mardi, mai 20, 2008

Bronzes du Luristan



Bronzes du Luristan, énigmes de l'Iran ancien
Editions Paris Musées.

"Le Luristan, région montagneuse de l'Iran occidental qui domine les confins de la plaine mésopotamienne, a livré au cours du siècle dernier plusieurs milliers de bronzes antiques. Puisant dans les collections publiques et privées d'Europe, l'exposition que cet ouvrage illustre en présente plus de deux cents.

Cet ensemble sans précédent témoigne de la richesse et de l'originalité d'un art métallurgique d'une très grande technicité. Exceptionnels entre tous, les bronzes de l'âge du fer (1300-650 av. J.-C.) affichent une iconographie exubérante. Des créatures hybrides et composites, génies d'une mythologie qu'aucun texte n'éclaire, peuplent mors de chevaux, armes, épingles et idoles. Art sans pareil, la civilisation du Luristan resta longtemps dans l'ombre. Il fallut attendre les années 1960 et l'essor de la recherche archéologique dans cette région pour qu'une partie du voile soit levée.

Cette rétrospective d'une ampleur inédite clarifie, grâce aux contributions majeures des plus grands spécialistes du domaine, nos connaissances sur cette civilisation énigmatique et l'histoire de son art."


Incipit

Lorsqu'au début des années 1930 parviennent entre les mains d'antiquaires occidentaux des bronzes aux caractéristiques stylistiques si semblables qu'ils ne peuvent être attribués qu'à une seul et même région, commence l'histoire des "bronzes du Luristan".

Province de l'ouest iranien, le Luristan s'étend sur les nombreuses chaînes montagneuses qui constituent la partie médiane des Zagros. Courant parallèlement du nord-ouest au sud-est, elles séparent de profondes vallées qui ne communiquent entre elles que par des sentes franchissant des cols de plus de 3000 mètres d'altitude. La rivière Saimarreh, dont le cours suit cette même orientation nord-ouest -- sud-est, constitue un obstacle naturel supplémentaire ; elle sert en outre de frontière aux deux régions du Luristan. A l'ouest, le Pusht-i Kuh, littéralement "devant la montagne", présente d'étroites vallées encaissées ; la haute chaîne du Kebir Kuh la sépare de la plaine mésopotamienne en contrebas, qui obligé ceux qui veulent y accéder à le faire par le sud-est ou par le nord-ouest. A l'est, le Pish-i Kuh, "derrière la montagne", est d'un relief plus ouvert, aux pentes dotées de vastes pâturages.

L'attribution de ces bronzes au Luristan ne se fonda longtemps que sur la parole d'antiquaires qui en faisaient commerce depuis la ville de Harsin, au nord du Luristan, et de villageois affirmant les avoir découverts. La petite histoire rapporte en effet qu'un paysan labourant son champ en aurait mis au jour en 1928. Les pillages commencèrent aussitôt. Menés à un rythme soutenu, ils alimentèrent le marché de l'art international en milliers de "bronzes du Luristan", qui forment aujourd'hui autant d'antiquités orphelines de tout contexte archéologique. L'engouement immédiat des collectionneurs occidentaux pour ces pièces étranges et la constitution, dès le début des années 1930, des premières collections, tant privées que publiques, encouragea d'autant plus les fouilles clandestines que le Luristan restait difficile d'accès à tout archéologue étranger. Phénomène corollaire, faux et pastiches apparus à leur tour, jouant de l'énigme entourant l'origine de ces bronzes. La rumeur, seule source d'information disponible, voulait qu'ils proviennent exclusivement de sépultures. Les premières observations portées sur le terrain par André Coiffard, directeur des Antiquités iraniennes, en 1931, confirmèrent le pillage de vastes nécropoles. Aucun site d'habitat sédentaire ne semblait par ailleurs avoir été découvert, si ce n'est celui d'un sanctuaire, en 1938, à Surkh Dum. Dès lors se forgea l'image d'un peuple de nomades et sédentaires."

Nicoals Engel.


Table des matières


Bronzes du Luristan : Nicolas Engel ;
Carte du Luristan
Plan de situation du Luristan.

L'histoire des collections de "bronzes du Luristan" : Bruno Overlaet.

Le Luristan à l'âge du Bronze : Ernie Haerinck.

Les bronzes canoniques et l'Âge du Fer : Bruno Overlaet.

Le bronze et le fer au Luristan : Vincent Pigott.


CATALOGUE

L'Âge du Bronze
L'Âge du Fer

Bibliographie
Expositions.
Crédits des textes et des photographies.

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Bronzes du Luristan, Enigmes de l'Iran ancien
(IIIe-Ie millénaire avant notre ère)


Exposition du 4 mars au 22 juin 2008

"Le musée Cernuschi présente une exposition de Bronzes du Luristan du 4 mars au 22 juin 2008. Elle réunit plus de deux cent trente pièces de collections publiques et privées d’Europe. Le Luristan, région montagneuse de l’Iran occidental qui domine les confins de la plaine mésopotamienne, a livré au cours du siècle dernier des milliers de bronzes antiques.

Le Luristan, région montagneuse de l’Iran occidental qui domine les confins de la plaine mésopotamienne, a livré au cours du siècle dernier des milliers de bronzes antiques. Puisant dans les collections publiques et privées d’Europe, l’exposition « Bronzes du Luristan. Enigmes de l’Iran ancien. IIIe-Ier millénaire avant J.-C.» rassemble pour quelques mois au Musée Cernuschi, Musée des Arts de l’Asie de la Ville de Paris, deux cent trente pièces. Cet ensemble sans précédent illustre la richesse et l’originalité de cet art métallurgique d’une très grande technicité, qui suscita, au moment de leur arrivée en grand nombre sur le marché de l’art dans les années 1930, tant d’étonnement et d’enthousiasme. Exceptionnels entre tous, les bronzes de l’âge du fer (1300-650 av. J.-C.) affichent une iconographie exubérante. Des créatures hybrides et composites, génies d’une mythologie qu’aucun texte n’éclaire, euplent mors de chevaux, armes, épingles et idoles. Art sans pareil, la civilisation du Luristan resta longtemps dans l’ombre. Il fallut attendre les années 1960 et l’essor de la recherche archéologique dans la région pour qu’une partie du voile soit soulevé.

Cette rétrospective d’une ampleur inédite clarifie, grâce aux contributions des plus grands spécialistes en la matière, nos connaissances sur cette civilisation énigmatique et l’histoire de son art."


Musée Cernuschi, musée des arts de l’Asie de la Ville de Paris
7 avenue Vélasquez
75008 Paris
Téléphone:00. 33.(0)1 53 96 21 50
Fax :00.33.(0)1 53 96 21 96
L’entrée de l’avenue Vélasquez se situe au niveau du 111-113, boulevard Malesherbes et par le Parc Monceau, allée centrale.

