SYRIE : RAPPORT SUR LES DEMANDES D’ASILE DES KURDES EN EUROPE


The Institute of Race Relations basé à Londres a récemment publié un rapport sur les populations refoulées de l’Union européenne. Parmi elles, le nombre des Kurdes de Syrie ne cesse de s’accroître, bien que beaucoup d’entre eux aient été forcés de fuir ce pays en raison de leurs activités politiques.

Les Kurdes de Syrie ont défrayé la chronique dès le début de l’année 2010, avec l’arrivée sur les plages corses d’une centaine d’immigrés clandestins, dont la majeure partie était kurde. Cette même année s’est conclue tragiquement sur le suicide d’un autre Kurde de Syrie, dont la demande d’asile avait été déboutée par le Danemark.

Mais entre ces deux événements médiatisés, il y a eu bon nombre de grèves de la faim, des jugements, des arrestations et des expulsions qui n’ont pas fait les gros titres des journaux. La Convention européenne des droits de l’homme (ECHR) s’engage pourtant à protéger toute personne risquant, dans son pays, d’être soumise à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants. La Convention considère même que l’accusation ou les preuves de terrorisme pesant sur un demandeur ne justifie pas son expulsion si cela lui fait encourir le risque de mauvais traitements.

Malgré cela, les Kurdes de Syrie, ressortissants d’un pays régulièrement montré du doigt pour ses violations des droits de l’homme, et dont la lutte politique reste pacifique, sont régulièrement la cible d’arrestations et d’expulsion sans que leur situation soit prise en compte, accusent de nombreuses ONG. Or, Jawad Mella, président de la Western Kurdistan Association de Londres, rappelle qu’une personne ayant demandé l’asile et ayant, par ailleurs, milité pour les droits des Kurdes, sera fatalement condamnée, à son retour en Syrie, à un nombre d’années ‘illimité’ de prison.

Le rapport de l’ Institute of Race Relations (IRR) passe en revue plusieurs pays membres de l’UE où des Kurdes de Syrie ont déposé une demande d’asile.
En France, le 22 janvier 2010, un navire a débarqué en Corse, à Bonifacio, avec 123 passagers, la plupart des Kurdes de Syrie : il y avait en tout 57 hommes, 29 femmes dont 5 étaient enceintes et 38 enfants. Ils ont été emmenés par les autorités françaises dans 5 centres de rétention dispersés dans tout le pays : Marseille, Lyon, Rennes, Nîmes and Toulouse. Le 26 janvier, les juges saisis des dossiers ont déclaré l’un après l’autre que la détention des réfugiés était illégale et ordonné qu’ils soient relâchés afin qu’ils puissent déposer leur demande d’asile. La plupart d’entre eux ont très vite quitté la France pour l’Angleterre, ce qui a entraîné une certaine protestation de la part de politiques anglais, accusant la France de se débarrasser une fois de plus de ses clandestins en les laissant gagner la Grande-Bretagne.

En Norvège, le 19 août 2010, Abdulkarim Hussein, un Kurde syrien originaire d’Alep, né en 1959, a été expulsé de force vers la Syrie. Il avait demandé l’asile politique en 2006. Jan Erik Skretteberg, de l’association SOS Rasisme en Norvège, avait alors déclaré qu’Abdulkarim Hussein était en danger de mort, ayant à la fois travaillé pour SOS Rasisme et étant aussi le vice-président de l’Association des Kurdes de Syrie en Norvège, en plus d’avoir milité activement pour les droits de l’homme dans son pays et d’y avoir déjà été arrêté et torturé. De fait, dès son arrivée à Damas, Abdelkarim Hussein a été arrêté par les autorités syriennes et transferé à la prison Al Fayha Prison, contrôlée par une des branches de la Sécurité syrienne. Là, il a été placé en isolement, menacé, battu, a eu les testicules écrasées. Le 2 septembre, Abdelkarim Hussein a été relâché sans qu’aucune accusation n’ait été portée contre lui. Moins d’une semaine plus tard, il a pu fuir la Syrie en passant en Turquie et le 8 septembre, a demandé une protection internationale auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés. Plusieurs personnes en Norvège réclament actuellement que ce pays lui accorde enfin l’asile.

