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LE PKK appelé à déposer les armes tandis que les YPG se portent au secours de Süleyman Shah



Le 17 février, le Groupe de communautés du Kurdistan, (Koma Civakên Kurdistan , KCK), l'organisation politique du PKK, a demandé des avancées concrètes dans le processus de paix entre le PKK et la Turquie, processus que le mouvement estimait être dans une phase « très critique et dangereuse » et même « près de sa fin. »

Ce qui fait que dix jours plus tard, le leader du PKK, Abdullah Öcalan, appelait, de sa prison d’Imralı, sa guerilla à rendre les armes, dans ce qu’il a qualifié de « décision historique ».

L’appel a été lu en direct sur les télévisions par Sirri Sureyya Onder, député HDP au Parlement turc, aux côté du vice-premier ministre Yalçin Akdoğan. Dans cet appel, Sirri Önder annonce qu’Abdullah Öcalan demande au PKK de se réunir dans un congrès extraordinaire au printemps, afin de « prendre la décision historique et stratégique de déposer les armes. »

Mais cette annonce de « désarmement » est contestée par d'autres personnalités du HDP, dont le co-président Selahattin Demirtas, qui assure que le PKK est prêt à rendre les armes seulement si le processus entre enfin dans une phase de négociation active. 

Quant à Cemil Bayik, à la tête du KCK,  il insiste sur la nécessité d’un congrès mais qui réunirait tous les partis du Kurdistan (cette fameuse conférence générale des Kurdes annoncée depuis des années et qui a toujours été reportée, en raison de la mésentente des partis et surtout des tensions PDK-PKK). Cemil Bayik souhaite aussi publiquement la formation de forces kurdes unifiées (tout en s’opposant à l’indépendance du Kurdistan d’Irak, ce qui semble assez compliqué à envisager).

Quoi qu’il en soit, les 10 articles qu’Abdullah Öcalan considère comme essentiels à la résolution de la question kurde en Turquie (et à l’adieu aux armes du PKK) sont les suivants (via kurdishquestion.com
  1. Le contenu d’une politique démocratique doit être débattue.
  1. Les dimensions nationales et locales d’une résolution démocratique doivent être débattues.
  1. Des garanties légales et démocratiques d’une citoyenneté libre.
  1. Des directions? concernant les relations entre la politique démocratique, l’État et la société et l'institutionnalisation de ces dernières.
  1. les dimensions socio-économiques du processus de résolution
  1. une nouvelle structure sécuritaire à laquelle le processus mènera
  1. des garanties légales concernant les questions des femmes, de la culture et de l’écologie
  1. le développement des mécanisme d’égalité au regard de la définition et de la notion d’identité
  1. Définir la république démocratique, la patrie commune et le peuple selon les critères démocratiques
  1. une nouvelle constitution qui aidera à assimiler toutes ces étapes.


Rien de particulièrement concret dans ces « articles » (pour autant qu'ils soient compréhensibles, ce qui n'est pas toujours le cas), hormis le dernier, qui réclame une nouvelle constitution, mais afin d’implanter on ne sait trop quelles mesures qui découleraient de propositions qui n’en sont pas réellement. On dirait les gros titres d’un powerpoint indigent présenté par un piteux think tank. Le PKK se plaint constamment de l’absence de « pas concrets » de la part de la Turquie dans le processus, mais on ne peut pas dire qu’Öcalan les aide beaucoup à demander du « tangible ».

En tout cas, puisque cela ne dit rien, cela peut parler à chacun dans le sens qui l'arrange, et le gouvernement turc, du président Erdoğan au Premier Ministre Ahmet Davutoğlu, s’est empressé de saluer la déclaration, en ne parlant que du désarmement « préliminaire » à ces négociations. Sinon, pour la suite des événements, la présidence turque reste toute aussi vague, en parlant de « processus démocratique », d’ « unité nationale » et de « projet de fraternité ». La seule chose qui intéresse Erdogan, en fait, est que le désarmement du PKK ait lieu avant les législatives de juin. Le président turc a aussi critiqué les propos de Sebahattin Demirtas sur sa propre interprétation des dix articles et les prises de position contradictoires des différentes voix au sein du HDP (comme au sein du PKK).