Métro : ligne N° 2, Villiers ou Monceau - Ligne N°3 : Villiers, à 3 minutes de la ligne 14 Saint-Lazare - A 10 minutes de la ligne N° 9 Saint-Augustin
Bus : ligne 30, 94 stations Malesherbes/Courcelles et 84 station Monceau (avenue de Messine et rue de Monceau)

Station Vélib': 75, rue de Monceau
Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis et jours fériés.
Fermeture des caisses à 17h30.

"N'oubliez jamais que mon coeur bat avec vous "

Après le point de vue de Nawshirwan Mustafa sur l'Irak, voici celui d'Abdul Salam al Zawba'i, ancien adjoint (sunnite) du Premier ministre irakien (chiite) Nouri Al-Maliki sur le Kurdistan.Il est amusant de voir combien, dans ces regards croisés, l'indulgence et l'approbation se manifestent plus envers les voisins que chez soi.

L'article, publié dans Soma-Digest relate une rencontre rapide, une interview-express par Darya Ibrahim dans le salon VIP de l'aéroport de Sulaïmanieh (texte complet ici). J'en publie quelques extraits:

"Je lui ai demandé ce qu'il pensait de la Région du Kurdistan et il a répondu : "Il ne fait aucun doute que l'expérience kurde, avec ses innovations politiques, est une expérience nouvelle en Irak et le Kurdistan est un facteur très important pour la sécurité, la politique et l'économie en Irak." Il ajoute : "Si nous comparons le Kurdistan passé et présent, nous pouvons voir que ses infrastructures politiques et l'étendue de son service public ont connu une augmentation générale."

[Ici, aparté mignon du journaliste] : "A voir l'expression de son visage, il est évident qu'Al Zawbai se préoccupe de l'avenir de la Région du Kurdistan." [A vous d'imaginer de quel type d'expression il s'agit, pour que ce soit si "évident". Il avait peut-être l'oeil humide et le kleenex à la main...]

"Revenant sur ses déclarations précédentes, il ajoute que la politique turque et leur intervention illégitime dans la région ont fait beaucoup pour la déstabiliser, car ils (les Turcs) ne peuvent accepter la sûreté et la sécurité qui prévalent dans la Région du Kurdistan :

"J'espère que la sécurité reviendra dans la région et que nous verrons une pleine participation et à long terme, de la part du gouvernement irakien pour vaincre tous ceux qui travaillent contre l'Irak et pour en déloger tous les ressortissants venus des pays voisins."

La crainte imposée par leur terroristes grandit et l'absence d'amélioration dans le pays sont des facteurs qui pèsent sur la stabilité et malheureusement il n'y a eu jusque là que des effets négatifs. J'espère que nous verrons bientôt une solution."

L'ancien adjoint du Premier ministre est parfois décrit comme un sunnite qui a bravement fait fi des divisions sectaires pour rejoindre le gouvernement à majorité chiite, et qui ne connaît que trop bien les souffrances causées par les terroristes et leurs actions à l'intérieur du soi-disant "Irak libéré".

Mais comme la plupart des Arabes sunnites qui ont accepté de se joindre au gouvernement d'Al-Maliki, Al-Zawbai est régulièrement dénoncé par les insurgés sunnites comme un traître, ce qui en fait une cible pour ces groupes.

En mars 2007, alors qu'il avait terminé la prière du Vendredi dans une mosquée construite dans une zone résidentielle derrière le ministère des Affaires étrangères, Al-Zawbai fut victime d'un attentat-suicide, comme d'innombrables civils innocents. Il survécut à l'attaque qui tua neuf personnes, mais fut gravement blessé.

Laissant la politique de côté, je questionnai Al-Zawbai sur sa visite au Kurdistan, et comment il avait été reçu par les Kurdes.

Avec un sourire, il commença de m'expliquer sa relation de longue date avec les Kurdes. "Ma relation avec les Kurdes date de 25 ans, quand j'étais étudiant à l'université de Mossoul. Un grand nombre de mes amis étaient Kurdes. J'éprouve une grande confiance à traiter avec les Kurdes."

"j'admets et je reconnais toutes les atrocités qu'ont subi les Kurdes sous l'ancien régime. Je sais les tueries et le nettoyage ethnique lors des attaques chimiques sur Halabja et l'Anfal".

Al Zawbai explique combien il est heureux que les Kurdes se soient élevés au-dessus de leur passé sinistre, ont réussi à survivre et échapper aux actions criminelles du régime déchu. Il poursuit en disant qu'il est aussi content que le poids du passé n'entrave pas leur progrès dans l'Irak d'aujourd'hui comme cela a été le cas pour d'autres.

"La relation entre les Kurdes et les Arabes est à la fois en quête d'une solution mais c'est aussi une relation qui remonte à plusieurs années".

Il explique que les Kurdes ont témoigné une grande affection pour leurs frères arabes et ceux des autres nations de l'Irak. Ainsi, en raison de la menace terroriste et de l'absence de sécurité dans beaucoup de villes irakiennes, de nombreux Kurdes ont offert un asile à leurs frères arabes.

Alors que l'heure du départ approche, je tente de l'interroger sur la dégradation de la sécurité à Bagdad et dans les autres villes.

Avec une expression de douleur, il répond : "La situation sécuritaire connait une période très dure. Comme vous l'avez vu, certaines forces militaires ont été utilisées pour éradiquer les milices et les groupes terroristes. Tout le monde peut voir sur ses écran de télévision et à travers les média que les intentions de ces groupes ne sont pas bienveillantes. Nous sommes profondément attristés par le nombre des victimes causées par ces attaques, parmi lesquelles se trouvent des femmes et des enfants."

Questionné sur ce qu'il pense de la démocratie et de son application dans un pays ravagé par la guerre, il souligne : "Selon moi, la démocratie ne signifie pas faire la queue devant une urne avec un bulletin de vote. La démocratie signifie la compréhension, la foi et la tolérance les uns envers les autres." Il insiste sur le fait que l'Irak a besoin de connaître et de comprendre les différentes significations de la démocratie.

"Ces pays qui ont vécu des années sous l'oppression et la dictature ont besoin de faire un grand bond, ils ont besoin de gens compétents issus de leurs communautés qui pourront leur montrer les différents sens de la démocratie."

Il est temps de partir pour l'ancien adjoint du Premier ministre. Sur le pas de porte il se retourn pour dire, avec un chaud sourire : "N'oubliez jamais que mon coeur bat avec vous et que j'espère que notre relation sera un succès."

