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Les tombes chrétienne à niches arcosols d'Amadiyya, Maltai, Kinnis et Bamarni



Nous avons vu qu'en juillet 1911, l'archéologue et historien de l'architecture Walter Bachmann passe à Amadiyya et fait le relevé de la citerne, qu'il identifie comme ayant été réemployée plus tard comme lieu de culte chrétien. Walter Bachmann s'appuyait sur les études qu'il avait faites du site de Kinnis qui présente le même type de "tombes à niches arcosols" et sur lequel il avait publié.

En août 1972, un autre archéologue allemand, Michael Rainer Boehmer, passe à Amadiyya ainsi qu'à Maltaï et Bamarni pour dessiner et photographier de semblables chambres à niches arcosols et en publie le compte-rendu, intitulé « Arcosolgräber im Nord-Irak (Tombes arcosols du nord-Irak), dans la revue « Archäologischer Anzeiger, 1976.

Cet article n'ayant été, à ma connaissance, publié qu'en allemand, en voici la traduction que j'espère le moins boiteuse et la moins erronée possible :


Michael Rainer Boehmer : « Arcosolgräber im Nord-Irak in « Archäologischer Anzeiger, 1976.




"On connaît depuis longtemps l’existence ce que l’on a interprété comme étant des « habitats monastiques » ou « ermitages creusés dans la roche », dans les reliefs néo-assyriens près de Kinnis et Maltai.  

Walter Bachmann avait étudié l’une d’elle à Kinnis, située derrière le Relief au cavalier et a fait une publication (Felsreliefs in Assyrien, WVDOG 52, 1927, Berlin). 
Au total il y a dans le site de Kinnis trois chambres creusées dans la roche. Elles se composent d’un espace central à peu près carré, avec une entrée sur un des côtés, et sur les autres les niches arcosols. 




La chambre à gauche de l’entrée a deux creux en forme de fenêtres, celle de droite en a une seule, d’un plus grand format. On ne sait si ces niches arcosols datent de la même époque que les  tombes, mais  ce sont vraisemblablement, pour Boehmer, des ajouts ultérieurs à ces tombes qui ont été vidées et pillées. 
W. Bachman mentionne d’autres chambres creusées dans la roche de ce type au Kurdistan. 





L’une est située derrière le relief néo-assyrien rocheux III situé près de Maltai. L’entrée est à 2m 8 à partir du bas du relief. Elle était à l’origine plus étroite que maintenant. Elle a été agrandie dans les années 1920 par des pilleurs, qui ont détruit une partie du bas-relief. 





C’est un espace presque carré, avec trois niches arcosols sur les côtés. La niche ouest est d’époque inconnue et d’une étendue plus petite. Qu’elle ait fait partie de la tombe d’ensemble à l’origine n’est pas certain. L’extrémité nord de la niche orientale a été détruite avec le bas-relief par les voleurs (partie hachurée sombre sur le schéma). Les arcs de la niche vont d’est en ouest, aux hauteurs suivantes : 1,12 m et 1,14 m. La petite cavité  à l’ouest a 0, 76 m de haut. La tombe est à 0, 70 m – 0, 80 m au dessus du sol.





Il y a une autre tombe connue de ce type, qui diffère de la première par le fait qu’elle est située en pleine ville, à Amadiyya et qu’elle a été creusée dans le mur sud d’une citerne, décrite par Bachman.





 Son plan n’est pas tout à fait rectangulaire comme l’avaient établi les mesures de H. von Gall et l’auteur lui-même l’a constaté le 28 août 1972. Les côtés s’étendent de 26, 45 m au N.E, de 16, 35 au S.E, de 28,10 au S.O et de 18 m au N.O. Le mur S.O, n’est pas tout à fait  comme sur le dessin et au S.O il y a encore un deuxième canal de drainage des eaux.





