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Ethem Güner et 30 ans de combat pour la chanson kurde en Turquie


Excellent et passionnant entretien retraçant trente années de lutte pour faire entendre des chansons kurdes en Turquie, par Ethem Güner, interrogé par l'agence firat-news : sa carrière de producteur délictueux commença en 1986, quand il fonda la maison de production SES Recording Company et se mit en tête de diffuser des chansons kurdes, langue alors toute aussi officiellement "inconnue" qu'officiellement "interdite" : peines d'emprisonnement, amende, ce producteur a tout connu, et voici son regard sur la situation des artistes kurdes en Turquie, du coup d'État jusqu'à nos jours. 



 Q. Commençons par vos aventures de producteur. Pouvez-vous nous raconter votre expérience quand vous vous retournez vers votre passé ? 

 R.   Lors du processus politique qui a suivi le Coup d'État de 1980, j'étais occupé à des travaux d'enregistrement à Antep. Nous enregistrions des dengbêj et des albums de propagande en un temps où Şivan Perwer et d'autres noms étaient interdits dans tout le pays. Après un certain temps, j'ai dû partir pour Istanbul où j'ai fondé la SES Recording Company en 1986, après 4 années où j'étais mon propre employé. Les albums kurdes devaient être écoutés clandestinement en 1988, quand tant de gens pouvaient subir la torture pour avoir écouté ces albums. Durant cette période, la police confisquait en premier les armes et en second les albums kurdes. Beaucoup de gens ont dû enterrer ou détruire les albums qu'ils possédaient. Je crois qu'en ce temps-là, les albums étaient vus comme des armes !… Beaucoup d'artistes avaient fui à l'étranger, d'autres ne faisaient plus rien.


Q. Quel a été le premier album interdit ou confisqué ?

 R. L'album de Beşir Kaya a été le premier à être confisqué. En 1988, j'ai fait venir de Diyarbakir à Istanbul un artiste local, alors que des artistes connus n'avaient jamais eu l'occasion de chanter en kurde. Nous avons préparé un album turc/kurde où il chantait en kurde la fameuse chanson "Xezal, Xezal". Pour éviter tout problème avec les sept membres du comité officiel du Ministère de la Culture, nous avons écrit toutes les paroles en turc dans l'album, et nous le leur avons soumis. Nous avons fait comme si l'album ne contenait pas de kurde. Mais l'album a été retiré de la vente la première semaine qui a suivi sa parution. Il y avait alors une grande demande pour les albums en kurde. Dans le même temps, la société de production était poursuivie par la Haute Cour pénale et nous avons été accusés de "production dans une langue inconnue". Le procès a duré très longtemps. C'était le premier album retiré de la vente dans l'histoire et le premier auquel j'assistais. Après 1988, j'ai commencé la diffusion des albums de Şivan Perwer. Tous les albums lancés à cette époque ont été retirés de la vente ou poursuivis en justice. À côté des albums en kurde, ceux d'artistes comme Ahmet Kaya, Zülfü Livaneli et Selda Bağcan ont été aussi interdits à la vente.


Q. Le premier album a-t-il été interdit au motif d'une "langue inconnue" ou pour d'autres raisons ?


 R. Le premier album que j'ai publié en 1988 a été retiré de la vente dans tout le pays au motif d'être "une production dans une langue inconnue". Le procureur n'a même pas mentionné le mot "kurde" dans l'acte d'accusation, qui faisait juste état d'une langue inconnue. La raison en était qu'écrire le mot "kurde" sur un acte officiel aurait été considéré comme un crime. Ces motifs ridicules ont été présentés par l'accusation comme "production dans une langue inconnue". Lors du procès, l'avocat a plaidé qu'il ne pouvait y avoir de "crime inconnu". Nous avons été acquittés dans cette affaire 7 ans après. En fait, nous avons été acquittés de tous les procès intentés contre les albums kurdes parce que l'objectif véritable était d'empêcher ces albums d'atteindre la population. L'issue de ces procès tombait 5 ou 6 ans plus tard. Cependant, il était absolument interdit de distribuer ces albums tout le temps que duraient les procès. Ainsi, les albums avaient perdu de leur actualité à la fin des procès et cela n'avait plus aucun sens de les diffuser à nouveau. Nous produisions principalement des chansons ayant l'amour pour thème, afin de montrer qu'elles n'avaient rien de "séparatiste". Mais les débats sur le kurde ont commencé après le Coup d'État de 1980. Un an plus tard, Rahmi Saltuk faisait paraître un album où il chantait la chanson kurde "Hoy Nare". Son album a été immédiatement retiré de la vente, comme les autres. À ce moment-là, il y a eu d'autres tentatives similaires et de nouveaux albums étaient produits par de nombreuses maisons de production.





