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Ellsworth Huntington : Les Montagnards de l'Euphrate (6)


"À cinq ou six cents pieds au-dessus de la dernière demeure de la fille arménienne,  une grotte de calcaire massif contient une tombe, réputée pour être celle d'un saint mahométan du nom de Hassan. La tombe supposée est énorme en taille, couverte d'une grande quantité d'argile séchée, ornée de velours et de guirlandes apportés par les pieux adorateurs. L'arrière de la grotte est partiellement cloisonné à partir de la partie qui contient la tombe, et là, dans un renfoncement, toutes sortes de détritus y sont amassés – os, tendons et cartilages venant des sacrifices que les pèlerins ont dévorés près de la tombe. De l'extérieur de la grotte, on voit le lieu des sacrifices : un grand autel carré fait de pierres brutes, couvert du sang foncé d'innombrables victimes offerts par les Turcs, les Kurdes et les Arméniens à travers les âges, chacun eux pouvant également prétendre à la palme de la plus grande vénération. Près de l'autel principal s'élève un autre plus petit, édifié sur les cornes des sacrifices. De grandes poutres ont été posées entre cet autel et un rocher voisin, où sont suspendus de grands chaudrons  de cuivre, dons des pèlerins à l'usage des offreurs de sacrifices. Personne n'ose toucher à ces objets sacrés en dehors de leur usage légitime, et les chaudrons comme les offrandes de velours et de guirlandes restent intacts dans une région où tout le reste est constamment sujet au vol.
Le joyau de ce saint lieu, sur cette courbe de l'Euphrate, est l'église ruinée de Mushar Killisseh, ou Surp Aharon (saint Aaron) comme la nomment les Arméniens, au sommet de la montagne, à 2400 pieds au-dessus du fleuve. Les hommes qui l'ont bâtie devaient être épris de spectaculaire ou avaient un grand désir, soit de sécurité soit d'isolement. Autrement, l'église n'aurait sans doute pas été construite sur un site si inaccessible, à moins que, d'aventure, le lieu ait été choisi à l'origine comme un endroit sacré par des adorateurs du soleil. L'intérêt principal des tombes de Mushar Dag réside dans le fait qu'elles indiquent combien les races apparemment diverses du haut Euphrate sont en réalité unies les unes aux autres. En dépit de la conquête et de la différence raciale, en dépit de la diversité des modes de vie, occasionnée par le contraste entre les plaines fertiles et les montagnes nues, toutes les races continuent de vénérer les tombes de leurs lointains prédécesseurs." 

Légende : un radeau entier faits de peaux de moutons gonflées.


National Geographic, février 1909.

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