Source Soma-Digest.

Chrétiens d'Irak : Reportage

A signaler, au sommaire du numéro de mai, le magazine France Arménie publie un reportage sur les chrétiens d'Irak réfugiés à Qarakosh et sur les Assyro-Chaldéens du Kurdistan.

lundi, mai 19, 2008

Shahram Nazeri indésirable à Yazd


Le fameux chanteur kurde Shahram Nazeri, qui devait donner un concert dans la ville de Yazd en Iran, s'est vu interdire de spectacle par le Bureau de la Guidance islamique de la ville.


Il faut savoir que la musique n'a pas bonne presse auprès de certains milieux religieux en islam, que ce soit du côté des chiites comme des sunnites. Après la Révolution iranienne, il y avait eu un interdit général sur la musique et les chants. Ce n'est qu'avec la guerre Iran-Irak, que la chanson avait pu être réintroduite : les chanteurs avaient eu le droit d'entonner des couplets patriotiques, et même Shahram a enregistré des refrains à la gloire de l'Iran immortel et invincible. Puis les chants à caractère religieux (éloges à Ali, déploration de Kerbelah) avaient été également admis. Enfin, pour lutter contre "l'invasion" de la pop, de toute façon interdite de concert en Iran, le gouvernement a, ces dernières années, beaucoup promu la redécouverte et la valorisation du patrimoine musicale des différents peuples de l'Iran, et des organismes ont ainsi fait un travail remarquable d'enregistrement du folklore iranien et des répertoires classiques.

Aujourd'hui, les grands chanteurs et musiciens d'Iran, tels que Mohammad Reza Shajarian ou Shahram Nazeri, sont adulés des Iraniens mais toujours menacés de tracasseries subites de la part des Ayatolahs. Ainsi, Yazd avait accueilli récemment un "concert" de chanteurs déplorant la mort du deuxième imam Hussein (mort à Kerbelah). Mais il est évident que le répertoire de Shaharam Nazeri, qui, en tant que Kurde non chiite, n'est déjà pas très religieusement correct, ne peut qu'agacer les religieux iraniens. Le poète préféré de Shahram est d'ailleurs Jalal al-Dîn Rumî qui, malgré les célébrations officielles lancées par l'Iran, n'est pas très goûté par les Ayatollahs sourcilleux, qui détestent les soufis en général et ce malamâtî là en particulier. Des clercs chiites avaient déjà protesté contre "l'année Rumî".

Bref, Shahram Nazeri a, dans l'histoire, perdu quelques millions de tomams, puisqu'il avait déjà loué son matériel et tout l'équipement nécessaire pour un concert annulé au dernier moment. En prix de consolation, ces bons mollahs, qui avaient accepté que la grande salle de concert de Yazd serve pour les déplorations de Kerbelah, ont proposé au chanteur une salle de remplacement, plus discrète, car ne contenant que 500 places. Au vu des foules que déplace l'ostad Shahram, dans ses prestations, il leur a ri au nez en leur expliquant que dans ce cas, il devrait chanter tout un mois à Yazd afin de satisfaire tout le public qui avait déjà loué les places.

Ecologie : une bonne et une mauvaise nouvelle

On commence par la bonne : Lors d'une rencontre à Duernstein, en Autriche, les ministres de l'Economie d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse ont menacé de se désister dans les garanties apportées aux crédits pôur financer le barrage d'Ilisu (qui menace Hasankeyf) si la Turquie persiste dans son je-m'en-foutismete impavide concernant les implications sociales et environnementales d'un tel projet.

Ces trois pays avaient auparavant accordé les garanties de crédit aux sociétés impliquées dans cette construction, pour un montant total de plus d'un milliard d'euros.

La construction du barrage d'Ilisu, en plus de noyer un site historique et écologique unique en haute Mésopotamie, doit déplacer 50.000 personnes, et les assurance de la Turquie concernant le dédommagement, le relogement et la réinsertion professionnelle des habitants n'ont, jusqu'ici, convaincu personne, au regard de ce qui s'est déjà passé pour des cas similaires.

Par ailleurs l’association turque de la Protection de l’Eau et de l’Environnement a lancé un appel alarmé concernant la disparition éventuelle du lac de Van, dont le niveau d'eau baisse, en plus d'être soumis à une forte pollution. Les pratiques de pêche non réglementaire et intensive (les bords du lac sont touristiques et les poissons pêchés sont aussi une ressource de la restauration locale) menacent d'extinction de nombreuses espèces. (source Armennews).

dimanche, mai 18, 2008

Agenda de la semaine

Conférence "Les chrétiens en Irak"

par le Père Pierre de Charentenay
le 20 mai à Paris à 19h30

Membre de la délégation de Pax Christi qui s’est rendue au Kurdistan irakien en février dernier, le Père de Charentenay, s.j., rendra compte de la vie des chrétiens en Irak au cours d’une conférence avec projection de photos.

Centre Sèvres - faculté jésuite de Paris
35 bis, rue de Sèvres 75006 Paris - métro : Sèvres babylone
Entrée libre.

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Dans le cadre de la sortie en salle du film documentaire de Serge Avédikian « Nous avons bu la même eau » , Arteva, avec le parrainage de la Fondation Internationale Hrant Dink et l’accueil de l’Espace Saint Michel, a proposé Quatre rencontres-débats exceptionnelles avec proojections des films à 19h (durée 72’).

Dernière rencontre avec Claire Mouradian (historienne, écrivaine) et Bernard Dréano (Helsinki Citizen Assembly) le mardi 20 mai à 19 heures :

Les vérités de l’Histoire : comment les hommes peuvent-ils combattre la désinformation, ou venir à bout des tabous ?

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Mercredi 21 mai , de 17 heures à 19 heures

Le CERI-CNRS et la London School of Economical and Political Science organisent un débat :

Turkey: New Developments in Perspective?

Avec Nilüfer Göle, EHESS, Riva Kastoryano, CERI-Sciences Po, CNRS, Kemal Kirisci, université Bogazici, Sevket Pamuk, LSE.

Adresse: 56 rue Jacob, 75006 Paris, Salle de conférences.

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Concert de musique traditionnelle d'Iran
Dimanche 25 mai 2008
de 18 h 00 à 20h00

Avec l'ensemble Mastan, venu du Kurdistan iranien et dirigé par l'ostad Abdulreza Rahnama

Ostad Rahnama : Tanbur ; Nergas Lhoshfeker : chant ; Forod Khamoshian : 'oud ; Navid Ghazvinai : tar, setar ; Negar Kharkan : kemençe ; Ahmad Yahyazadeh : tombak, daf.