Q. Et dans les années 1990 ? Comment était-ce par rapport aux années 1980 ? 

 R. Des mesures plus strictes ont été appliquées dans les années 1990 pour interdire les albums kurdes. Le comité des sept du ministère de la Culture a accueilli en son sein deux nouveaux membres, qui représentaient respectivement le ministère de la Culture et celui de l'Intérieur. La parution des albums, des vidéos, des films n'était approuvée qu'après l'examen minutieux de leur contexte par le ministère de la Culture. Afin de passer au travers de ces contrôles, nous déformions les paroles ; nous écrivions, par exemple "Gulistan" (Roseraie) au lieu de Kurdistan. Des mots nous permettaient ainsi de franchir le cap de la censure mais les problèmes ne finissaient pas avec la publication de l'album. En dépit de la décision du ministère de la Culture, les gouverneurs avaient autorité pour retirer un album des provinces qu'ils administraient. Une telle décision, venant d'un seul gouverneur, pouvait ainsi déclencher le retrait de l'album dans tout le pays, car un gouverneur pouvait alerter d'autres gouverneurs, qui retiraient également l'album du marché, croyant assurément qu'il s'agissait là d'un facteur de criminalité. Ainsi l'autorisation du ministère de la Culture ne signifiait rien du tout. Les années 1993-1994 ont vu les plus grandes pressions à cet égard. De nombreux et sociétés de production investissaient graduellement dans ce secteur afin de satisfaire la forte demande d'albums kurdes. Chaque album était retiré dès sa parution, surtout dans les régions kurdes. Plus tard, nous avons été jugés par des tribunaux de Sûreté de l'État, après leur création. Si j'écopais d'une condamnation de cette cour, je bénéficiais généralement d'une amnistie après un certain temps. Les sentences prononcées contre moi étaient suspendues 3 ans durant si je ne commettais pas le même crime durant ce laps de temps. J'étais responsable de la gestion de la société durant ce temps. Mais mon frère me remplaçait quand je ne pouvais plus rester dans la société. De cette façon, nous avons assuré la survie de la société jusqu'aux années 2000.


 Q. Quand vous comparez l'approche politique des années 2000 à celle des années 1990, que pouvez-vous dire ? Quels changements ont eu lieu dans les années 2000 ?


 R. Il n'y a pas eu de changements dans la politique jusqu'à maintenant. 1993-1994 ont été les années où nous avons connu les plus lourdes pressions. Cependant, la musique kurde, la culture kurde et le théâtre kurde avaient une situation bien meilleure qu'après les années 2000. Internet et le développement des technologies numériques ont joué un rôle majeur à cet égard. SES Recording Company lançait 15 à 20 albums chaque année, entre 1990 et 2000, mais le nombre des parutions a décru à 3 ou 4 en 2003 et après cela je n'ai plus publié d'album. La raison en est la technologie, mais ce n'est pas la seule. Il y a eu une rupture critique dans la société, tandis que les gens subissent un sérieux racisme. Les albums kurdes ne sont plus du tout vendus sur le marché. Vous ne pouvez plus trouver un album kurde dans les provinces de l'Ouest, par exemple. Seul un album de Şivan Perwer a été vu dans plusieurs points de vente de musique, mais pas plus. Ces albums ne sont même plus en vente parce qu'on ne les achète plus, même dans les plus grandes villes, comme Istanbul et Izmir. La demande pour ces albums a aussi décru du fait qu'on ne les trouve plus dans les magasins de musique. Les consommateurs se procurent ces albums par d'autres moyens, c'est à dire le piratage, en d'autres termes.


Q. Vous devez avoir eu des difficultés financières, en raison des retraits d'albums et des procès qui trainaient en longueur…

