BRAS DE FER ENTRE ERBIL ET BAGDAD SUR LA LOI PÉTROLIÈRE


L’exploitation des ressources en hydrocarbures au Kurdistan est un sujet de conflit permanent entre Bagdad et Erbil, l’Irak voulant imposer des décisions centralisées, la Région kurde défendant au contraire la libre gestion de ses propres richesses. Un nouveau projet de loi sur les hydrocarbures, approuvée par le gouvernement irakien le 28 août dernier, a déclenché de vives réactions du côté kurde et le président de la Région kurde a réclamé son retrait : « La présidence de la région du Kurdistan condamne cette manoeuvre et demande au conseil des ministres de retirer ce projet immédiatement car il est contraire à la Constitution. Nous appelons le président du Parlement à rejeter ce projet présenté par le gouvernement et à poursuivre le travail législatif (sur l'ancien projet de loi présenté en 2007) en prenant en considération les amendements de toutes les parties y compris les réserves de l'Alliance kurde. »

L’élaboration de cette loi et son adoption est un feuilleton à rebondissements interminable entre les deux gouvernements, et achoppe principalement sur les accords pétroliers que les Kurdes concluent de leur propre chef avec des groupes étrangers, ainsi que sur la répartition des coûts et des bénéfices de ces opérations. En mai dernier, un accord avait pu être trouvé sur la répartition, mais la volonté des Kurdes, plus enclins à faire preuve de souplesse sur le partage des recettes générées par l’exploitation des hydrocarbures, se fait déterminée lorsqu’il s’agit de garder le contrôle de leurs ressources, de leur exploitation et des contrats passés avec les compagnies étrangères.

Sur le terrain, les Irakiens ne peuvent guère imposer leur contrôle manu militari au Kurdistan. Le bras de fer se joue pour le moment sur le papier : les contrats passés avec le Kurdistan sans l’accord de Bagdad ne sont pas validés par le gouvernement central ce qui placent les sociétés étrangères devant un dilemme : passer outre l’approbation de l’Irak les expose à des mesures de rétorsion et de représailles en leur fermant la porte aux gisements du sud de l’Irak; d’un autre côté, la Région du Kurdistan est, actuellement, la seule région de l’Irak qui connaît une activité économique constante et prospère et qui attire les sociétés internationales. Le conflit se règle donc à coup de veto et d’interdictions mutuelles.
Le 11 septembre, le gouvernement irakien a même annoncé que le Kurdistan avait décidé de stopper toute exportation du pétrole extrait de son sol, alors que l’exploitation, un temps interrompu, avait redémarré en février dernier, et que la production, qui était de 135.000 barils par jour, devait atteindre, selon les objectifs kurdes, 200.000 barils. Cette reprise de l’exploitation en février mettait fin à un gel des exportations kurdes qui durait depuis octobre 2009, Erbil et Bagdad ne parvenant pas à s’entendre sur la rémunération des compagnies étrangères exploitantes.

Lors de cette reprise, en février, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki avait accepté que son gouvernement avalise les contrats déjà passés par les Kurdes sans l’accord de Bagdad. Mais la loi approuvée le 28 août dernier est considérée par les Kurdes comme une énième tentative de reprendre le contrôle de l’exploitation des richesses du Kurdistan par un gouvernement central qui, tout au long de son histoire, s’est peu soucié du développement au Kurdistan. De plus, le climat de méfiance mutuelle et les tensions politiques avivées par le prochain retrait des troupes américaines n’offrent guère un terrain favorable à un accord.

Dans une déclaration faite à l’AFP le ministre irakien du Pétrole, Abdelkarim al-Luaybi affirmait : « Le gouvernement régional du Kurdistan a cessé aujourd'hui ses exportations pétrolières, sans fournir de motif. C'est une grande perte pour l'économie irakienne, ainsi que pour les peuples kurde et irakien en général. » Mais le Gouvernement régional du Kurdistan irakien a vite démenti, dans un communiqué, « avoir décidé de suspendre les exportations par l'oléoduc reliant l'Irak à la Turquie. Ce sont de sérieuses difficultés techniques rencontrées ces deux derniers jours par la Compagnie pétrolière du nord (NOC, public) qui ont causé l'interruption temporaire des exportations du Kurdistan et toute autre interprétation est fausse », a répondu le ministère des Ressources naturelles du gouvernement kurde, dans un communiqué. « Le gouvernement kurde reste attaché à l'accord intérimaire signé avec le gouvernement fédéral d'Irak sur l'exportation du pétrole à partir des champs pétroliers situés au Kurdistan jusqu'à ce qu'une solution définitive soit trouvée. »

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