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IRAN : AMNESTY INTERNATIONAL DENONCE LES DISCRIMINATIONS ENVERS LES KURDES


Amnesty International a publié le 29 juillet un rapport qui dénonce l’Iran et sa répression contre les minorités, répression qui va en s’intensifiant, selon l’organisation de défense des droits de l’Homme.

Amnesty dénonce ainsi tout un éventail de discriminations et d’abus des droits de l’Homme exercés à l’encontre des12 millions de Kurdes vivant en Iran, soit 15% de la population totale du pays. Ces discriminations peuvent être aussi bien religieuses que culturelles, les Kurdes étant majoritairement sunnites et non chiites. Mais elles concernent aussi les questions de logement, d’emploi, d’éducation. Enfin, les media kurdes dénonçant les atteintes aux droits de l’Homme sont tout particulièrement pris pour cible par les autorités : « La constitution iranienne proclame l’égalité de tous les Iraniens devant la loi. Mais, comme le montre notre rapport, ce n’est pas la réalité pour les Kurdes d’Iran, a déclaré un des responsables de l’organisation. «  Le gouvernement iranien n’a pas pris de mesures suffisantes pour éradiquer les discriminations, ou pour mettre fin au cycle de la violence contre les femmes, et punir les responsables. »

Le rapport insiste sur la situation critique des femmes kurdes, doublement persécutées en tant que minorité ethnique défavorisée, et aussi par les interdits tant religieux que culturels qui frappent leur condition : inégalité dans l’accès à l’éducation, mariages précoces et forcés, violence domestique allant jusqu’au crime d’honneur ou bien entraînant des suicides. Pourtant, selon Amnesty International, les femmes kurdes sont un pilier majeur de l’activité économique au Kurdistan et il est vrai que dans tout l’Iran, les conséquences démographiques de la guerre avec l’Irak ont fait chuter la population masculine.

« Les femmes kurdes sont victimes de violences quotidiennes et rencontrent des discriminations officielles de la part de l’Etat, mais aussi de la part d’autres groupes ou d’individus, ceci incluant leur propre famille. Les autorités iraniennes doivent exercer une vigilance constante pour éradiquer la violence contre les femmes dans les foyers et dans leur communauté, mais cela n’est pas le cas » recommande le rapport. Mais le code de lois iraniennes étant fondé sur une interprétation extrêmement passéiste et rigoriste de la sharia shiite. Ainsi, dans certains cas, il est légal pour un homme de battre sa femme, permettant, par exemple, à un homme de frapper son épouse sous certaines conditions et l’âge légal du mariage pour les filles a été abaissé à neuf ans. La pratique religieuse officielle étant elle-même dans de nombreux cas plus discriminatoire et plus oppressive que les modes de vie traditionnels des minorités les plus défavorisées, on ne voit pas bien comment l’Etat pourrait contribuer à améliorer cet état de choses.

Par ailleurs, Amnesty International indique qu’en ce qui concerne les droits culturels des Kurdes, par exemple le port de leurs vêtements traditionnels, leurs musiques, ils sont généralement respectés, et la langue kurde est utilisée dans des media. Cependant, l’organisation fait état d’actes d’intimidation ou de répression dirigés contre l’identité kurde, sous couvert de « sécurité intérieure » et de lutte contre la guerilla du PJAK. Sont évoqués plusieurs cas d’emprisonnements abusifs, de procès iniques, et de nombreuses condamnations à mort.

Farzad Kamangar, Ali Heydariyan et Farhad Vakili, ont été ainsi convaincus du délit de « moharebeh » (ennemi de Dieu), et condamnés à mort, alors que leurs jugements ont été tous entachés de graves irrégularités et que les détenus ont été très sérieusement torturés. Ils étaient accusés d’allégeance ou d’appartenance au PKK (soit sa branche iranienne, le PJAK). Ali Heydariyan et Farhad Vakili ont été condamnés en plus à dix ans de prison pour « falsification de documents » et, selon la loi iranienne, ils doivent d’abord purger leur peine de détention avant d’être exécutés.

Farzad Kamangar, un enseignant de 32 ans, a constamment nié les accusations portées contre lui et a révélé que les autorités lui avaient demandé d’écrire une lettre demandant leur clémence. Son refus a été interprété comme un aveu de culpabilité. Depuis le 11 juillet, sa sentence a été confirmée et il peut être exécuté à tout moment. Le 21 juillet, un rassemblement d’un millier de personnes s’est tenu dans la capitale provinciale kurde de Sanandaj, pour dénoncer cette sentence et l’emprisonnement des autres détenus.

En mai dernier, Mohammad Sadiq Kabudvand a été condamné à onze ans de prison par la 15ème Chambre de la Cour évolutionnaire de Téhéran, soit dix ans pour avoir menacé « la sécurité de l’Etat en fondant l’Organisation des droits de l’Homme au Kurdistan (HROK) », et un an pour « propagande contre le système ». Le procès s’est déroulé à huit-clos, comme cela arrive fréquemment dans ce genre d’affaires politiques, ce qui est régulièrement dénoncé par les avocats de la défense en raison de toutes les irrégularités de procédure que cela permet. Amnesty International a déclaré considérer Mohammad Sadiq Kabudvand comme un prisonnier d’opinion, détenu uniquement pour avoir usé pacifiquement de ses droits à la liberté d’expression et d’association, durant l’exercice de sa présidence à la tête de HROK, et aussi en tant que journaliste. Il faut rappeler que l’Iran est signataire de la Convention internationale sur les droits civils et politiques, laquelle garantit justement de telles activités.

Hana Abdi, étudiante en psychologie, a été arrêtée le 4 novembre 2007, alors qu’elle se trouvait chez son grand-père, à Sanandaj. Détenue au secret trois mois durant, elle a été condamnée à cinq ans de prison, en juin dernier, peine qu’elle devra purger dans une autre province, et donc loin de sa famille et de ses amis, ce qui rendra les conditions de son emprisonnement encore plus difficiles. Selon son avocat, la 2ème Chambre de la Cour révolutionnaire de Sanandaj l’a jugée coupable de « collecte et de collusion pour fomenter un crime contre la sécurité nationale. » Elle est en fait membre active de la « Campagne pour l’égalité”, lancée par des femmes iraniennes pour mettre fin aux discriminations légales qu’elles rencontrent en Iran. Amnesty International donne de la même façon, le statut de prisonnière d’opinion à Hana Abdi.

En plus des Kurdes, ce rapport de 57 pages fait état de discriminations à l’encontre des Arabes de l’Ahwaz et des Baloutches.

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