KURDISTAN D’IRAK : BOMBARDEMENTS IRANIENS ET COMBATS INTENSES AUX FRONTIÈRES


Dès le début du mois, les attaques de l’Iran sur des villages kurdes des provinces d’Erbil et de Suleimanieh, en bordure de frontières, ont contraint les habitants d’une vingtaine de localités à fuir leurs foyers. Mais faisant état de la présence de bases du PJAK, la branche iranienne du PKK, en guerre contre Téhéran, le gouvernement a répliqué qu’il se réservait le droit d’ « attaquer et de détruire les bases terroristes dans les zones frontalières », en accusant même directement le président kurde de soutenir et d’abriter volontairement les forces du PJAK sur son sol.

De son côté, le président de la Région du Kurdistan, Massoud Barzanî, a condamné ces attaques. Une délégation de dix députés du Kurdistan d’Irak s’est rendue au village de Choman, à 10 kilomètres de la frontière iranienne, particulièrement éprouvé par les bombardements et a, dans un rapport public, fait état de routes aménagées par les forces iraniennes à l’intérieur du territoire irakien, dans les zones qu’ils avaient pilonnées. Le 18 juillet, un haut responsable des Gardiens de la Révolution iraniens, Delavar Ranjbarzadeh, annonçait « contrôler totalement » trois camps de la guerilla du PJAK ainsi que la région environnante, près de Serdesht, alors que des opérations militaires étaient toujours en cours. Ranjbarzadeh a également affirmé que leur objectif était d’éradiquer totalement les bases du PJAK.

En dehors des pertes civiles, le bilan des belligérants est imprécis et varie bien évidemment selon les sources. Le journal irakien Aswat Al-Iraq a publié l’estimation d’une source militaire irakienne, indiquant qu’une trentaine de soldats iraniens pouvaient avoir trouvé la mort dans les combats. L’Iran, lui, n’a reconnu que la perte d’un membre des Gardiens de la Révolution, trois blessés dans ces mêmes rangs, tandis qu’un « grand nombre » de membres du PJAK aurait été tué, dont un commandant du camp de Merwan. De son côté, le PJAK a déclaré à l’AFP que les Iraniens avaient subi de lourdes pertes près de Panjwin, dans la province de Suleimanieh, entre 150 et 200 tués et blessés, et ne reconnaissait que 4 blessés et 7 morts dans ses rangs.

Les autorités kurdes ont annoncé que le 20 juillet, deux villageois de la région de Choman avaient été arrêtés par les troupes iraniennes et que leurs troupeaux avaient été saisis par les militaires et 11 familles ont dû fuir les combats. Mamand Mami Xali, qui commande les Peshmergas kurdes dans la zone a indiqué que les Iraniens avaient pénétré au moins d’un kilomètre à l’intérieur du Kurdistan d’Irak. Dans un autre village, près de Qaladize (province de Suleymanieh) un homme a été blessé le même jour et l’école endommagée. Le village a dû être complètement évacué. Mamand Mami Xali a aussi fait état de bombardements que l’on pouvait entendre à Haj Omran, dans la montagne de Kodo, à 250 kilomètres au nord-est d’Erbil, ainsi que dans d’autres districts, et d’un déploiement de « forces importantes avec des chars et de l’artillerie ».

D’autres villageois ont confirmé ce que la délégation des députés kurdes avait dénoncé : la construction de routes et de bases militaires, qui laissent présager un début d’occupation de ces zones frontalières. En tout, c’est près de 200 familles kurdes vivant sur la frontière qui ont été déplacées pour des raisons de sécurité et installées dans des campements provisoires. Bernard Douglas, le porte-parole de l’Office international des migrations (OIM), a indiqué que ces familles avaient surtout besoin « d’abris et d’eau », et que l’OIM les avait munis en lits et tentes et kit de purification pour l’eau, fournie, elle, par les autorités kurdes. « Ces familles ne pourront pas survivre longtemps sans aide (...) Beaucoup ont abandonné leurs cultures et leurs troupeaux».

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