Duhok

Ayé, mon visa est bon jusqu'au 18 mai, sans test sanguin à passer. Ce fut, finalement, une matinée très drôle. Sortant du kani@net, je prends un taxi qui m'amène à un nouveau bâtiment, ce qui me fait douter que ce soit le bon. Peut-être plus petit, mais qui fait plus chic. C'est bien là, confirment les policiers, qui me demandent tout de suite si j'ai un 'répondant' en Iraq. Chez qui je vis ? Ben, là, à l'hôtel. Ils insistent. Je me connais personne ici ? Euh, si, le Matran d'Amadiyya (puisque vous voulez tout savoir). Ils me demandent alors de lui téléphoner, pour confirmer soit que je ne suis pas une future kamikaze, soit qu'il est complice de mes futurs forfaits. Je me marre d'avance en imaginant la scène qui n'a pas manqué de suivre. Après avoir payé le taxi, je leur demande s'ils ne préfèrent pas que j'appelle l'hôtel. Non, ils tiennent au Matran. 

Bon, c'est comme vous voulez, hein. J'appelle Rabban en croisant les doigts pour que ça sonne et que ça réponde. Ce fut les deux. "Excuse-moi de te déranger, mais la police demande si je connais quelqu'un 'en Iraq'. Il démarre au quart de tour, comme prévu et impossible à arrêter : "Oui ! Eh bien tu vas leur dire ça :" Voilà le tsunami est lancé, je ne prends plus la peine, comme au restaurant d'essayer d'expliquer que je lui passe quelqu'un, je tends directement le tel au jeune planton qui va essayer, lui, pendant quelques minutes d'en placer une (me demande bien ce qu'il lui a dit) et à la fin peut juste dire : erê… lê navê te… erê, erê… navê te ? (Oui… oui… mais ton nom ?) Silence et puis : 'haaa… Serçavan". Il raccroche, nous regarde tous, mi ahuri mi épaté : Il a dit : " EZ MATRANÊ KURDISTAN IM !" (JE SUIS L'ÉVÊQUE DU KURDISTAN). Bon, je peux entrer, et ne résiste pas au plaisir de glisser au passage : "Ça, tu l'as demandé, tu l'as eu !" Il opine, toujours mi sonné mi amusé.

Ensuite, premier guichet. Un qui parle anglais, l'autre non, mais mon kurde l'épate et il tombe immédiatement sous le charme (que je ne lui faisais pas), à la kurde : rouge de la tête aux pieds, sourire ravi, yeux dans les étoiles. On bavarde sur ma présence à Duhok, je montre le programme de la conf, il a étudié la littérature kurde lui aussi, et connaît le professeur Mustafa Bakir qui est intervenu avec moi. Puis, après m'être trimballée dans je ne sais combien de bureaux (j'avais l'impression d'évoluer dans un tableau d'Escher) je vais chez le chef qui parle un peu français. Il veut m'ajouter 3 jours de plus, alors que mon avion de toute façon est le 16, et ensuite me demande si j'ai fait le test. Non. Je prends un air mi pfff mi rigolard en demandant si le test de 2009 ne peut pas resservir...

Il me dit finalement que je suis venue pour les Kurdes, travailler sur la littérature, etc alors bon, en tant que mîvan je vais y échapper. Grand sourire reconnaissant, Il envoie ma fiche avec un post sur lequel il a écrit 5 ou 6 lignes, qui revient au bout d'une demi heure avec deux autres annotations, d'encres et de mains différentes, qui doivent dire que c'est bon. Entre temps, les gens venaient déposer leur passeports, des policiers (tous jeunots) venaient et sortaient, En entrant, curieux salut militaire de la main, accompagné d'un jeu de de jambe stylé : le pied se lève, dessine un rond dans l'air et retombe comme la patte qu'un héron voudrait dégourdir, mais avec un claquement sonore de semelle sur le plancher. Mi parade mi pas de danse. Le tout plusieurs fois de suite, du même.

Encore quelques bureaux, guichets, monnaie à déposer ça et là, et c'est bon, visa jusqu'au 18. Appris entre temps à quelques-uns que mai se dit 'Gulan'. Eux emploient les mois arabes, que je ne connais pas, et ils ne comprenaient pas mon calendrier patriotique, Un expert dans la file est venu expliquer sentencieusement que Gulan c'est le mois des fleurs, Gul, quoi. Ça les épate aussi, tiens. Penser quand même à apprendre les mois arabes, quoique leur calendrier tournant c'est trop casse pied à retenir.

Sortie vers 12 h, jus de banae et choux à la crème au bazar. Tenace sinusite du côté gauche, avec migraine. Après l'air pur d'Amedî, Duhok fait moite, poussiéreuse, il faut se réhabituer.

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