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les Petits-Enfants : Ali

Il y avait également des juifs à Urfa. Dans les années 1940, ils ont été obligés de partir de la ville à la suite d'un meurtre collectif. Cette histoire nous apprend également beaucoup de choses : dans les années 1940 à Urfa, une famille juive convertie à l'islam, comptant sept personnes – dont une femme enceinte et un nourrisson –, a été assassinée. Les responsables de l'enquête sont allés, en premier lieu, à la synagogue pour interroger le rabbin et son assistant. Mais les enquêteurs leur ont fait subir d'horribles tortures pendant des mois, le temps que la rumeur de leur culpabilité se répande dans toute la ville ; on disait qu'ils avaient assassiné cette famille parce qu'elle s'était convertie à l'islam. Aucun verdict juridique n'a été rendu, mais ils avaient clairement été montrés du doigt comme les coupables de cette affaire. C'est pourquoi les derniers juifs d'Urfa quitteront la ville pendant les années 1940. Ils iront en Syrie puis à Beyrouth avant de s'installer finalement en Israël.
Quelques juifs reviennent chaque année à Urfa et se rendent sur les lieux du meurtre pour une commémoration. Cet endroit se trouve dans le quartier de Harran Kapı. Quand les juifs ont fuit Urfa, les musulmans se sont partagés leurs maisons, leurs boutiques et les biens qu'ils avaient laissés derrière eux. Ils ont même scindé leur synagogue en plusieurs partie pour aménager des logements. 
Il y a un très grand han à Urfa, le "Han de la Nation". On le fait actuellement restaurer. Parce qu'il est très grand, il aurait servi à rassembler les Arméniens pendant la déportation… C'est aussi pour cela qu'on l'aurait appelé le "Han de la Nation".
Le quartier des Arméniens d'Urfa a surtout été saccagé à la suite du coup d'État du 12 septembre 1980, jusqu'au secteur de Balıklıgöl. Les autorités ont prétexté que la circulation entre Balıklıgöl et les autres extrémités de la ville étaient très mauvaise, et qu'il était nécessaire de percer une nouvelle route. Ainsi, le vieux quartier arménien a complètement été détruit. Il n'y a même plus de cimetière. Leurs maisons étaient aussi belles que celles que l'on peut voir à Mardin. On a détruit en une nuit des habitations qui avaient une valeur culturelle très importante. Aujourd'hui, cette route s'appelle "avenue du 12 septembre". Elle est aussi sombre que son nom. Les maisons qui s'y trouvent ne sont même pas terminées, et d'autres sont à moitié délabrées. Il y a également un grand terrain vague qui est présenté sous un projet "d'aménagement de la ville". Il n'y a vraiment pas de quoi être fiers.
À Urfa, il y a une grande cathédrale. Dans les années 1940 et 1950, on y a installé le générateur électrique de la ville. Lorsque, dans les années 1990, des travaux de construction ont été entamés pour la transformer en mosquée, de vives protestations de sont soulevées. Sur quoi, le préfet de la région a proposé aux contestataires de lancer une pétition, indiquant leurs noms, adresses, signatures… Bien sûr, personne n'a voulu le faire. Je crois que cela s'est passé en 1994. Ils n'ont pu arrêter que la construction du minaret. Aujourd'hui, le minaret n'est toujours qu'à moitié édifié, mais la cathédrale est malgré tout utilisée comme une mosquée.
Un peu plus tard, un coin de la cathédrale a été arrangé pour servir de teinturerie. Puis, une école primaire a été aménagée dans un autre coin. Cette école s'appelle "l'école du Martyr Nusret". La revanche se prend aussi en rebaptisant les lieux, pas seulement en les détruisant. En effet, le Martyr Nusret était le sous-préfet de la ville en 1915 et il a pris part activement au génocide. Il a ensuite été jugé puis exécuté. Mais quelques années plus tard, il sera considéré comme un martyr, comme un héros, par certains musulmans. Il y a donc à Urfa une école qui porte son nom.
(…)
Mon père est kurde, il dit : "Il y a encore cent ou cent cinquante ans, nous étions yezidis."Après le 12 septembre 1980, une mosquée a été construite de force dans son village natal ; les années 1980 ont été une période d'"islamisation".


Les petits-enfants, Ayşe Gül, Fetiye Çetin.

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