À la mi-mai 2010, la communauté kurde a mené à Chypre une campagne de protestation, en observant une grève de la faim et en dressant des tentes autour du ministère de l’Intérieur, afin d’attirer l’attention sur la situation des Kurdes en Syrie et d’obtenir l’asile politique pour les réfugiés. Au bout de 4 semaines, la police chypriote a opéré un raid sur le campement, a arrêté les manifestants et en a placés 149 en centres de détention. Sur 42 mineurs, seulement un peu plus d’une dizaine ont été relâchés avec leurs familles. 82 Kurdes étaient en séjour illégal dans l’île, après le rejet de leur demande d’asile et tombaient sous le coup d’une extradition, ce qui se produisit le 11 juin pour 37 d’entre eux. L’Organisation kurde de défense des droits de l’homme et des libertés publiques en Syrie (DAD), a rapporté en octobre dernier que les services de sécurité syriens avaient arrêté 3 de ces Kurdes renvoyés en Syrie : Rakan Elias Junbuli (arrêté 5 mois après son retour), Mohammed Sheffa Junbuli (arrêté un mois après son retour), Hassan Elias Junbuli (arrêté une semaine après son retour). Hassan Junbuli était, en octobre, toujours détenu par les services syriens, Mohammed et Rakan Junbuli étaient détenus à la prison centrale de Hassaké.

Même quand ils retournent volontairement en Syrie, ces Kurdes encourant des poursuites judiciaires. Ainsi, Faiz Adnan Osman et sa femme, revenus de leur plein gré de Chypre en août dernier, ont été arrêtés tous les deux à leur retour à Damas. Adla Osman fut rapidement libérée mais son mari était toujours en détention en novembre 2010. Les services syriens l’accusent d’avoir participé aux manifestations de Nicosie. Plusieurs informateurs indiquent que Faiz Adnan aurait été torturé.

Le 4 décembre 2010, la Direction de la Sécurité politique de Hassaké a arrêté Ciwan Yusuf Muhammad (né en 1982). Ciwan Muhammad avait été extradé de Chypre en juin 2010, avec 26 autres Kurdes. Il avait dû remettre son passeport aux autorités de l’aéroport de Damas. Il est depuis son arrestation interrogé par différents services.

Au Danemark, 28 Kurdes ont entamé une grève de la faim le 14 septembre 2010, devant le Parlement. L’un d’eux a déclaré à la presse : « Si vous aviez été dans une prison syrienne, vous feriez tout ce qui est possible pour ne plus jamais y retourner. » Au bout de trois semaines il a été mis fin à la grève, à la fois pour des raisons de santé, plusieurs des grévistes ayant dû être hospitalisés, mais aussi parce que les forces de sécurité syriennes ont commencé à harceler et menacer leurs familles restés sur place, d’après un reportage de la chaîne kurde Roj TV.

Le 22 septembre 2010, Adnan Ibrahim a été expulsé en Syrie après avoir passé 18 mois au Danemark où vivent les deux-tiers de sa famille. La sœur d’Ibrahim, Golzar, a indiqué n’avoir plus de nouvelles de son frère depuis qu’il a été remis par la police danoise à la police syrienne de l’aéroport de Damas. Le 15 novembre 2010, Abid Mohammed Atto, né en 1982, a été expulsé, bien qu’un groupe de militants danois ait tenté d’empêcher son embarquement à l’aéroport. Né en 1982, c’est un Kurde ‘sans-papier’ de Dêrik. Il a été mis en détention dès son arrivée en Syrie par une section des services de sécurité. Il avait fui ce pays en août 2009. Enfin, un des cas les plus tragiques est celui de ce Kurde de 26 ans, Ramazan Hajji Ibrahim, qui s’est suicidé au centre des demandeurs d’asile d’Auderød. Son entourage affirme qu’il craignait ce qui l’attendait en Syrie après que sa demande d’asile avait été rejetée. Paradoxalement, ce Kurde n’était extradable que de son vivant, et sa famille n’a pu récupérer le corps : le rapatriement, assuré par des organisations kurdes, a été refusé par les autorités syriennes, le défunt étant officiellement apatride ! Il a donc été inhumé à Copenhague, le 18 décembre et c’est l’Association culturelle kurde qui s’est chargé des funérailles.

En Suisse, Sarbast Kori a entamé le 22 novembre une grève de la faim dans la prison de Thum, où il était détenu, pour protester contre sa prochaine extradition. Il a été hospitalisé dix jours après, à Berne, après avoir perdu conscience. Il souffre aussi de traumatismes psychologiques, en partie dus à sa peur de retourner en Syrie.

En Allemagne, le 3 avril 2010, Anwar Daqouri, demandeur d’asile, a été arrêté par la police allemande et transféré en centre d’expulsion, devant être extradé dans un délai de trois mois. Farouk Al-Issa, un autre Kurde de Syrie, a lui aussi été arrêté en Allemagne le 21 juin 2010 et détenu au centre de Hanovre, en attendant d’être extradé. Réfugié en Allemagne depuis 2004, sa demande d’asile a été rejetée.

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