J'y vais ? J'y vais pas ?

Alors que la Turquie danse d'un pied sur l'autre devant la frontière irakienne - on y va ? on y va pas ? - Massoud Barzanî, le président de la Région du Kurdistan a déclaré qu'il ne réagirait pas militairement à une opération "limitée" contre Qandil, qui est parfois présentée comme "probable" dans quelques cercles turcs.

On peut supposer - si on a l'esprit mal tourné, bien sûr - un accord tacite entre Erdogan et le président kurde : l'armée ne touche pas au Kurdistan d'Irak, d'autant plus que le référendum de Kirkouk est actuellement repoussé aux calendres grecques et que le GRK bataille vivement avec le ministère irakien du pétrole. Les Kurdes d'irak ont bien d'autres chats à fouetter que les félins kurdes ou turcomans qu'on leur demandait de livrer à Ankara...

De plus, une opération limitée ne gênerait pas trop Erdogan, qui pourrait ainsi montrer à l'opinion publique turque, laquelle est actuellement, si l'on en croit certains sondages, très pro-interventionnisme :

1/ qu'il autorise l'armée à faire ce qu'elle veut contre le PKK ;
2/ que c'est parfaitement inutile, à part créer une liste supplémentaire de "sehit" turcs qui auront peut-être, eux, le bon goût de mourir et non de se rendre ;
3/ l'armée choisit d'y aller ou pas : si elle n'y va finalement, c'est à elle de s'expliquer face aux citoyens turcs qui hurlent "A Erbil ! A Erbil !" avec enthousiasme ; si elle y va, ce sera aussi à elle d'expliquer pourquoi le résultat final ne sera pas à hauteur des objectifs annoncés.

Quant à Barzani, il désapprouvera, toussotera, froncera le sourcil, et quand l'armée turque fera chou blan à Qandil, ne pourra que conclure sobrement : "Je vous l'avais bien dit." Le PKK, lui, est sans doute déjà passé, pour partie du moins, en Iran, ou le fera, quitte à revenir un peu plus tard et sera peu touché par l'assaut, lequel ne risque que d'augmenter sa quote de sympathie auprès des Kurdes. Quant à l'Iran, comme l'a déjà expliqué Guillaume Perrier, bien que ce soit sans doute une base tout aussi importante du PKK surtout si on lui adjoint son clone, le PJAK, on n'a pas entendu Ankara le menacer d'invasion.

Reste à l'AKP à régler ses comptes avec l'armée
et les laiciste-kemalistes à l'intérieur. Erdogan vient déjà de se prononcer contre l'interdition du DTP, ce qui est logique, puisqu'il avait déjà appelé le PKK à choisir le terrain des urnes plutôt que celui des armes. Maintenant le DTP est en pleine désorganisation, ce qui n'a rien de nouveau, les partis kurdes ont toujours été un panier de crabes entre pro et anti guerilla, pro et anti PKK, pro et anti Öcalan, vrais militants kurdes contre faux résistants, etc. Encore plus bordélique qu'au PKK et encore plus infiltré par les services turcs aussi.

Finalement, la seule chose intelligente qu'il reste à faire à l'AKP, mais pas la plus facile, ce serait de favoriser la création d'un parti d'opposition kurde, que la Turquie protégerait réellement, à la fois du PKK (qui n'aime pas la concurrence) et des nationalistes turcs fous furieux. J'entends par là un vrai parti d'opposition, pas un pantin qu'on agite au Parlement pour montrer qu'il y a des Kurdes potables. C'est-à-dire qu'on n'exigerait pas d'eux qu'ils qualifient le PKK de "terroriste" alors qu'on attend encore la repentance de la Turquie sur des décennies d'exactions autrement plus graves... Et dont on n'attendrait pas non plus qu'ils bêlent en choeur que la liberté ou la santé d'Öcalan passent avant tout, et que le Soleil de l'Humanité vaut plus cher que le peuple kurde. En attendant, s'il y a négociations ils sont forcés de faire avec le DTP.

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