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Roohafza Ensemble



Des musiciens presque tous d'Ispahan, purs Perses, donc, mais ayant adopté le tenbûr, l'instrument national kurde, et s'inspirant des musiques yarsans de Kermanshah, tout en se réclamant aussi de l'héritage spirituel de Rûmî. L'Ensemble Roohafaza a été fondé en 1998, par le compositeur et musicien Aliasghar Rahimi. Ils se sont produits le 19 juin dernier à Londres et répondaient à une interview de Six Pillars :

Six Pillars – Comment votre groupe s'est-il formé et qu'est-ce qui vous a amené à jouer ensemble ?
Shahab Hamidi Manesh – L'Ensemble Roohafza Tanbour (Les Joueurs de Tanbour d'Ispahan) a été fondé en 1998 à Ispahan-Iran par le chef d'orchestre et compositeur Aliasghar Rahimi, un maître du tanbour.  Le tanbour est un ancient instrument kurde et persan, qui n'est pas très populaire dans la plupart des régions d'Iran, et est même inconnu à Ispahan. Le tanbour est majoritairement prédominant dans les régions kurdes à l'est de l'Iran (surtout Kermanshah). Ce qui est intéressant, concernant l'Ensemble Roohafza, est que, alors que la plupart de nos musiciens sont d'Ispahan, tous jouent du tanbour, et tous ont été initiés au tanbour par M. Rahimi lui-même. Aussi, il est naturel que nos goûts en matière de musique, de composition et de sentiments soient très proches et complémentaires. “Roohafza” se traduit comme tel : Rooh, c'est l'âme, le souffle ;  afza : ce qui renforce, améliore, accroît.
SP – Quelle est l'importance de la foi dans votre groupe et votre musique ? 
SHM – Bien sûr, les croyances d'un artiste nous informent toujours sur l'infrastructure de sa pensée. Dans nos croyances, nous sommes très proches les uns des autres. Par exemple, nous respectons tous sincèrement la pensée de Rûmî.  Mais cela ne veut pas dire que nous créons notre musique en accord avec une foi particulière ou pour promouvoir quelque 'isme' que ce soit. Je dois dire que le tanbour est très respecté dans certaines croyances kurdes, comme les Ahl-e Haqq  (ou Yarsan ; une religion fondée  par Sultan Sahak à la fin du XIVe s. à l'ouest de l'Iran), et jouer et prier à l'aide du tanbour est un aspect de leur religion. Malgré cela, nous sommes tous musulmans, mais comme je dis, nous ne faisons la promotion ni ne suivons aucune foi en particulier.
SP – Que pensez-vous, personnellement,  des musiques que l'on dit 'sans âme' et qui exalte à la place les plus sombres aspects de la personnalité humaine ?
SHM – À cette question, je peux répondre ainsi : certaines musiques font s'envoler l'esprit et le cœur, leur font penser ou imaginer un ciel ;  ces musiques-là imprégneront votre esprit et vos sentiments, même longtemps après les avoir écoutées ; parfois même,  durant toute votre vie, vous vous souviendrez d'un morceau de musique et cela aura toujours un effet sur vous. D'autre part, certaines musiques feront descendre plus bas et plus bas encore l'auditeur, en d'autres termes, dans la ténèbre. Ces musiques finissent quand finit leur écoute. Ces sortes de musiques ont un effet très court, faible, et peut-être négatif. Je préfère ne pas les appeler 'musique' mais 'sons distrayants'. 'Musique' est un nom qui doit être donné avec respect, la musique vient du divin. Rûmî dit cela dans ses poèmes :
Nous sommes tous des composantes d'Adam et avons entendu ces tons dans les cieux, le son du tanbour et de quelques autres instruments sont un peu semblables à ces tons.
ما همه اجزای آدم بوده ایم در بهشت این لحن ها بشنوده ایم ناله تنبور و بعضی سازها اندکی ماند بدان آوازها

SP - Qu'est-ce qui différencie les musiques iraniennes des autres musiques du Moyen-Orient ?
SHM – Selon des sources historiques, la musique perse et ses  instruments sont à l'origine de la plupart des instruments du monde.  Par exemple, Ziryab qui a créé la première guitare, ou Barbod, etc. Le tanbour est aussi le premier instrument perse à cordes, cela remonte à sept mille ans. Ainsi, la musique perse est resté très pure et originale, et a gardé ses caractères propres et la personnalité des peuples appartenant à cette culture. La musique persane, je dirais, est plus émotionnelle, relaxante et paisible, si l'on compare avec d'autres styles musicaux.
Chez Roohafza, le tanbour, le ney et le daf sont les principaux instruments. Chacun d'eux est l'un des plus anciens ou le plus anciens instruments de sa catégorie (cordes, flûte ou tambour).
SP – À quoi peuvent s'attendre les gens dimanche ? 
SHM – Les gens peuvent s'attendre à un genre de musique qu'ils n'entendent pas souvent. La nôtre est  une forme particulière de la musique mystique et émotionnelle, jouée avec les poèmes persans de Rûmî, qui nous transportent tous au ciel pour un instant, inshallah. Nous ne donnerons pas dimanche une musique habituelle de concert. Ce sera plus une 'assemblée spirituelle'. Nous nous rendrons là-bas pour avoir une nuit d'extase sublime et jouir de l'ivresse de ce vin céleste qu'est la musique, ensemble, avec d'autres gens. Ce sera une 'nuit de l'Unité'. 
هر نفس آواز عشق میرسد از چپ و راست ما به فلک میرویم عزم تماشا که راست
À chaque souffle, à chaque instant, le signe de l'Amour vient de tous côtés,
Nous montons vers le ciel,  qui ne serait pas assez résolu pour regarder ?



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