 R. Nous avons eu assurément de grosses difficultés financières. L'État avait réellement une stratégie délibérée, celle de nous faire subir des pertes en nous infligeant des sanctions pour "crimes". Rien n'arrivait réellement, mais toutes les pertes étaient pour nous, pendant des années. J'ai vécu des problèmes économiques dans la société, parce que nous dépensions toujours de l'argent en plus afin de pouvoir lancer un album. Le système normal, dans ce secteur, est de réclamer l'argent de l'album après sa sortie, mais nous avions toujours à payer les dépenses avant la sortie de l'album. Ceux qui travaillaient avec nous ne voulaient pas prendre de risque commercial parce que les albums que nous lancions étaient à chaque fois retirés des ventes. Tout ce pour quoi nous dépensions de l'argent était toujours retiré des ventes. Nous avons eu de gros problèmes, parce que nous produisions des albums qui sortaient de l'ordinaire, comme ceux de Şivan Perwer, Ciwan Haco et MKM. Pour ces albums, nous devions payer en espèces avec l'argent que nous empruntions à des amis. La société a souvent fait faillite quand l'État saisissait toutes nos productions. Ces ennuis commerciaux ont duré de 1988 à 1991 : c'est alors que j'ai commencé d'exporter les albums d'artistes turcs célèbres en Europe. Et j'essayais de maintenir à flot la société avec l'argent que je gagnais de ces exportations. J'ai fait tout cela parce que je suis kurde. Je suis un témoin de tout ce qu'ont enduré les Kurdes. Un Kurde loyal et avec une conscience ne doit jamais s'incliner devant ce qui est infligé à son peuple. J'en ai payé le prix, sur une terre où chacun a dû payer un prix. Qui d'autre aurait fait cela si je ne l'avais pas fait ? Je ne l'ai jamais regretté.


 Q. Avez-vous subi des menaces ou des pressions en dehors des intimidations politiques menées par l'État, au moyen d'accusations et de procès de longue durée ?

R. Oui, vraiment. Un site Internet appelé Clean Hands a écrit en 1996 ou 1997 que SES Recording, KOM Music, Gün Printing et un vendeur d'albums kurdes soutenaient financièrement "l'organisation de la terreur". J'ai aussi été désigné comme cible dans une liste de personnes à abattre. En dehors de cela, nous avons reçu plusieurs lettres de menace d'une personne se faisant appeler TIT en 1994. SES Recording Com. a acheté des actions de Radio Umut qui était une voix dissidente remarquable à cette époque et diffusait des programmes avec des éléments kurdes, alévis, et démocratiques. Mais la radio a été fermée en 1999, ce qui m'a causé une grande déception et une dépression. Elle a été illégalement fermée par RTÜK (Conseil suprême de la radio-télévision) en 1999, sur le prétexte qu'elle avait diffusé la déclaration de l'ERNK (Front national de libération du Kurdistan, branche politique et de relations publiques du PKK). Après un an, elle a pu réémettre et a survécu, jusqu'à ce qu'elle ait brûlé, peu de temps après.


Q. Quelles raisons vous poussaient à être si déterminé ?

 R. Ce genre de choses ne vous démotivent pas si vous prenez des risques en étant sûr de ce que vous faites. L'endroit où je vivais me motivait alors que j'étais pris à la gorge par des menées judiciaires et des difficultés financières. En outre, être Kurde dans cet État est un problème à lui tout seul. Dans le territoire où je vis, un soldat de 20 ans peut facilement frapper au visage un grand-père de 70 ans au prétexte de lui demander une adresse. Je suis kurde et alévi, et cette identité fait de moi "l'autre" dans les grandes villes. Ce que vous subissez en raison de votre identité fait naître une résistance en vous. Si vous êtes kurde, gauchiste ou alévi dans ce pays, vous gagnez cette résistance dans le temps, automatiquement.


Q. - Mises à part les pertes subies par les producteurs en raison des retraits et des interdictions d'albums, quelles autres pertes étaient subies par les artistes ?

 R. Alors que certains artistes de talent ont préféré produire des albums en turc durant cette période, ceux qui ont connu les difficultés à vivre sur cette terre et à être "l'autre" ont préféré produire des albums kurdes. C'était pourtant le plus ardu des choix : tenter de vivre en produisant des albums kurdes en Turquie. Les artistes kurdes à l'étranger pouvaient vivre des concerts qu'ils donnaient, mais ceux qui étaient en Turquie n'avaient pas cette chance. Kızılırmak, Ferhat Tunç, Şivan Perwer ou d'autres artistes peuvent aujourd'hui gagner de l'argent des concerts qu'ils donnent, mais la situation est difféente pour les producteurs qui n'ont pas d'autres sources de revenus.

