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Les Petits-Enfants

Présentation de l'éditeur


Le témoignage de vingt-quatre descendants d’Arméniens chassés ou massacrés au cours des années 1915-1918, qui présentent des profils bien différents et souvent inattendus : Kurdes, Turcs, Alevis ou sunnites, tous apprennent incidemment qu’ils appartiennent à une communauté honnie. Ce livre recueille le témoignage de vingt-quatre descendants d’Arméniens chassés ou massacrés entre 1915 et 1918, et qui présentent des profils bien différents et souvent inattendus : Kurdes, Turcs, Alevis ou sunnites, tous apprennent incidemment qu’ils appartiennent à une communauté honnie, que leurs aïeux étaient chrétiens, des chrétiens de Turquie…Le choc de cette révélation tardive provoque en eux des réactions diverses qui vont de la culpabilité à un étrange “flottement” entre deux mondes, brossant un tableau des sensibilités à l’œuvre dans la Turquie d’aujourd’hui. Après Le Livre de ma grand-mère publié aux éditions de l’Aube en 2008, ce texte offre un éclairage exceptionnel sur le grand tabou de l’histoire turque récente, sur l’un des débats intellectuels majeurs du début du XXIe siècle. Par ailleurs, ces micros-récits donnent la mesure de l’histoire non-officielle et laissent entrevoir ce que pourrait être une histoire complète du passage douloureux de l’Empire à la République, ainsi que de la mise en place d’une idéologie officielle.

Biographie des auteurs
Ayse Gül Altinay est enseignante en anthropologie à l'université Sabanci à Istanbul. Elle a publié plusieurs études sociologiques de grande importance, en anglais et en turc, et a participé à l'aventure du livre intitulé Ebru (Actes Sud, 2009). En 2008, le prix Duygu Asena du Pen Club turc lui a été attribué pour son livre La Violence à l'égard des femmes en Turquie. Fethiye Cetin est avocate, porte-parole du Groupe de travail sur les droits des minorités. Elle est aussi l'avocate du journaliste Hrant Dink, assassiné en 2007. Elle est l'auteure d'un récit, Le Livre de ma grand-mère, qui a connu un immense succès en Turquie et de par le monde.

Table des matières


Remerciements
Avant-propos, par Ayşe Gül Altınay et Fethiye Çetin
Bâtir des ponts donnant sur l'avenir, Fethiye Çetin


BARIŞ : Quand j'ai entendu ça pour la première fois, j'ai eu envie de crier… de sortir sur la terrasse pour crier…
DENIZ : Un tel secret nourrit et creuse le manque de confiance en soi…
RÜYA : S'ils avaient été les pilleurs, ils seraient partis avec tout leur or…
GÜLÇIN : C'est l'histoire de milliers de femmes…
NÜKHET : Mon père n'avait ni tante ni oncle ni cousin…
NAZ : Pour la presse, le fait même d'être arménien est une insulte. C'est horrifiant…
QESRA KIŞO ÖZLEMI : J'arrivais parfois dans certaines régions avec la peur au ventre, me demandant ce qui pourrait m'arriver si on apprenait quelle était "mon autre identité"…
MEHMET : J'ai appris que ma grand-mère était arménienne pendant mon service militaire…
BEDRETTIN AYKIN : Le fils de Bedriye, la jeune infidèle…
ZERÜŞT : Imaginez que l'on vous réveille un matin pour vous emmener vers votre mort. Cela dépasse tout entendement…
AYÇA : Chacun de nous doit accepter sa réalité…
GÜLŞAD : Tant de vies ont été vécues sans jamais évoquer ces souffrances, comme si la différence était une souillure, un interdit, une honte à cacher…
VECIBE : Mon arrière-grand-mère s'appelait Vartanuş et sa sœur Siranuş…
HALIDE : "Aujourd'hui, c'est le jour où les Arméniens distribuent leurs œufs"…
MURAT : Ma grand-mère a été retrouvée dans le creux d'un arbre à l'âge de 4 ans…
HENARAMIN : Même si son souvenir se résume à quelques lignes, c'est déjà ça…
ŞIMA : Où sont nos grands-mères ?
SALIH : Pourquoi mentiraient-elles ?
MELEK : Vivre avec une telle chose sur la conscience, ce n'est pas rien…
ASLI : Pour que nos enfants apprennent les leçons de l'Histoire…
ALI : Nous n'avons pas encore, à ce jour, réussi à inventer une philosophie fondée sur les valeurs de paix et de fraternité…
BERKE BAŞ : Serait-il possible d'explorer l'histoire de la ville d'Ordu à travers le récit de mon arrière-grand-mère ?
ELIF : Il faut que nos recherches sur le passé servent notre futur…


Postface.– Entrouvrir les portes du silence. Où sont les Arméniens (que l'on a) convertis ? par Ayşe Gül Altınay.
Bibliographie.