La Maison du Daf vous invite à découvrir l'ensemble Mastan, invité du Kurdistan iranien et dirigé par Abdulreza Rahnama, grand maître du tanbur. Composé de cinq musiciens et d'une chanteuse, l'ensemble interprétera les musiques classiques et traditionnelles du monde iranien.

Abdulreza Rahnama est né à Kermanshah en 1963, dans le Kurdistan iranien. Initié à la musique dès l'âge de 2 ans au sein de sa famile maternelle, il se consacre au tanbur et deviendra l'élève du grand maître soufi Amrollah Shah Ebrahimi de Kermanshah. Dans les années 90, il tourne dans le monde entier avec Sharam Nazeri et participe à de nombreux enregistrements. En 1991, il se produit au Théâtre de la Ville à Paris. Aujourd'hui, il joue ses propres compositions et dirige l'ensemble Mastan. Dans son atelier de fabrique d'instruments, il se consacre à la recherche sur la facture instrumentale du tar, du setar et du tanbur, instruments qu'il fabrique lui-même et qu'il vend à la commande dans le monde entier.

Théâtre Adyar : 4, Square Rapp, 75007 Paris, Métro École Militaire (ligne 8).

Réservations et pré-ventes:
Tarif 15€, maisondudaf@yahoo.fr
01 45 51 44 27 / 06 22 83 57 17

samedi, mai 17, 2008

Coup de projo sur : Bahramji

=> A l'écoute ici <=
Aussi surprenant que cela paraisse, l'homme que vous voyez en méditation dans une posture de bouddha ou de yogi est kurde. D'ailleurs si on regarde bien, on lui retrouve le nez rond et les yeux doux des Kermanshahi, sa ville natale. Né en 1952, il grandit dans l'atmosphère des sema soufi et des musiques sacrées propre à cette ville, où l'on est soit soufi soit Yarsan. Il apprend le santûr à l'âge de 13 ans et commence à se produire à Kermansha et dans les environs. A 25 ans, alors que tant de jeunes Iraniens s'infligent "l'exil occidental", lui part étudier en Inde l'art et la politique, à Poona, à l'époque où le turbulent et provocant guru Osho enseignait dans son ashram, fondé 3 ans auparavant, ce qui a eu une influence dans sa formation ; d'ailleurs ce CD est entrecoupé d'extraits où Osho parle de la musique et du divin. A la fin de ses études, il part en Hollande, mais retourne rapidement à Pune, avec sa famille, ou bien réside dans l'Himalaya. En 2003, un séjour à Ibiza lui fait rencontrer d'autres musiciens, d'autres styles. Sa discographie est dailleurs impressionnante (avec peut-être une part d'alimentaire) et couvre un peu tous les genres, du New Age à la musique hindou en passant par la world. Mais ce disque-là, enregistré avec son fils et disciple Bashir retrouve les instruments traditionnels d'Iran, le santûr, le tombak, avec une musique très persane, aérienne et nerveuse.

jeudi, mai 15, 2008

Un imam rouge condamné

Source NetKurd

Décidément, même sous un gouvernement AKP la Turquie ne peut guère se fier aux mollahs kurdes. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir soutenu les assassins du Hezbollah au Kurdistan. Après Sheikh Saïd, Sheikh Saïd Reza (qu'invariablement la doxa kémaliste présente comme des chefs tribaux arriérés uniquement soucieux de défendre leurs privilèges sans connaître une ligne de l'histoire des confréries kurdes) voilà que la République se heurte à des mollahs PKK, faut le faire.

Ainsi l'ancien imam prêcheur (et donc normalement anciennement appointé par la Diyanet de Turquie, et donc censé prêcher un discours plus ou moins officiel) Muhyedin Eryilmaz, qui avait manifesté avec le DTP à Diyarbakir, le 25 février dernier, contre l'intervention militaire turque en Irak, vient d'être condamné à deux ans et demi de prison pour "propagande en faveur du PKK" et aussi pour avoir des idées malveillantes visant à démembrer la Turquie une et indivisible.

Il avait, en effet, dans un discours, protesté contre les opérations de l'armée turque de février dernier, en brandissant le Coran, en plus ; tout juste s'il n'allait pas lancer une fatwa contre Büyükanit. Pour sa défense, son avocat a indiqué que l'unique souci de l'imam était d'empêcher les "effusions de sang". La justice turque a retenu, elle, qu'au lieu de dire "terroriste", l'imam a dit "guerilla", ce qui est assurément, bien au contraire, l'indice d'une âme assoiffée de sang turc. Comble du pire, il n'a même pas parlé d'intervention au "nord de l'Irak", mais a mentionné le "Kurdistan du sud", ce qui sous-entend qu'il pourrait y en avoir un au nord. Non mais, où va-t-on ?

La police a également saisi chez ce pieux terroriste des écrits visant à "justifier les actions du PKK". Finalement, deux ans et demi, ça paraît peu, au regard d'une telle audace...

Radio

Dimanche 18 mai à 8h00 sur France Culture : Grégoire de Narek, évocation du poète et théologien (915-1003). Foi et tradition, J.P. Enriki.

mercredi, mai 14, 2008

"Même si nous leur demandions de revenir dans la Région du Kurdistan, ils refuseraient !"


Interview de l'ancien responsable de l'UPK Nawshirwan Mustafa, par Kamal Rauf, du journal Hawlati.

Né en 1944, Nawshirwan Mustafa est un ancien peshmerga, le co-fondateur de l'UPK et son Secrétaire général adjoint jusqu'en décembre 2006, date à laquelle il démissionna, en raison d'un désaccord entre Jalal Talabani et lui même sur son agenda de réformes électorales au sein du parti. Nawshirwan Mustafa souhaitait notamment lutter contre l'absence de démocratie et le népotisme au sein de l'UPK, et promouvoir le renouvellement des cadres, dont souffre cruellement ce parti. Cela ne l'empêche pas d'être présenté parfois comme le successeur possible de Jalal Talabani à la tête de l'Irak, d'autres lui opposant Qubad Talabani, le propre fils de l'actuel président. Il tente actuellement de créer un centre de média indépendant à Suleïmanieh.


Hawlati : De nos jours, l'incompétence des partis politiques et la corruption dans le gouvernement sont source d'un désespoir profond parmi les jeunes. Jusqu'à quel point ce désespoir peut affecter notre avenir ?

Nawshirwan Mustafa:

Bien sûr, l'absence d'espoir est mauvaise pour toutes les situations et toutes les époques.

Il faut toujours croire en l'avenir et dans le fait que le monde change constamment. On n'arrête pas le cours de l'Histoire. Je crois que l'un des plus grands rôles que la presse indépendante peut jouer est de raffermir l'espoir des citoyens dans le changement et dans l'améliroation de leur condition. Ils ne doivent pas renforcer ce sentiment de désespoir.