La hauteur des arcs, du sud est au nord ouest, est de 0, 80,  0, 84 m et 0, 92 m. Les tombes sont, comme à Maltai à 0, 70 – 0, 80 m du sol. 






À l’ouest de l’église de Bamerni on trouve au pied d’une haute paroi montagneuse, dans une roche saillante une ‘Nas’usk’ comme on appelle ces ‘petites tombes grottes’. Sa pièce centrale est rectangulaire et non quadrangulaire.





 Il y avait sur les côtés droit et gauche deux tombes creusées dans la roche, et l’entrée se trouvait, comme d’habitude, sur le côté opposé. Les arcs s’étendent ici d’ouest en est, sur 1,15 m, 1,3m, 1,4m 1, 25m et 1, 25 m.




Le sol est bouleversé mais ne semble pas se situer trop en dessous du seuil et de la hauteur de la niche. 




Une datation précise des tombes rencontre des difficultés puisqu’elles sont entièrement vides. À Amadiyya la tombe est dans la paroi sud de la citerne et il est certain qu’à un moment elle n’était plus utilisée en tant que telle. Au centre de sa paroi sud, qui a un dispositif qui sert de réservoir d’eau, la chambre s’étend sur un sol plus haut sur une largeur de 3,5 x 7 m. On en a fait une sorte d’abside. W. Bachmann a alors suggéré que le bâtiment, une fois qu’il ne servait plus comme citerne, a été transformé un temps en église chrétienne. C'est de cette époque ou plus tard que doivent venir la tombe à niches arcosol, ainsi que les autres tombes de ce type dans le nord de l'Irak, que l'on peut dater approximativement du Ve/VIe siècle ap. J.C. 

La forme de cette tombe vient sans aucun doute d’Asie mineure, et est arrivée par le nord de la Syrie. M. Machatseck pense que ce type de tombe était connu à l’époque pré-romaine et remonte aux tombes rupestres de Cilicie du 1/3e s. qui ont aussi des niches arcosols (A. Machatschek, Die Nekropolen une Grabmäler im Gebiet von Elaiussa Sebaste une Korykos in Rauhen Kilikien (1967), 58. 61). Il ne précise pas si cette forme a été créée d’abord à Alexandrie ou en Asie mineure même, et explique de façon convaincante que ces chambres à 3 niches sont la phase finale de l’évolution de ces tombes rupestre. On voit de tels exemples se répandre de Cilicie en Commagène, et, avec des modifications à l’époque byzantine précoce, à Qalat Seman, Urfa, Dara et Der Al Amr. 

Il y a beaucoup d’autres exemples de ce type au sud-est de la Turquie, pas encore bien étudiés (v. C. Preußer, "Nordwestmesopotamische Baudenkmäler altchristlicher une islamiser Zeit", WWDOG 17 (1911) 33. 47. 64 f 68)."



En rouge sombre, la Cilicie, qui fut romaine de 64 à 720 ap. J.C. et christianisée au IIIe siècle.


L'originalité de la localisation de cette tombe à niches arcosols d'Amadiyya est que, contrairement aux autres, elle n'est pas creusée dans la roche d'un site élevé et isolé, mais en plein centre ville. Reste à savoir si c'est le seul exemple de ce cas ou si d'autres sites semblables avaient existé à l'époque  et sont maintenant disparus.





Située en plein dans la zone tampon perpétuellement disputée entre Romains et Perses, la région d'Amadiyya dépendait de "l'Église de Perse", séparée de Byzance depuis la querelle du nestorianisme,  avec un christianisme bien implanté et très actif sous les Sassanides. C'est ainsi qu'un  bâtiment civil aussi visible et central que l'ancienne citerne a pu être été dévolu à ce culte (et non aux juifs ou aux zoroastriens), ce que peuvent aussi faire penser les nombreuses tombes de ce type, implantées dans les montagnes, parfois sur d'anciens sites assyriens, comme à Maltaï, qui témoignent d'une activité monastique et peut-être érémitique intense.


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