SULEÏMANIEH : A TROIS MOIS DES ELECTIONS, GRAVE CRISE INTERNE A L’UPK


Alors que les élections législatives approchent, l’UPK plonge dans la crise après que quatre hauts dirigeants, Saïd Qadir, Omar Saïd Ali, Jalal Jawhar et Othman Hadji Mahoud, aient démissionné du Bureau politique. Ils se plaignent que les réformes internes, demandées par une part importante de l’UPK, aient été refusées par ses dirigeants malgré leurs promesses. Ce n’est pas la première démission qui survient au sein de ce parti. Trois ans auparavant, Nawshirwan Mustafa, considéré comme le numéro 2 du parti, avait quitté ses fonctions pour fonder son groupe de presse. Il envisagerait aujourd’hui de se présenter avec une liste indépendante.

Le 14 février 2009, Kosrat Rassoul, le propre secrétaire général adjoint de Jalal Talabani et le vice-président de la Région du Kurdistan, avait aussi présenté sa démission avant de revenir sur sa décision, quand Jalal Talabani lui avait offert un meilleur artage du pouvoir au sein de son parti. Les quatre autres démissionnaires venaient de présenter 11 propositions pour réformer l’UPK, qui ont été refusées par Barham Salih, autre secrétaire adjoint, selon Faraydun Abdul Qadir, un ancien responsable qui a lui aussi démissionné en 2005. « Le parti vit une crise profonde sur plusieurs niveaux. Des réformes partielles et superficielles ne peuvent être le remède » a déclaré Jalal Jawhar, qui exige des « réformes radicales pour que le parti fonctionne démocratiquement et dans la transparence », ainsi que la réintégration de Nawshirwan Mustafa à son ancien poste de secrétaire général adjoint.

Voulant éviter une crise qui affaiblirait peut-être l’UPK aux législatives prochaines, Jalal Talabani a déclaré qu’il accédait aux demandes des démissionnaires, notamment « la transparence dans les finances de l'UPK qui seront désormais sous le contrôle du bureau politique, le remplacement de responsables du parti et de représentants de l'UPK au gouvernement régional, et enfin une supervision des services de renseignement du parti (jusqu’ici uniquement contrôlé par les hommes de Jalal Talabani) par un des deux vice-présidents. » Mais ces mesures, si elles ont fait changer d’avis Kosrat Rassoul, n’ont pas convaincu les quatre autres, malgré les tentatives de Kosrat Rassoul de les faire revenir sur leur décision. Quant à Jalal Talabani, occupé par ses fonctions à la présidence irakienne, il n’a pu intervenir directement au plus fort de la crise, étant en déplacement en Corée du sud.

Une des premières conséquences de la crise interne a été la démission de plusieurs membres UPK au sein du cabinet de Nêçirvan Barzanî, le Premier ministre du Kurdistan et une unification des trois ministères restant non rattachés à Erbil : celui des Peshmergas, qui revient à Jaffar Mustafa (UPK), celui de l’Intérieur, tenu par un membre du PDK mais avec Jalal Sheikh Karim au poste d’adjoint et Sheikh Bayaz (UPK) aux finances, en remplacement de Sarkis Aghajan. Omar Fatah, l’ancien vice-premier ministre est ainsi remplacé par Imad Ahmed, qui occupait jusqu’alors le fauteuil du ministère de la Reconstruction. Imad Ahmed fait aussi partie du Bureau politique de l’UPK. Le chef des Asayish (service de sécurité) de l’UPK) Seifedinne Ali Ahmad, a été lui aussi remplacé. Mais beaucoup de membres de l’UPK parmi les réformistes, jugent ces remplacements très insuffisants pour résoudre la crise interne. Pour Abdul Qadir, ancien haut responsable de l’UPK, « Les remplacements n'ont pu mettre fin au problème de Nawshirwan ou faire que les quatre dirigeants reviennent sur leur démission. Les remplacements (au sein du Gouvernement du Kurdistan) ne pourront empêcher la démission des membres les plus actifs de l'UPK dans l'avenir. Un changement réel passe d'une situation terrible à une situation positive. J'attendais que ces changements commencent par une réconciliation générale avant que des remplacements ne surviennent. »