Hawlati: Que pensez-vous que la presse indépendante puisse faire pour réduire ce sentiment de désespoir qui imprègne le moral des citoyens du Kurdistan, surtout les jeunes ? Ne pensez-vous pas que le gouvernement est le premier responsable de cette absence d'espoir des citoyens ?

Nawshirwan Mustafa:

C'est vrai. Mais l'autre aspect du problème pourrait être que la presse indépendante a, ces dernières années, seulement eu une attitude critique, et n'a montré que les faces sombres du pouvoir. En d'autres termes, ils ne montrent jamais la face "claire" de ce pouvoir. Dans le même temps, je crois pas que ce sentiment de désespoir ait submergé les citoyens et pour autant que je sache, même parmi les jeunes gens, il y a beaucoup d'espoirs. Parmi les cadres de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) et du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et des autres partis, il y a de l'espoir et des attentes positives envers ce qui peut être amélioré en termes de justice sociale et concernant le problème de la corruption. Je ne sais pas ; moi même, je n'ai pas constaté un tel degré de désespoir parmi les citoyens.


Hawlati: Il y a eu l'idée que les Americains auraient un impact sur la mentalité politique des dirigeants kurdes, surtout après la chute du régime dictatorial de Saddam Hussein. Il y a eu aussi l'espoir que les dirigeants kurdes se préoccuperaient plus attentivement et plus sérieusement des conditions de vie du peuple kurde. Mais il semble qu'à présent toutes ces questions sont brouillées et que le PDK et l'UPK monopoliseront le pouvoir pour toujours. Ne croyez-vous pas que cela puisse être un facteur poussant nos jeunes au désespoir et à perdre toute foi en un possible changement ?

Nawshirwan Mustafa:

D'abord nous ne devons pas croire que dès que l'Amérique vient dans un pays, c'est pour y installer la démocratie et les droits de l'homme. L'Amérique a une stratégie globale. La place de l'Irak dans cette stratégie globale est évidente. L'Amérique est venue pour ses propres intérêts, pour les consolider et remplir ses propres objectifs. L'Amérique n'est pas venue dans ce pays pour apporter les droits de l'homme et la démocratie. Pour cela, nous ne devons dépendre que de nous mêmes et tirer avantage de la conjoncture internationale. Si nous ne dépendons que des USA et leur demandons de faire ceci et cela, ils ne feront rien. Le soutien des Américains aux deux parties (PDK et UPK) joue un rôle dans leur maintien au pouvoir. Mais au moment des élections, la majorité des gens ont voté pour ces deux partis. Ils ne sont pas venus au pouvoir par un coup d'Etat militaire. J'étais l'un de ceux qui ont voté pour eux et encouragé les autres à faire de même.

Hawlati: Dans quelle mesure la mentalité politique des Américains a influencé la mentalité politique des dirigeants kurdes ?

Nawshirwan Mustafa:

Aucune, je crois.


Hawlati: Comment voyez-vous l'avenir des relations entre les USA et le Kurdistan? Êtes-vous optimiste à ce sujet ? Ou prévoyez-vous des changements significatifs?

Nawshirwan Mustafa:

D'abord, dans la mesure de ce que j'ai compris, les Américains sont venus pour rester, et non pour partir. A court et à moyen terme, les Américains resteront en Irak. Mais dans quelle mesure cela aura un impact positif sur la mentalité politique kurde, c'est quelque chose que nous même devons décider. L'Irak est une question internationale. Sur les problèmes de démocratie et de sécurité, les USA entretiennent d'étroites relations avec certains pays de la région, alors même que ces pays ne respectent ni la démocratie ni les droits de l'homme et oppriment au contraire leur propre peuple. La priorité des Américains est de sauvegarder leurs propres intérêts en Irak. De ce fait, la question du renforcement de la sécurité et de la stabilité dans ce pays passe avant celles de la démocratie et du combat contre la corruption. Maintenant, si nous regardons la situation, nous voyons que le poids du Kurdistan s'affaiblit dans la balance américaine, surtout depuis que les Chiites se sont réorganisés et que les Sunnites ont créé les Sah'was. Les intérêts américains en Iraq nécessitent d'accorder une plus grande attention à la Shia et aux Sunnites qu'aux Kurdes. Le rôle de la Turquie dans cette équation est aussi important. C'est la Turquie qui oblige souvent les USA à négliger les droits nationaux des Kurdes.


Hawlati: Donc, que pensez vous : que le poids politique des Kurdes va se maintenir ou diminuer ?

Nawshirwan Mustafa:

Tant que l'Irak ira vers la démocratie et la liberté, le poids kurde augmentera plutôt que diminuera. L'une des raisons à la montée massive de la corruption et des restrictions des libertés politiques au Kurdistan est l'instabilité de Bagdad. Si nous comparons Bagdad et le Kurdistan, si nous regardons le travail des parlements irakiens et kurdes, ne pouvons-nous trancher lequel des deux parlements est le plus actif et a le plus de débats démocratiques ? Où y a-t-il le plus de transparence, en Irak ou au Kurdistan ? Dans quelle partie y a-t-il le plus de liberté d'expression et pour les média, au Centre ou au Kurdistan? Laquelle a le plus de transparence en annonçant et expliquant l'allocation et l'utilisation du Budget et en demandant des comptes aux ministres accusés de corruption et d'abus de pouvoir ? En tous ces points, la démocratie et la transparence sont plus grandes à Bagdad qu'au Kurdistan. Les débats qui ont lieu au Parlement irakien sont plus vivants, intenses et démocratiques que dans notre Parlement. Ainsi, je crois que si la situation à Bagdad évolue vers la stabilité, cela aura un effet sur la situation politique au Kurdistan.


Hawlati: Pensez-vous que le problème de Kirkouk et de l'article 140 seront résolus de la façon que souhaitent les Kurdes ? Que pensez-vous de confier cette question àl'ONU ?

Nawshirwan Mustafa:

Toutes les questions [internationales] qui ont été confiées à l'ONU pour qu'il les résolve sont devenues plus complexes et ont duré plus longtemps. Ce ne sera pas différent pour Kirkouk. Si un mission est donnée à l'ONU, alors cela prendra longtemps, peut-être des années. Et il n'est pas du tout évident que l'issue sera dans l'intérêt des Kurdes, parce que les Kurdes n'ont aucune influence au sein des Nations Unies, tandis que les lobbies des Arabes et des Turcs sont très puissants, plus puissants que les amitiés kurdes dans cet organisme.