Extraits de l'Avant-Propos :

Bien plus qu'un livre relatant les événements de 1915, ce recueil est à l'image – pour citer Hrant Dink – d'un "puits long de 1 915 mètres" sans ouverture. C'est un livre qui pénètre dans les brèches profondes, se trouvant d'ailleurs en des lieux imprévisibles, laissée par la tragédie humanitaire de 1915, et dont les traces marquent encore les personnes qui habitent aujourd'hui les mêmes terres.
Que représentent, presque cent ans plus tard, les événements de 1915 pour ces "petits-enfants" ? Quel a été leur vécu, celui de leurs parents, de leurs grands-parents, de leurs voisins et amis depuis cette période jusqu'à nos jours ? Pourquoi, un siècle après, est-il toujours aussi difficile et si douloureux pour la génération des grands-parents (ainsi que celle des parents et la nôtre) de dévoiler son identité arménienne ? Examiner cette douleur et aborder ce tabou pourrait-il nous aider à prendre conscience, à parler et à dépasser d'autres souffrances et interdits ? Peut-on espérer que ces témoignages nous aident à prévenir d'autres silences et douleurs avant qu'il ne soit trop tard ?
Les histoires que vous allez lire ici invitent chacun de nous à mieux connaître sa famille, ses voisins et ses amis ; elles nous encouragent à tendre l'oreille et à partager nos histoires les uns avec les autres.
(…)
D'autres sources de douleurs ont émergé lors de ces entretiens : Aznif vit son mari, dont elle était profondément amoureuse, se faire tuer devant elle en 1915 ; puis elle se maria avec un musulman venu de Russie après la guerre, ayant lui-même connu d'atroces souffrances, et qui survécut en confectionnant du pain avec le reste de blé qu'il trouvait par terre, au milieu de la bouse de vache. Un "grand-père" kurde épouse une Arménienne contre sa volonté, et la jette ensuite à la rue avec ses deux fils ; plus tard, dans les années 1940, perçu comme un danger par les autorités gouvernementales à cause de ses origines kurdes, il est condamné à l'exil. Kişo, dont la famille arménienne avait subi la violence des milices Hamidiye sous le règne du sultan Abdülhamid II, immigre de Muş vers Silvan, craignant de nouvelles persécutions contre les Arméniens. Aslı, en retraçant l'histoire de son grand-père arménien qui avait vécu dans la ville d'Erzurum, découvre que la branche maternelle de sa famille qu'elle croyait être kırmanç, de Sivas, était en fait zaza. Puis, il y eut les gardes à vue, les tortures et l'exil forcé des "petits-enfants" issus de familles zazas, surtout après le coup d'État de 1980 – comme Ali, victime de tortures, et sa grand-mère, victime des événements de 1915. Mais aussi, la pérennité de la violence observée par Aslı entre les événements de 1915 et les incidents qu'elle a vécus de front en 2000, lors de la descente de la police et de l'armée turques dans les prisons durant l'"opération du retour à la vie". Puis, la critique des structures patriarcales pour illustrer ce qu'ont subi les "grands-mères" ressortent tout au long de ces entretiens. Les femmes renvoient régulièrement à la violence qui existe dans leur vie. Et encore, les souffrances des grands-mères arméniennes choisies comme "deuxièmes femmes" (kuma) – et l'étrange lien d'amitié qui pouvait se tisser entre ces femmes…
Comme la plupart des petits-enfants l'ont souligné dans ce livre, il est à la fois impossible, absurde et très risqué d'observer une "hiérarchie" entre ces différentes souffrances, et de les comparer. Tout au contraire, les récits nous invitent à attacher la même importance à toutes les souffrances, à voir les liens qui existent entre elles et à lutter pour les effacer tous.
Alors que nous élaborions ce recueil, notre cher Hrant Dink, une des voix les plus fortes incarnant cette revendication en Turquie, nous a été cruellement arraché.
Hrant a laissé en nous de profondes empreintes, aussi bien à travers ce qu'il avait accompli tout au long de sa vie qu'avec sa tragique disparition. Ara Arabyan, dans son livre sur Hrant, a comparé sa mort à celel de Martin Luther King. Tout comme ce dernier, Hrant Dink rêvait d'un monde et d'une Turquie où chacun puisse vivre librement et dans la justice : Turcs, Kurdes, musulmans, juifs, chrétiens, Roms, alévis, sunnites, femmes et hommes, gays et lesbiennes, personnes sans ressources et démunies, etc. Le rêve de Hrant était de voir l'amour fraternel entre Anatoliens devenir la règle et non pas l'exception. Il disait souvent aussi que le chemin à emprunter était celui de la "conscience" : "Le discernement et la voix de la conscience ont été réduits au silence. Maintenant, cette conscience cherche son chemin versla sortie."
Dans l'espoir que les portes de la conscience ouvertes par notre très regretté Hrant Dink et sa femme Rakel à qui il portait un amour infini – elle qui parlait le kurde depuis son enfance et avait un moment vécu avec les Kurdes dans les montagnes – ne se refermeront pas et que nous continuerons à en ouvrir d'autres ensemble…


Broché: 250 pages
Editeur : Actes Sud (11 mai 2011)
Collection : MEMOIRES, JOURN
Langue : Français
ISBN-10: 274279610X
ISBN-13: 978-2742796106

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