LE GENERAL JAY GARNER PRÔNE LE FEDERALISME EN IRAK


Dans un entretien accordé au magazine The Window, un journal universitaire de Suleïmanieh, Jay Garner, en visite au Kurdistan d’Irak, revient sur les années qui ont suivi la chute du régime baathiste en Irak et les conséquences politiques pour le Kurdistan.

Jay Montgomery Garner, général maintenant à la retraite de l’armée américaine, avait dirigé en 1991 l’opération Safe Haven, qui avait permis d’endiguer l’exode massif des Kurdes en instaurant une zone de protection aérienne, qui devait constituer le noyau politique et administratif de l’actuel Région du Kurdistan. En 2003, à la chute du régime de Saddam Husseïn, il avait été nommé par son pays à la tête du Bureau pour la reconstruction et l’aide humanitaire en Irak, mais n’était resté en poste qu’un mois, remplacé très vite par Paul Bremer et l’Autorité provisoire de la Coalition. Jay Garner reconnait lui-même que s’il savait que cette mission serait courte, il ne l’avait tout de même pas envisagé qu’elle se termine aussi rapidement : « La raison de mon remplacement était que je ne suis pas un diplomate. Je n’ai jamais exercé aucune fonction diplomatique. »

Mais il est à noter que Jay Gardner prône pour l’Irak une solution fédérale, seul moyen pour que ce pays survive, selon lui, ce qui allait totalement à l’encontre de la politique centralisatrice qu’avait voulu mettre en place Paul Bremer dans un premier temps. Pour l’ancien général, un système fédéral pourrait apporter une issue rapide à l’enlisement du conflit, sans affaiblir le gouvernement central, qui resterait décisionnaire sur les questions de politique étrangère, des devises, des impôts, des frontières : « Si l’Amérique avait opté, dès le début, pour le fédéralisme, elle n’aurait pas eu à faire face aux problèmes actuels. Si nous voulons un Irak stable, il faut en faire un Etat fédéral. »

Se présentant lui-même comme un « ami des Kurdes », Gardner reste plus évasif sur les sentiments de l’actuel gouvernement américain envers eux : « Je ne peux pas parler des relations stratégiques entre les Kurdes et l’Amérique, parce que je ne fais pas partie de l’administration américaine. Je suis incapable de dire ce que George Bush, Dick Cheney et Condoleza Rice pensent des relations entre l’Amérique et les Kurdes. »

Mais l’ancien officier est plus direct sur la situation irakienne. S’il est très approbatif envers le « succès kurde », le reste de l’Irak est, pour lui, un désappointement : « Cinq ans après la guerre en Irak, la situation reste décevante. En fait, l’Amérique a réussi dans une certaine mesure, à renforcer la sécurité, mais si l’on regarde le processus politique, il est très lent, et le Gouvernement régional du Kurdistan est la seule « success story » de l’Irak. » Succès qui, selon lui est dû principalement à deux points : la libération des Kurdes de la Région du joug baathiste, par les troupes de la Coalition, dix-sept ans auparavant, mais aussi à la population kurde elle-même : « Regardez la structure du GRK : il y a beaucoup de femmes à l’intérieur, particulièrement à Suleïmanieh. Sur cinq directeurs de projets, trois sont des femmes. Cela montre une volonté de la part du GRK, d’avoir des membres féminins. Il y a, au Kurdistan, une constitution qui octroie des droits aux minorités. Nous pouvons dire que, pour le reste de l’Irak, le Kurdistan pourrait être un modèle.  En Irak, les Kurdes ont beaucoup souffert ; cependant ils ont été capables de perdurer. Actuellement, les Kurdes disposent de ressources naturelles variées, mais ce qui est important, est la méthode pour user de ces ressources. Ainsi, il faudrait encourager les jeunes à rester dans leur pays. »

Enfin, sur l’éventuelle question d’implantation de bases militaires au Kurdistan, le général américain soutient entièrement cette option : « J’ai toujours soutenu l’idée d’une base militaire US au Kurdistan d’Irak Pas une très grande base, mais une petite base militaire consistant en une force aérienne et une brigade. C’est important car cela renforcerait les relations entre les Kurdes et l’Amérique. Ce serait aussi envoyer le message aux pays du Moyen-Orient que l’Amérique y restera, à long terme, pour assurer la stabilité. »

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