Hawlati: On a beaucoup parlé du budget de la Région du Kurdistan, comment il est alloué et comment il est dépensé. On dit que ce Budget n'a aucune transparence. Une rumeur court selon laquelle 23% du Budget total est alloué au ministère des Finances, et que c'est bien plus que ce que le ministère de l'Education et celui de la Santé ont reçu ?

Nawshirwan Mustafa:

Depuis le début [de l'autonomie kurde dans la Région, soit dès 1991] jusqu'à maintenant, il n'y a jamais eu aucune transparence dans les Budgets du Kurdistan irakien. C'est l'une des plus grandes critiques qui lui est faite et l'une des principales raisons qui fait que les partis politiques [PDK et l'UPK] et le gouvernement sont accusés de corruption. Je pense qu'il est normal que les partis politiques, les organisations civiles et les médias reçoivent un soutien financier via le Budget de la Région. Mais je crois pas qu'il soit normal de laisser dans l'ombre ce soutien, sans que personne ne sache ce qui a été dépensé et pour qui. Cet argent est de l'argent publique. Vous êtes libre d'utiliser et de dépenser vos propres fonds privés comme bon vous semble ou de vous enrichir. Mais concernant l'argent publique, vous n'avez pas la liberté de séparer votre propre peuple en deux catégories : l'une richissime et l'autre pauvre. Je pense qu'il est très malsain d'utiliser les fonds publics pour renforcer les partis. Ce serait une bonne chose de révéler la manière dont le Budget est utilisé en ce sens. Il est néfaste de continuer à agir en secret, comme ce que nous constatons à présent.


Hawlati: Les observateurs politiques pensent que les Kurdes ont subi de lourdes pertes dans les luttes internes [entre le PDK et l'UPK]. Ils pensent que l'actuel accord stratégique entre les deux partis nuit au peuple kurde mais d'une façon différente, en restreignant le champ des libertés politiques. Que pensez-vous de l'accord ?

Nawshirwan Mustafa:

Un accord entre l'UPK et le PDK ne peut être que dans l'intérêt du peuple kurde. S'il y a conflit, ce sont les Kurdes qui en pâtiront. Il se peut que cet "accord stratégique" se fasse pour monopoliser le pouvoir et réduire le champ des libertés politiques. Mais cela peut, de la même façon, être utilisé pour élargir le champ des libertés politique et de la démocratie, et pour améliorer les conditions de vie du peuple ainsi que les services, pour empêcher les luttes internes et meurtrières. Par principe, je pense que tout accord entre eux bénéficiera aux Kurdes, mais dans le même temps, je pense qu'aussi longtemps que la rivalité militaire subsistera entre leurs forces de peshmerga, le risque que cette rivalité dégénère en conflit armé subsistera.

Hawlati: Pour envisager les choses autrement, ne croyez-vous pas que cet accord a eu lieu parce qu'aun des deux partis n'acceptait la défaite ?

Nawshirwan Mustafa:

Oui, cela aussi est vrai.

Hawlati: Cet accord peut aussi être interprété de façon négative pour les citoyens en provoquant le ressentiment de la majorité des gens restant en dehors de ces partis, qui ont dépensé toute leur énergie pour changer les choses et améliorer leur vie de beaucoup de façons, alors que ces deux partis jouissent maintenant d'un plus grand bien-être et d'un pouvoir économique ?

Nawshirwan Mustafa:

De façon superficielle, cela peut être le cas. Mais toutes les alternatives nouvelles ont été refusées par le peuple. Au moment des élections, nous avons demandé aux citoyens de voter pour ces deux partis. Si une alternative s'est présentée et si les gens n'ont pas voté pour elle, cela peut indiquer une absence d'espoir parmi eux, mais je ne sais pas si c'est une preuve probante de désespoir.

Hawlati: La preuve en est cette émigration massive des jeunes dans les pays étrangers, les gens qui ont perdu tout enthousiasme pour l'action politique, et il y a de nombreuses critiques émanant des citoyens ici et là envers le pouvoir politique qui n'a pas réussi à se rendre efficace.

Nawshirwan Mustafa:

C'est vrai en grande partie. Mais la jeunesse part en raison de la situation économique qui n'est pas bonne. Quand ils arrivent [dans leur pays de destination] certains d'entre eux continuent de s'impliquer dans une activité politique. Ils ne restent pas oisifs.

Hawlati: Faisant partie de la branche réformiste, vous considérez-vous comme étant dans l'opposition ou juste comme faisant partie d'un groupe critique ?

Nawshirwan Mustafa:

Premièrement nous ne sommes pas une branche en tant qu'entité organisée. Deuxièmement : nous ne sommes pas un groupe d'opposition. L'opposition doit être une alternative aux partis du gouvernement en termes de programme et d'action politique. Nous ne sommes ni un parti, ni une branche. Nous n'avons pas élaboré de programme politique. Nous pouvons donc dire que nous sommes un groupe critique.

Hawlati: Si la situation continue comme maintenant, envisagez-vous dans le futur de former une liste indépendante, de prendre la tête d'un mouvement dans la société actuelle, ou de prendre part aux élections en tant que candidat indépendant ?

Nawshirwan Mustafa:

Je répondrai à ces questions le moment venu.

Hawlati: Comment voyez-vous l'avenir du Kurdistan?

Nawshirwan Mustafa:

Je vois l'avenir brillant pour le pays. Je veux apporter un tremplin pour l'optimisme. Ces 15 dernières années, 50. 000 étudiants ont achevé leurs études universitaires. Ils sont devenus docteurs, avocats, ingénieurs, professeurs, et experts dans différents domaines. Dans ce monde, la richesse d'un pays se mesure à la qualité de ses ressources humaines et non au nombre de barrils de pétrole qu'il produit ou d'or qu'il possède. Nous avons une grande richesse qui est notre jeunesse.

Hawlati: Pensez-vous que le gouvernement est capable d'utiliser cette richesse humaine ? Par exemple, le népotisme et les pots-de-vin sévissent dans les partis politiques, comment pouvons-nous parier, dans ce cas, sur ces ressources humaines ?

Nawshirwan Mustafa:

Jusqu'ici il n'a pas été possible d'utiliser cette richesse nationale, la jeunesse, et la raison en est ce que l'on peut appeler la "Vieille garde". La Vieille Garde contrôle maintenant la vie des partis et le gouvernement. Parmi ces 50.000 diplômés, je ne crois pas que 50 d'entre eux entreront au Parlement ou dans un cabinet mais je suis sûr que cela va changer, et dans pas si longtemps que ça.

Hawlati: Une partie des critiques de notre jeunesse est que les dirigeants des partis kurdes ne prêtent attention qu'à la population âgée et n'essaient pas de former la nouvelle génération à assumer des responsabilités à un niveau dirigeant.

