IRAN : UN MILITANT KURDE EXÉCUTÉ, 18 AUTRES DANS LES COULOIRS DE LA MORT


Le 4 octobre, un prisonnier kurde, Aziz Khakzad, a été secrètement exécuté dans la prison de Kerman. Sa première condamnation avait pourtant été réduite à 5 ans d’emprisonnement et ni son avocat, ni sa famille n’ont été informés de sa pendaison. Aziz Khakzad était âgé de 29 ans. Arrêté en 2007, il avait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Khoy, pour « assistance à un parti kurde » et en tant « qu’ennemi de Dieu », un « crime » qui, s’il est reconnu par la cour, est automatiquement passible de la peine capitale. Mais jugé en appel, il avait été finalement condamné à 5 ans de prison et envoyé de Selmas à la prison de Kerman, où son exécution a donc eu lieu en toute illégalité.

Le 22 octobre, Amnesty International a lancé, de son siège de Londres, un appel en faveur de deux autres Kurdes d’Iran, Loghman Moradi et Zaniar Moradi, dont la condamnation à mort, conformée par la Cour suprême, avait été prononcée le 22 décembre 2010 par la 15ème chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran. Ils ont été reconnus « ennemis de Dieu » par la justice iranienne, convaincus d’appartenance au parti kurde Komala et du meurtre du fils d’un mollah de Merivan. Leur premier jugement n’a duré que 20 minutes et les deux accusés avaient fait appel. Le 12 octobre 2011, la cour suprême de Téhéran a confirmé les sentences. Zaniar et Loghman Moradi ont été respectivement arrêtés le 17 août et le 17 octobre 2009. Durant leurs 9 premiers mois de détention dans les locaux du ministère du Renseignement, aucune accusation de meurtre ne leur a été signifiée. En décembre 2010, ils ont été transférés dans la prison de Karaj au nord-ouest de Téhéran. C’est là qu’ils ont rédigé tous deux une lettre dans laquelle ils faisaient état de tortures et de menaces de sévices sexuels, dans les prisons des services secrets, durant 25 jours, pour les obliger à avouer un meurtre qu’ils niaient. Aucun des deux hommes n’a eu accès aux soins médicaux qu’ils réclamaient. Amnesty réclame un procès équitable pour les deux condamnés en rappelant que l’un d’eux n’avait que 17 ans au moment de son arrestation.

Enfin, Human Rights Watch a publié une lettre d’un autre Kurde, Jamal Rahmani, un militant pour les droits de l’homme, arrêté en 2008. Dans cette lettre, Jamal Rahmani explique que ses aveux lui ont été extorqués sous la menace, notamment celle d’exécuter son frère s’il n’avouait pas.

Âgé de 29 ans, Jamal Rahmani a adhéré en 2006 à une association locale de défense des droits de l’homme et en 2007 à l’association Human Rights Activists Iran (HRAI). Le 14 juin 2008, des agents en civil ont fait irruption dans sa chambre d’étudiant à Shahreza, dans la province d’Ispahan. Sans aucun mandat, ils l’ont arrêté ainsi que son co-locataire, et emmené au centre de détention des services de renseignements de la ville. Jamal Rahmani indique être resté 24 heures de suite menoté et attaché à une chaise, avant d’être transféré à la prison Dastgerd d’Ispahan.

« Il y avait 3 étages dans cette prison. Le 1er étage abritait les prisonniers ordinaires tandis que le 2ème était dévolu aux prisonniers politiques. Au 3ème étage étaient détenus les prisonniers appartenant à Al-Qaeda. Durant les premiers jours de ma détention, j’ai subi beaucoup de violences et les accusations d’être un terroriste et un contre-révolutionnaire. Une nuit, un garde est entré dans ma cellule, m’a bandé les yeux sous la contrainte et m’a emmené dans les sous-sols de la prison, où j’ai été immédiatement violenté et battu, et ce dans tous les interrogatoires qui ont suivi. Après quelques jours, mon co-locataire et moi avons été transférés à Sanandaj (province du Kurdistan). Nous avons été enfermés dans une petite cellule qui manquaient de toutes les installations sanitaires. Nous étions obligés de frapper à la porte pour cela, et quelquefois nous devions attendre des heures que le gardien ouvre la porte et nous permettent d’utiliser les sanitaires, ce qu’ils ne faisaient pas des nuits entières, et rarement quand les gardiens étaient en vacances. La nourriture était rare et détestable, et j’ai souvent dormi l’estomac vide. Il y avait une lumière qui éclairait continuellement la cellule, et le matin les gardes nous réveillaient bruyamment. J’ai été interrogé sans relâche. Ils ont menacé de pendre mon frère Karim si je n’avouais pas. À l’époque, Karim était un activiste étudiant, emprisonné à la prison de Kermanshah. Ils ont ensuite arrêté la fille que j’aimais et ont menacé de la maltraiter si je ne coopérais pas avec eux. Au début, je ne croyais pas à ces menaces, mais mes interrogateurs m’ont donné des renseignements très spécifiques sur cette fille pour me prouver qu’ils l’avaient arrêtée et avaient les moyens de lui nuire. J’ai incroyablement souffert, durant cette période où ils menaçaient ma famille et ceux que j’aimais pour m’obliger à avouer. »

Par ailleurs, 18 autres prisonniers politiques kurdes sont toujours en instance d’exécution, dans les « couloirs de la mort ». Depuis 2007, le nombre des militants kurdes exécutés pour appartenance à des organisations interdites s’élève à 10 personnes. Avant la mort d’Aziz Khakzade, les dernières pendaisons remontent à janvier 2011, avec l’exécution de Ferhad Tarim, le 27 janvier 2011, dans la prison d’Ourmieh, et celle de Hussein Khizri, qui a eu lieu secrètement le 5 janvier et ne fut annoncée que le 15 du même mois. Tous deux étaient condamnés à mort pour appartenance au Parti démocratique du Kurdistan (PDKI). 7 autres prisonniers ont été condamnés, eux, pour appartenance au PJAK, entre 2007 et 2010. Tous ont dénoncé l’usage intense de la torture pour obtenir leurs aveux.

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