Selon Feridun Abdul Qadir, la multiplication de listes indépendantes, notamment celle de Nawshirwan Mustafa peut faire craindre une série de « tensions durables » qui compromettraient l’équilibre politique de toute la Région du Kurdistan. Ainsi, pour Farid Asasard, membre dirigeant de l'UPK, à la tête du Centre du Kurdistan pour les études stratégiques, ce conflit et l’affaiblissement de l’UPK inquiète beaucoup le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), pourtant son rival historique, car cela pourrait mettre fin à la coalition kurde actuelle qui, depuis la chute du régime de Saddam, tient bon devant les autres partis irakiens. Selon Asasard, la crise trouve son origine dans la structure même de l’UPK : « A l'origine, ce parti ne s'est pas formé comme un véritable parti mais plus comme la coalition de plusieurs partis. Dans de telles organisations, il n'y a pas d'unité et les membres ont des idéologies différentes. L'UPK a été fondée de cette façon et a continué ainsi jusqu'en 1992, quand il a été décidé que ces bases devaient changer ; l'UPK est alors devenu un parti. Les trois ailes de l'organisation se sont ainsi unifiées en un seul parti mais ce faisant, elles ont aussi hérité des problèmes inhérents aux partis. Ces problèmes sont visibles aujourd'hui et la raison pour laquelle ils durent depuis si longtemps est que les trois ailes ne se sont jamais vraiment fondues dans l'UPK. » Pour Abdul Qadir, les tensions résultent surtout de la façon dont le Bureau politique prend ses décisions et traitent avec ses membres : « Tous ceux qui ont démissionné occupaient des positions élevées. Ils ne pouvaient donc se plaindre à ce sujet. Mais dans tous les partis il y un point très important qui est celui des prises de décision. Si les décisions prises ne représentent pas toutes les idées de tous les membres, et si elles sont imposées aux membres, peu à peu une situation émergera, où les gens se sentiront étrangers dans leur propre parti… Cela est dû aux procédures et aux méthodes d’administration du Parti. »

Quant à la réintégration de Nawshirwan Mustafa, réclamée par les réformistes, elle ne semble pas en bonne voie. A l’origine dirigeant du Komala, un des mouvements unifiés au sein de l’UPK, Mustafa avait pris la décision de le dissoudre, mais, ce faisant, selon Asasard, il a commis une erreur de jugement politique : « Au milieu des années 1980 Nawshirwan avait cessé de croire au marxisme et à une idéologie révolutionnaire. De sorte que dissoudre le Komala lui a paru normal. Mais il n'a peut-être pas songé aux conséquences de cette dissolution. Il n'a pas pris en compte le fait que le Komala était la base de son pouvoir au sein de l'UPK et qu'il se privait ainsi de cette assise. A présent, 17 ans après avoir dissous le Komala, il dit que cette décision a été une erreur. Je crois aussi que Nawshirwan a commis une faute historique et s'est privé lui-même de la source de son pouvoir. »

Faraydoun Abdul Qadir, ancien responsable du Komala, qui avait lui aussi participé à cette dissolution, confirme cette « erreur politique » et y impute une partie des dérives autoritaristes du Bureau politique, reprochée par certains membres : « L'UPK avait certains aspects qui amenaient une forme de décentralisation. Tout le temps qu'a duré le Komala, Talabani était vraiment notre frère le plus digne, le leader du mouvement et la figure de proue de l'UPK, mais dans le même temps, Nawshirwan était l'autre leader et non le second du parti. Ainsi, il y avait une forme de décentralisation dans l'UPK et l'autorité n'était pas monopolisée. » Ultime tentative d’apaiser la crise, Jalal Talabani aurait offert 6 sièges parlementaires à Nashirwan Mustafa et sa liste, souhaitant ainsi former une coalition. Mais des sources proches de l'aile réformiste de l'UPK affirment que l’ancien dirigeant du Komala souhaite rester dans l'opposition et refusera donc l’offre de Jalal Talabani. Quant aux 4 démissionnaires, Saïd Qadir, Omar Saïd Ali, Jalal Jawhar et Othman Hadji Mahoud, ils ont confirmé leur démission démentant ainsi les rumeurs d'un possible retour à leurs fonctions.

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