Accéder au contenu principal

Table ronde : Fragrances et pestilences : histoire et anthropologie des odeurs en terre d’Islam à l'époque médiévale


Beyrouth, 14 décembre 2012 :


Vendredi 14 décembre, 9h-18h
Ifpo – Espace des Lettres – Rue de Damas - Bât. G - 1er étage
Table ronde en langue française

Organisation : Julie Bonnéric

Programme
9h Accueil des participants
9h30 Introduction
10h Joël Candau (LAPCOS, Sophia Antipolis), L'anthropologie des odeurs, un état des lieux
11h Jean-Charles Ducène (ULB, EPHE), L’usage de l’encens et des parfums à brûler dans le Proche-Orient médiéval
11h45 Sterenn Le Maguer (Paris I, CEFAS), Une archéologie des odeurs : l’étude des brûle-parfums et de leurs contextes archéologiques
12h30 Jean-Charles Coulon (Paris IV), Fumigations et rituels magiques. Le rôle des encens et fumigations dans la magie arabe médiévale.
14h15 Pauline Koetschet (IFAO), Les vertus de la violette. Parfums et odeurs dans la médecine arabe médiévale
15h Monica Balda-Tillier (IFAO), Les odeurs qui « font le moine » : hommes et odeurs dans la littérature
15h45 Bruno Paoli (IFPO), Le lexique arabe des odeurs
16h30 Julie Bonnéric (IFPO, EPHE), Des mosquées, des bonnes odeurs et du sacré
17h15 Conclusions et discussion




Problématique
Quoique l’Orient soit traditionnellement associé à un monde de senteurs parfumées et épicées, la question des odeurs en terre d’Islam à l’époque médiévale a peu intéressé les chercheurs. Lorsqu’ils décrivent le raffinement de cette société médiévale, les historiens évoquent parfums, encens et onguents pour colorer leurs descriptions. Ils en mentionnent la diversité et la qualité, ainsi que leur coût faramineux et leurs origines lointaines. Si de nombreuses sources (chroniques, récits géographiques, traités de médecine, etc.), riches d’informations, sont pourtant disponibles, les analyses précises et argumentées sont rares, voire inexistantes. Ce thème a parfois été abordé par les chercheurs qui, s’appuyant principalement sur des données ethnographiques d’une scientificité relative, établissaient des généralités sur le rapport des Musulmans à l’odeur, au corps, ou au sacré. Cette vision essentialiste paraît insuffisante et une approche réunissant historiens, linguistes, archéologues, spécialistes de droit ou de littérature permettrait sans doute d’y remédier.
Des études plus précises et ciblées paraissent l’occasion d’aborder ce thème sous les différentes dimensions qu’il peut revêtir – fonctionnelle, sociale et symbolique. La gestion pratique des odeurs dans les villes médiévales pose sans aucun doute des questions légales et nécessite des aménagements particuliers. Curatifs, les arômes deviennent des outils médicaux dont les propriétés sont détaillées dans les traités de médecine. Vecteurs d’intégration ou de discrimination, les odeurs peuvent en outre revêtir une dimension sociale importante, notamment dans les protocoles liés au souverain. Instrument de séduction, le parfum en particulier peut être associé à la paresse et à la passivité car il ramollit le corps et l’âme. Enfin, l’odeur peut s’affranchir de son rôle fonctionnel et social pour entrer dans le champ du symbolique et donner à penser autre chose. Le parfum, purificateur, réduit la distance de l’homme au divin. Quoique peu employé dans les édifices religieux – en tout cas relativement à l’époque antique –, le parfum est cependant parfois mentionné comme embaumant les plus saints des monuments musulmans. Ce faisant, il contribue à leur magnification et à leur sacralisation. Les matières odoriférantes peuvent également être convoquées dans les pratiques magiques.
La gestion pratique des odeurs, ainsi que leurs dimensions sociale et religieuse, constituent à ce titre des points d’entrée privilégiés pour une meilleure compréhension des rapports de l’homme à son environnement, aux autres et à soi.

En savoir plus.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Épuisé sur Amazon, on peut trouver le manuel à des prix raisonnables chez Decitre.

Introduction(extraits) "L'araméen, dit-on, est la langue des anges, et si vous prévoyez qu'à défaut d'une vie vertueuse un petit coup de piston ne sera pas de trop pour que vous soyez admis dans le Jardin d'Allah au jour du Jugement, quand vous serez perdu au milieu de la multitude des humains se pressant devant l'entrée, vous pouvez espérer que son redoutable gardien sera si heureux de vous entendre le saluer dans sa propre langue qu'il entrouvrira la porte pour vous laisser passer." (Ceux qui se demanderaient pourquoi le soureth est la langue des anges, même ceux gardant le Paradis des musulmans, peuvent se reporter à ce lien, on vous dit tout).

"Si votre esprit, plutôt que se s'élever vers les sphères célestes, est attiré par celles d'ici-bas, vous serez fasciné par une langue qui porte le témoignage écrit de l'histoire de l'humanité – tant matérie…

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

À signaler sur le Cercle catholique syriaque, un article en ligne, passionnant, de Françoise Briquel-Chatonnet, initialement publié dans les actes du colloque Dialogue des religions d’Abraham pour la tolérance et la paix, Tunis 8-10 décembre 2004, Tunis, université Al-Manar : Abraham chez les auteurs syriaques : une figure du croyant pour des chrétiens en monde musulman.
Il s'agit d'une étude de la figure d'Abraham telle que l'ont vue, développée et commentée les chrétiens syriaques, d'abord en la distinguant du judaïsme et puis de l'islam, comme l'introduit l'auteur elle-même :
Les chrétiens syriaques ont produit une abondante littérature très ancrée dans le patrimoine biblique dont ils étaient nourris. C’est pourquoi, invitée à m’intéresser à Abraham en tant que figure de la tolérance dans les trois religions monothéistes, j’ai souhaité partir de cette littérature qui se révèle de grand intérêt. Comme cette littérature spirituelle ou mystique syriaque n&…

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs

Le Kurdistan est une mixture unique de différents groupes ethniques et cultures : Kurdes musulmans, Kurdes yézidis, Turkmènes musulmans, Arméniens, Assyro-Chaldéens chrétiens de langue araméenne, et Juifs de langue araméenne. La cuisine traditionnelle chrétienne n'est pas substantiellement différente de celle des Kurdes. Ainsi, les animaux sont égorgés selon le rite islamique. Les chrétiens, cependant, mange de la viande de porc, soit importée soit venant de sangliers chassés dans les montagnes. De plus, les chrétiens réclament comme les sucreries traditionnelles kulîçe, servis à Noël et dans des occasions importantes, mais communes dans toute la région.
Muhammad n'a pas posé d'objection à ce que musulmans, juifs et chrétiens mangent ensemble. Il en résulte qu'un musulman pratiquant peut acheter sa nourriture dans une boutique tenue par un juif ou un chrétien. Si un nom divin autre que celui d'Allah a été prononcé pendant que l'animal a été abattu, les musulma…