Nawshirwan Mustafa:

C'est un combat que les jeunes doivent mener eux mêmes. Il n'y a aucun exemple dans l'Histoire qu'aucune classe dirigeante ait jamais cédé son pouvoir de bon gré. Ils doivent en être réduits à cela. Par conséquent notre jeunesse doit se lancer dans la compétition et obliger les plus vieilles générations à leur céder la place.


Hawlati: On discute beaucoup aussi du Parlement. Les gens disent que les députés sont tous issus des partis, incapables d'évaluer les problèmes et donc de remplir leur rôle ?

Nawshirwan Mustafa:

J'ai récemment publié un article sur le Parlement. Il est encourageant que ce Parlement bouge : vous savez qu'il n'a pas de grandes compétences. Mais jusqu'ici il avait des vues différentes sur la Loi sur le journalisme, les problèmes de pétrole et de gaz, les lois civiles, les questions de budget, de contrôle et de gestion des finances. Quelque personnes au Parlement ont commencé d'émettre des opinions et de faire bouger cette institution pour une évaluation des problèmes réels. Mais cela n'a pas atteint le niveau nécessaire, ni celui que les citoyens souhaitent. En bref, je ne suis moi même pas satisfait de la situation existante. J'avais espéré qu'il puisse être plus actif et plus efficace. L'une des causes peut en être l'influence des partis politiques.

Hawlati: Que peuvent faire les citoyens pour que ce Parlement soit plus actif et plus efficace ? Par exemple, vous parlez de la Loi sur le journalisme. Il est possible qu'elle puisse être orientée dans une direction encore plus mauvaise. Que peuvent les députés pour rendre le Parlement plus actif ?

Nawshirwan Mustafa:

Je voudrais dire qu'en tant qu'individus, tous les députés sont de braves gens, patriotes, qu'ils aiment leur pays. Au lieu de toujours les critiquer ou de publier leurs photos quand ils dorment, la presse pourrait user de deux approches différentes : d'abord en parlant avec eux, en débattant avec eux et en les encourageant individuellement à devenir plus efficaces. La seconde approche est qu'au lieu de se préoccuper uniquement de les attaquer dans les journaux, elle pourrait leur suggérer des choix raisonnables et des solutions aussi ; ou bien des analyses et des commentaires sur les projets de loi qui seront débattus et décidés, de sorte qu'ils seraient mieux informés et éclairés sur ces sujets. Tous les députés ne peuvent être mesurés à la même aune. Certains sont informés sur le monde extérieur. Il y en a d'autres qui ne sont au courant de rien. Certains sont actifs, d'autres non. Oui, le Parlement n'est pas actif. Il devrait l'être plus qu'aucune autre institution parce que ses membres ne peuvent être limogés et punis pour ce qu'ils disent, alors que tous les membres des instances dirigeantes au sein des partis et du Cabinet peuvent être changés. Les députés ne peuvent être révoqués jusqu'à ce que leur mandat ait pris fin ou bien qu'ils choisissent de démissionner. Ils ont une immunité dont ils peuvent user. Ils peuvent se mettre en avant et militer pour une plus grande activité et imposer leur nom pour les élections suivantes. Les journalistes peuvent les aider en cela en coopérant avec eux et en les encourageant plutôt que d'exposer seulement leurs défauts.

Hawlati: Mais vous ne pensez pas que l'incompétence du Parlement résulte du système qui prévaut, dans lequel les partis interfèrent en tout, ou bien est-ce juste qu'il n'y a pas de parlementaires compétents ?

Nawshirwan Mustafa:

Je pense que la raison principale est l'interférence des partis politiques.

Hawlati: Aujourd'hui, la presse indépendante subit de fortes attaques de la part des médias des partis dominants. Qu'en pensez-vous ? est-ce que cela vient de l'approche du PDK et de l'UPK envers la presse indépendante ?

Nawshirwan Mustafa:

Vous croyez en la liberté d'expression. Se défendre est un des aspects de cette liberté d'expression. Eux mêmes étant constamment en butte aux critiques de la presse libre, ils répondent à ces critiques.

Hawlati: Qu'est-ce qui peut être fait pour que la presse indépendante touche davantage les citoyens ?

Nawshirwan Mustafa:

Elle devrait être plus exacte et plus honnête en publiant ses informations et en traitant les sujets. Le plus important est qu'ils cessent de présenter uniquement le côté sombre des situations et les aspects frustrants des événements. Les réussites et le bon travail devraient être relevés dans les journaux, de sorte que le pouvoir politique et les dirigeants des partis ne puissent plus penser que la presse indépendante n'est là que pour s'opposer à eux. Oui, elle doit critiquer le gouvernement et les actions néfastes du pouvoir politique. C'est la tâche principale des journalistes. Malheureusement, dans ce pays nous n'avons pas été capables de consolider ce Quatrième Pouvoir bien que les autres pouvoirs soient faibles aussi. Mais de tous le Quatrième Pouvoir est le plus faible. Pour le rendre puissant et efficace, les nouvelles, les opinions, les écrits et les analyses doivent être fondés sur des règles de vérité et de rigueur.


Hawlati: Il y a une rumeur selon laquelle le congrès de l'UPK sera annulé jusqu'à que des discussions aient lieu entre vous et ceux qui sont critiques envers le parti ; et qu'ainsi aucun congrès ne pourra se tenir jusqu'à ce que ce problème soit résolu ?

Nawshirwan Mustafa:

Je n'ai aucune information là-dessus et n'ai été approché par personne à ce sujet.

Hawlati: Si cela se produit, serez-vous ouvert à une négociation ?

Nawshirwan Mustafa:

Je suis en dehors de ces questions. Mais il y a un certain nombre de personnes du Bureau politique avec qui ils peuvent négocier.

Hawlati: Envisagez-vous la possibilité de retourner au sein de l'UPK ?

Nawshirwan Mustafa:

Actuellement, pas du tout.

Hawlati: Quatre partis ont présenté un memorandum au gouvernement. Qu'en pensez-vous ? Est-ce qu'ils peuvent devenir un groupe d'opposition ou faire partie de ce gouvernement ?

Nawshirwan Mustafa:

Je me dois de donner mon opinion là-dessus : il n'y a pas d'opposition. J'ai dit que ces quatre-là pourraient participer au gouvernement et soutenir le PDK et l'UPK sur les questions importantes. Mais s'ils ne participent pas au gouvernement et jouent un rôle d'opposants ces deux partis peuvent les affamer à mort. Leurs cadres ne seront pas payés, leurs officiels ne recevront aucun traitement et ils n'auront aucun moyen financier de se maintenir à flot. C'est très triste mais c'est le cas et j'en suis moi même désolé. Mais je pense qu'ils peuvent faire un bon travail en continuant de faire pression pour l'application des requêtes qu'ils ont présentées dans leur memorandum.