 Q. Quand vous comparez ces 30 dernières années, quelles sont les différences ?


 R. - Je pense que rien n'a changé. En dépit du fait que 30 ans ont passé, le dilemme de la "langue inconnue", auquel j'ai fait face 30 années durant, continue. Nous pouvons de toute évidence voir les pressions imposées aux media kurdes de nos jours. En dehors de cela, je me demande combien de films kurdes sont subventionnés par le ministère de la Culture ou combien de chaînes de télévision diffusent de la musique kurde. Il y a plus d'une centaine de stations de radio à Istanbul, qui comprend une importante population kurde, mais aucune de ces stations ne diffuse réellement de chansons kurdes, alors que nous pouvons entendre tant de chansons en espagnol ou en italien. L'attitude envers la culture kurde reste la même. D'un autre côté, TRT ŞEŞ est une tromperie politique très grave de la part du gouvernement. Quand la chaîne a lancé ses premiers programmes, je me suis senti heureux car je pensais que les Kurdes avaient aussi l'occasion de faire entendre leur voix au sein d'une institution d'État. Mais j'ai vu par la suite que le contexte de la création de cette chaîne a été déterminé par les désirs et au bénéfice de l'État lui-même. Aujourd'hui, RTÜK ne donnera jamais son accord pour créer une chaîne de télévision nationale pour les Kurdes.

Q. Est-ce que les interdictions passées ont toujours cours ?


R. Les pressions aujourd'hui diffèrent de celles passées. Les pressions de l'extérieur et la destruction par l'État de tout le matériel et fournitures n'imposent plus une interdiction formelle. Le racisme a atteint un point inouï. Personne ne vend plus d'album kurde aujourd'hui. La demande de notre union professionnelle MÜYAP pour avoir des émissions de musique kurde sur Internet via TTNET constitue un sérieux problème. Parmi la plupart des albums kurdes sortis dans les années 1990, vous ne pouvez pas en trouver un seul dans les circuits de vente légaux. Entre autres choses, il y a un problème avec les lettres de l'alphabet kurde parce que vous avez besoin de connaître les formes écrites de la langue kurde pour chercher des choses en kurde sur Internet. Toutes les chansons kurdes ont été collectées dans une boutique par MÜYAP qui peut les acheter aujourd'hui et permettre leur apparition sur les plates-formes légales.  Avant tout, il y a une discrimination indéniable de la langue kurde.


Q. - Avez-vous d'autres exemples intéressants montrant ce que vous avez vécu ? 

 R. - Dans les années 1990, nous avons sorti un album de compilation de chansons kurdes et un album de Kızılırmak intitulé  "De Pir Sultan à Nesimi". Nous voulions exporter ces albums mais le camion utilisé pour le transport a été fouillé soigneusement au poste-frontière turc de Kapıkule. Ils n'ont trouvé qu'un calendrier et les albums. Sur la couverture de l'album "De Pir Sultan à Nesimi" il y avait une grand-mère anatolienne qui a été plus tard mentionnée dans des rapports officiels comme "ressemblant beaucoup à la mère du leader de l'organisation terroriste, Abdullah Öcalan". Les albums ont été ainsi confisqués et le conducteur du camion est resté en garde à vue pendant 3 jours. Le conducteur et le camion ont été fouillés longtemps et minutieusement. Et comme le camion transportait d'autres marchandises destinées à l'exportation, les propriétaires de ces marchandises ont voulu aussi nous poursuivre en justice, en disant qu'ils n'avaient pu les exporter à cause de nous. Le procès qui a été ouvert à cause de la grand-mère anatolienne en couverture a duré 5 ans et s'est terminé par une peine de prison, pour nous, qui a été ensuite changée en amende.



Grand-mère anatolienne pas facile à exporter.
Il est préférable de la télécharger par Internet plutôt que la commander via un camion turc, sachez-le. 


 Q. Que doit faire le ministère de la Culture ? 

 R. Le ministère de la Culture ne doit rien faire sinon ne pas se mêler des œuvres kurdes, de même que les autres institutions d'État. Tout ce qu'il doit faire est de soutenir équitablement le cinéma kurde, le théâtre, la musique de façon éthique, et sans discrimation. Mais le véritable obstacle devant la langue kurde est RTÜK et non le ministère de la Culture. Le plus grand obstacle est aussi cette pression qui est la prolongation de l'actuelle mentalité, raciste, discriminatoire et moniste. Ceux qui ont abordé cette question avec crainte, dans le passé, l'abordent aujourd'hui dans un aspect idéologique. Comme son existence physique ne pouvait être détruite, en dépit de tout, ces attaques et ces pressions ont visé l'honneur et la culture du peuple kurde.


traduit de l'anglais via ekurd.net


article original : 
 Gökçe Rojda Gönençay - ANF / ISTANBUL Copyright ©,
respective author or news agency, firatnews.com

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