Les relations  de la Turquie avec le PYD syrien semblent, par ricochet, s’orienter aussi vers une certaine détente,  puisque les troupes turques sont entrées en Syrie quelques jours avant l’annonce d'Öcalan, dans le canton de Kobanî, pour relever les soldats qui gardent le tombeau de Süleyman Shah, l’ancêtre de la dynastie ottomane, Le mausolée est dans une enclave appartenant toujours à la Turquie, en vertu du traité d’Ankara signé avec la France en 1921, quand elle avait mandat sur la Syrie,  traité qui qui fixe la frontière syro-turque dans ses grandes lignes. L’article 9 prévoit que

« Le tombeau de Suleiman Chah, le grand-père du Sultan Osman, fondateur de la dynastie ottomane (tombeau connu sous le nom de Turc Mézari), situé à Djaber-Kalessi restera, avec ses dépendances, la propriété de la Turquie, qui pourra y maintenir des gardiens et y hisser le drapeau turc. »


Il faut noter que les historiens de l'islam considèrent comme plus que douteuse (v. Encyclopédie islamique, Djabbar Kalaat,), la présence des restes de Süleyman Shah dans le mausolée, où l’on a voulu y mettre parfois le fondateur de la dynastie des Seldjoukides de Roum, Süleyman ibn Kutulmush, mais qui n’abrite probablement ni l’un ni l’autre. Les données biographiques de Süleyman et de son fils Ertugrul, lui-même père d’Osman, le fondateur du sultanat ottoman, sont largement légendaires.

Le mausolée  se trouve au bord de l’Euphrate, où Suleyman Shah se serait noyé, à 35 km de la ville de Kobanî, qu’ils  ont dû pour cela traverser. Il s’agissait pour la Turquie d’évacuer 40 hommes, dont 20 appartenant à une troupe d’élite, qui n’avaient pu être relevés depuis 11 mois.

Les YPG se sont bien sûr empressés de diffuser la nouvelle de l’opération, assurant qu’ils avaient assisté dans leur périple les véhicules blindés et les soldats venant soulager enfin de leur longue garde les sentinelles. Le déroulé de ce sauvetage et la coopération YPG-Turquie auraient été plannifiés et discutés avec le commandement militaire de Kobanî. Le convoi a traversé la ville le 21 février à 21 h et a fait route en suivant un itinéraire préparé par les YPG.

Naturellement, la présidence turque s’est empressée de nier toute participation des YPG et le porte-parole de Recep Tayyip Erdoğan, Ibrahim Kalin, a répété les propos d’Ahmet Davutoğlu, lequel assure que tout s'est passé en accord avec le gouvernement syrien, après une « note diplomatique » émise par la Turquie, et que la Coalition en était informée. Par contre, aucun contact, coordination et coopération avec les YPG n'ont eu eu lieu, au contraire de l'Armée syrienne de libération, mise au courant par Ankara.

Mais à 21 h, en temps de guerre, il y avait évidemment assez de témoins pour voir passer un convoi militaire turc dans Kobanî et pour le rapporter aux agences de presse turques. À cela, Kalin a répliqué que, vue la situation actuelle de la Syrie, il était difficile de déterminer à qui le territoire, ça et là appartenait. Les soldats ont dû se crever les yeux pour ne pas voir les drapeaux du PYD et les portraits d’Öcalan qui doivent fleurir dans la ville et dans toutes les portions du « canton » que les combattants kurdes ont reprises à l'État islamique. Ou bien, si ce ne sont définitivement pas les YPG qui ont escorté les Turcs, il faut croire que c’est le Daesh qui leur a fait gracieusement une haie d’honneur, jusqu'à un tombeau qu'il aurait décidé d'épargner, au contraire de celui de Jonas à Ninive et de tous ceux de Mossoul.


Tombe de Süleyman Shah, 1921.




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