IRAN : « LE PAYS ENTIER EST UNE PRISON POUR JOURNALISTES »


Condamnations et exécutions de prisonniers ne connaissent pas répit en Iran, visant tout particulièrement la communauté kurde, sans égard d’âge ou de sexe. Ainsi, le 2 avril, une mère de famille et ses deux enfants, âgés respectivement de 20 et 19 ont été condamnés à mort, la cour de Mahabad ayant estimé que cette famille « mettait en danger la sécurité de l’Iran ». Selon l’organisation Amnesty International, qui s’attend à une vague d’exécutions, ces sentences et leur application, sans commune mesure avec les faits reprochés aux accusés, sont en fait autant de signaux envoyés à la population du Kurdistan et à ses militants, d’une tolérance zéro du régime iranien envers tout mouvement d’émancipation des Kurdes.

Cette persécution systématique est confirmée par Human Rights Watch, qui a récemment publié un rapport dans lequel il note, lui aussi, une répression très lourde exercée contre les minorités d’Iran, et particulièrement les Kurdes, s’ajoutant à de nombreuses discriminations, tant religieuses que culturelles. Ainsi, pour le seul hiver 2009, les ONG ont relevé près de 181 cas avérés de violation des droits de l’homme dans la province du Kurdistan: menaces, arrestations, détentions de longue durée, cas de tortures et de morts suspectes de détenus, jugements irréguliers et de lourdes condamnations, allant jusqu’à la peine capitale. Ainsi, le 6 janvier dernier, Fasih Yasamani, un prisonnier politique kurde a été exécuté en vertu d’une condamnation à mort qui fut prononcée à l’issue d’un procès n’ayant duré que quelques minutes. Trois autres détenus sont, eux, morts au cours de leur emprisonnement, avant d’avoir pu être jugés. La surveillance et la répression s’exercent aussi bien évidemment dans les universités, avec, dans ce cas, une coopération entre les autorités universitaires et judiciaires. Toujours en hiver dernier, 110 étudiants kurdes ont été convoqués par des commissions disciplinaires, 22 d’entre eux renvoyés temporairement ou définitivement, pour des « délits politiques ». Enfin, 37 de ces étudiants se sont retrouvés accusés et détenus par les forces de sécurité. En tout, 143 personnes ont été détenues, dont certaines sont passées en jugement, et 29 peines ont été prononcées, allant de 22 mois à 6 ans de prison. Enfin, 17 prisonniers politiques kurdes condamnés sont toujours en attente dans les « couloirs de la mort ».

La sévérité des condamnations ne se limite pas aux cas de rébellion politique ou de faits de guérilla. Elle concerne aussi les journalistes et les militants pacifiques des droits de l’homme, ou du féminisme. Selon le journal kurde Rudaw, l’exercice du journalisme au Kurdistan d’Iran s’apparente à « une marche sur un champ de mines ». De nombreux collaborateurs de la presse sont arrêtés et des journaux interdits de publication. Selon le classement de Reporters sans frontières, l’Iran est même un des pires pays pour la liberté de la presse et la sécurité des journalistes, étant tombé de la 166ème place à la 172ème cette année depuis la réélection d’Ahmadinjad à la présidence, faisant du pays entier une « prison pour journalistes ». D’après Rudaw, plus de 350 journalistes ont été renvoyés de leur rédaction, plus de 100 arrêtés et 25 quotidiens et hebdomadaires interdits. Une soixantaine de responsables de presse ont été interrogés et font l’objet d’une enquête. La plupart des journalistes kurdes ont fui à l’étranger. Dix journalistes kurdes sont toujours détenus en Iran, dont Adnan Hassanpour, Hiwa Butimar, Muhammad Sadiq Kabudwand, Mukhtar Zarhi, Abbas Djalilian, Ali Muhammad Islampoor. Il n ’existe plus à l’heure actuelle un seul journal ou magazine kurdes indépendants qui n’ait été interdit : Ashtî, Rojhelat, Hawar, Peyamî Kurdistan, Peyam mardam, Rasan, Jiwar, Nadai Jamiha, Nadai Danishdjo, Khatun, Zilan et d’autres encore ont dû cesser officiellement de paraître.

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