Hawlati: Pensez-vous qu'il y a un début de transformation dans leur relations avec le PDK et l'UPK ?

Nawshirwan Mustafa:

Je ne pense pas. Je pense que le but est d'obtenir plus d'avantages du gouvernement.

Hawlati: On dit souvent que Nawshirwan Mustafa parle seulement du passé et n'a jamais rien à dire sur le futur alors qu'il en en position d'apporter des changements ?

Nawshirwan Mustafa:

Oui. Je parle du passé afin d'en tirer des leçons pour le présent. La série d'articles que j'ai écrit était une forme de philosophie politique pour le gouvernement. Quand nous réclamons que les partis soient écartés des pouvoirs exécutif et législatif, cela veut dire que les partis doivent quitter les universités, les forces des peshmarga et la sécurité. Rien que cela est une approche politique différente de ce qui a toujours été jusqu'à présent. C'est quelque chose pour le futur. Quand vous dissociez le parti de l'Etat, alors l'Etat devient une institution indépendante. Mais actuellement le parti a remplacé l'Etat. C'est le parti qui dirige les pouvoirs exécutif et législatif et les autorités universitaires. Cette approche ne concerne pas le passé, mais le présent. Les anciennes questions dont j'ai parlé telles que les négociations entre le Front du Kurdistan et le régime du Baath se répètent maintenant entre les Kurdes et Bagdad sur la question de Kirkouk et d'autres questions. Je ne fais pas de l'histoire pour faire de l'histoire. Et quand j'appelle les partis à quitter le Parlement et à se séparer du gouvernement, je parle du présent.

Hawlati: Des observateurs pensent que le pouvoir du gouvernement central (Bagdad) pourrait se renforcer dans la région et ils considèrent cela comme la perte d'un acquis important du Soulèvement (de 1991) et d'indépendance ?

Nawshirwan Mustafa:

Non, ce n'est pas le cas. Les conditions actuelles se consolident chaque jour et il ne sera plus possible d'avoir un pouvoir central à Bagdad dans la forme qui a existé précédemment. Cela ne sera pas accepté par le peuple kurde et même par les dirigeants kurdes.

Hawlati: le PDK et l'UPK contrôlent les petits partis via les fonds qu'ils leur allouent. Ne pensez-vous pas que le gouvernement central peut user de la même méthode ? Contrôler les partis politiques et le Kurdistan à travers le budget qui lui est alloué ?

Nawshirwan Mustafa:

Non, ce qu'ils nous donnent n'est pas une faveur. C'est notre part [constitutionnelle] du Budget total du gouvernement irakien.

Hawlati: Ce que le PDk et l'UPK donnent aux autres partis n'est pas en principe une faveur, mais en pratique ça l'est devenu, non ?

Nawshirwan Mustafa:

Oui, maintenant le PDK et l'UPK donnent des fonds aux autres partis comme une faveur. Mais àBagdad il y a un Etat, au sein duquel nous sommes partenaires. Nous participons à la présidence de la République, au gouvernement et au Parlement. Le Budget que nous recevons vient des revenus de l'Irak. Pendant longtemps l'Irak a survécu avec le pétrole de Kirkouk, maintenant nous recevons les bénéfices du pétrole de Basra. Cela s'est retourné en notre faveur.

Hawlati: Mais dans vos propres écrits vous n'êtes pas satisfait de l'action des officiels kurdes à Bagdad. Vous ne croyez pas que l'Irak peut utiliser leur faiblesse pour regagner un contrôle sur la Région du Kurdistan ?

Nawshirwan Mustafa:

Non, je crois qu'à présent, même si nous leur demandions de retourner dans la Région du Kurdistan, ils refuseraient !

Hawlati, Sulaïmanieh, 30 avril 2008.



mardi, mai 13, 2008

Le kurde dans le monde


Le français dans le monde, n° 355, février 2008.

Un cocorico (enfin un cacabement de perdrix kurde) poussé par Rizgari, découvrant le classement, fait en février dernier, par la revue Le Français dans le monde, de la langue kurde, qui se place en 31° position par ordre d'importance, sur un total de 88 langues, talonnant le turc (en 26° position) et dépassant le persan (40°).

Les critères de classement d'une langue étaient, entre autre :

- Le nombre de locuteurs.
- La représentation sur Internet.
- Le nombre d'Etats qui ont cette langue pour langue officielle.
- Le nombre de traductions faites dans et à partir de cette langue.
- Le nombre de films, de livres, de musiques, et même de prix Nobel que comprend cette langue.
- Le nombre de logiciels faits dans une langue.
- La progression du nombre de ses locuteurs, etc.

Bon, le Kurde n'ayant pour le moment qu'un Etat où il est langue officielle (l'Irak), pas encore de Nobel et subissant plutôt les tentatives acharnées de trois Etats pour faire baisser le nombre de ses locuteurs, on peut avouer qu'il ne s'en sort pas mal, sans doute par une activité assez soutenue sur Internet et dans la traduction des logiciels, en plus des publications assez importantes, que ce soit pour les livres ou les revues, la création ou la traduction, au Kurdistan d'Irak et aussi, malgré les difficultés et le peu d'aide qu'ils reçoivent de l'Etat, en Turquie.

Evidemment, le classement comprend le kurde toutes catégories confondues (langue morte ou vivante). Mais à ce sujet, le ministre de l'Education qui avait appuyé ce brillant projet commence à mettre de l'eau dans son arak, un peu désarçonné, semble-t-il, par la volée de bois vert en kurmanji qu'il s'est prise sur le dos. Finalement, le Kurdistan ne sera pas la Turquie bis du kurmanji...

Ainsi, il revient un peu sur sa position en prenant ses distances avec les quelques 53 intellectuels et écrivains de langue soranî (et de Sulaïmanieh) qui avaient réclamé que le kurmanji devienne "langue morte". Le ministre précise donc qu'il s'est bien penché sur la question avec quelques académiciens et autres experts en tant que ministre mais que bon, il prendra sa décision comme un grand, et qu'il n'est pas question d'imposer un dialecte au détriment d'un autre, en tout cas pas sans "dialogue" préalable. Quant à la question de savoir qu'il approuvait ou désapprouvait ces 53 croisés anti-kurmanji, le natif de Sulaïmanieh répond qu'il n'est ni pour ni contre (bien au contraire ?) car cela n'entre pas dans ses fonctions. Il nie également ce qui avait été annoncé dans les média, à savoir la suppression des cours en kurmandji à Sulaïmanieh.