. Hiver comme été, ces tribus errent à la recherche de pâturages, de cantonnements d'été et dh'iver, exception faite de groupes peu nombreux fixés dans les régions froides. Les nomades des contrées chaudes n'accomplissent pas de grandes migrations, ils vont et viennent dans les limites de leur arrondissement. Leurs guerriers ont le nombre, sont endurants et énergiques, et ils possèdent des chevaux et du bétail : aussi le gouvernement éprouve-t-il les plus grandes difficultés à leur sujet s'il lui vient à l'idée d'agir contre leurs droits ou de les opprimer.


Ibn Duraid assure dans sa Hamasa que les Kurdes sont des Arabes, descendants de Kurd ibn Murd ibn Amr ibn Amir. Or Abu Bakr Muhammad ibn Hasan ibn Duraid est un des mieux documentés sur les Arabes et leur histoire : on se sert de ses déclarations comme arguyment et on se fie à ses affirmtion en ce domaine comme dans d'autres.


Ces Kurdes possèdent des moutons, des juments mais ils n'ont que peu de chameaux. Seuls les Kurdes vivant près de Mazindjan, aux frontières d'Ispahan, élèvent des chevaux de race, ils se servent de diverses espèces de bête de somme. Ils vivent à l'aise et sont même riches : leurs méthodes d'élevage et de recherche de pâturages sont celle des Arabes. On assure qu'ils sont répartis en plus de cent tribus, mais je n'ai mentionné qu'une trentaine d'entre elles, tout au plus."

Ibn Hawqal, Configuration de la Terre, II, Le Khuzistan, le Fars. Trad. Wiet & Kramers, Maisonneuve & Larose, 1964.

Commentaires

  1. Nice website: http://www.kurdistanname.com/. I hope you translate the part about Kurds in English one time.

    RépondreSupprimer
  2. I did it before. But too much work now...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

À signaler sur le Cercle catholique syriaque, un article en ligne, passionnant, de Françoise Briquel-Chatonnet, initialement publié dans les actes du colloque Dialogue des religions d’Abraham pour la tolérance et la paix, Tunis 8-10 décembre 2004, Tunis, université Al-Manar : Abraham chez les auteurs syriaques : une figure du croyant pour des chrétiens en monde musulman.
Il s'agit d'une étude de la figure d'Abraham telle que l'ont vue, développée et commentée les chrétiens syriaques, d'abord en la distinguant du judaïsme et puis de l'islam, comme l'introduit l'auteur elle-même :
Les chrétiens syriaques ont produit une abondante littérature très ancrée dans le patrimoine biblique dont ils étaient nourris. C’est pourquoi, invitée à m’intéresser à Abraham en tant que figure de la tolérance dans les trois religions monothéistes, j’ai souhaité partir de cette littérature qui se révèle de grand intérêt. Comme cette littérature spirituelle ou mystique syriaque n&…

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Épuisé sur Amazon, on peut trouver le manuel à des prix raisonnables chez Decitre.

Introduction(extraits) "L'araméen, dit-on, est la langue des anges, et si vous prévoyez qu'à défaut d'une vie vertueuse un petit coup de piston ne sera pas de trop pour que vous soyez admis dans le Jardin d'Allah au jour du Jugement, quand vous serez perdu au milieu de la multitude des humains se pressant devant l'entrée, vous pouvez espérer que son redoutable gardien sera si heureux de vous entendre le saluer dans sa propre langue qu'il entrouvrira la porte pour vous laisser passer." (Ceux qui se demanderaient pourquoi le soureth est la langue des anges, même ceux gardant le Paradis des musulmans, peuvent se reporter à ce lien, on vous dit tout).

"Si votre esprit, plutôt que se s'élever vers les sphères célestes, est attiré par celles d'ici-bas, vous serez fasciné par une langue qui porte le témoignage écrit de l'histoire de l'humanité – tant matérie…

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs

Le Kurdistan est une mixture unique de différents groupes ethniques et cultures : Kurdes musulmans, Kurdes yézidis, Turkmènes musulmans, Arméniens, Assyro-Chaldéens chrétiens de langue araméenne, et Juifs de langue araméenne. La cuisine traditionnelle chrétienne n'est pas substantiellement différente de celle des Kurdes. Ainsi, les animaux sont égorgés selon le rite islamique. Les chrétiens, cependant, mange de la viande de porc, soit importée soit venant de sangliers chassés dans les montagnes. De plus, les chrétiens réclament comme les sucreries traditionnelles kulîçe, servis à Noël et dans des occasions importantes, mais communes dans toute la région.
Muhammad n'a pas posé d'objection à ce que musulmans, juifs et chrétiens mangent ensemble. Il en résulte qu'un musulman pratiquant peut acheter sa nourriture dans une boutique tenue par un juif ou un chrétien. Si un nom divin autre que celui d'Allah a été prononcé pendant que l'animal a été abattu, les musulma…