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Les Kurdes du Liban

Selon Vladimir van Wilgenburg le Secrétaire Général du Parti Démocratique du Kurdistan- Liban a condamné "l'agression israélienne contre un autre Etat" et les morts civiles. Il exprime aussi son soutien aux actions du Hezbollah, notamment l'enlèvement des deux soldats, tout en reconnaissant que la tactique n'était pas la bonne, et en critiquant au passage les dirigeants libanais pour leur incapacité à "unifier le pays".

Ce n'est pas tant cette position prudente et sans surprise qui est intéressante, mais l'histoire des Kurdes du Liban, telle qu'elle est longuement détaillée dans le n°7 d'Etudes kurdes par Lokman Meho et Farah Kawtharami.

Les Kurdes commencèrent d'arriver dans ce pays à la fin de la Première Guerre mondiale et surtout après les révoltes de Sheikh Saïd en 1925, et puis durant toutes celles de l'entre-deux-Guerres. A ce moment, la Turquie réprimait assez sauvagement les mouvements kurdes, allant même jusqu'à des massacres de grande ampleur et des actions génocidaires. Dans le même temps, la France, qui avait mandat sur la Syrie et au Liban régnait plus doucement et surtout ne réprimait pas les Kurdes dans leur existence et leur expression. Il y eut aussi, à partir des années 60,une vague d'émigration économique.

Mais mis à part les migrants économiques la plupart des émigrés kurdes au Liban furent originaires de la région de Mardin. Ils se divisent en gros en deux groupes linguistiques, celui des kurmandji (le kurde du nord) et les Mardalli parlant un dialecte arabe. L. Meho estime que les Kurdes forment le second groupe "ethnique" au Liban après les Arméniens, bien qu'aucun recensement n'ait pu être établi. Avant 1985 ils pouvaient être autour de 70.000, mais ce nombre a dû baisser pendant la guerre civile.

Socialement et économiquement, c'est une des communautés les plus faibles, les moins instruites et des plus défavorisés du pays. Ils ont été ou sont encore agriculteurs, manouvriers, ouviers ou bien travailleurs non qualifiés. Le problème majeur est celui de leurs papiers d'identité. Ils ne possédaient pas, en effet, la nationalité libanaise et ne la demandèrent même pas avant 1941, y voyant peu d'utilité (toujours un train de retard, oui, on sait), jusqu'à ce qu'en 1941, ils réalisent que le système des cartes de rationnement d'alimentation les excluait de fait. Or un an auparavant, en 1940, une loi venait juste de restreindre l'accès à cette citoyenneté (auparavant il suffisait d'avoir vécu 5 ans consécutifs dans le pays ou d'avoir épousé un(e) Libanais(e)).

En 1960, Kemal Djoumblatt leur accorda une citoyenneté "indéterminée" qui permettait à ceux qui en bénéficiaient d'obtenir pour leur enfants la nationalité libanaise s'ils étaient nés au Liban. Mais cette mesure fut annulée en 1962 sous la pression des chrétiens, qui s'ils étaient favorables à la naturalisation des Arméniens, s'opposaient à celle des Kurdes musulmans par peur de faire basculer l'équilibre démographique entre les groupes religieux du pays. On instaura donc des "cartes de substitution", qui permettaient de circuler dans et hors le Liban, et d'avoir accès à l'école publique, mais c'est tout (Ce titre ressemble d'ailleurs à celui qu'ont reçu les Kurdes de la Djezireh syrienne quand ils furent déchus de la nationalité par la Syrie pour cause de campagne d'arabisation majeure des régions kurdes de l'Est). Ces cartes de substitution ne donnaient pas le droit de vote et ne permettaient pas d'exercer un emploi publique. C'étaient finalement des permis de séjour et de travail, sauf qu'ils étaient héréditaires.

La question fut enfin résolue par Rafik Hariri le 21 juin 1994, qui permit à la majorité (entre 10.000 et 18.000) des Kurdes du Liban pas encore citoyens d'être naturalisés, malgré une vive oppostion chrétienne (toujours cette peur de la suprématie démographique musulmane).

Mais bon, cet état de fait a handicapé longtemps les Kurdes et peut expliquer qu'ils restent à ce jour assez nombreux dans les classes populaires et peu éduquées du pays. Auprès des autres musulmans, ils ont pour défaut de n'être pas Arabes, et en tant que musulmans se heurtent à la méfiance des Chrétiens ou à l'indifférence des Druzes. Mais leur nouvelle citoyenneté (et donc leur nouveau statut d'électeurs) a amené tout de même les partis politiques (sunnites) à s'intéresser à ce nouveau vivier de citoyens et donc à chercher à améliorer leurs conditions.

Les Kurdes du Liban ne sont d'ailleurs pas isolés du reste des Kurdes. Beaucoup de militants kurdes syriens s'étaient réfugiés au Liban après 1958 et l'impact des révoltes kurdes en Irak et en Turquie joua sur la cosncience politique des Kurdes du Liban. Ainsi le Parti démocratique kurde du Liban, dont il est question au début de ce post, créé en 1970, fut d'abord et avant tout une branche libanaise du Parti démocratique du Kurdistan d'Irak (tenu par les Barzani) et reçut aussi le soutien du Parti démocratique kurde de Syrie. Il se dissout ensuite dans de multiples scissions et rivalités internes, rapprochant les partis kurdes libanais des partis kurdes syriens, qui ont aussi la même tendance aux scissions amibiennes, jusqu'à disparition totale du mouvement initial.

A côté des partis, de nombreuses associations, clubs sportifs, etc, tenus par des familles qui reproduisent finalement assez bien le clanisme politique libanais et entretiennent les mêmes relations patrons-clients avec leurs électeurs ou membres. Cette importance des associations comme al Rawdah, ou le Club sportif des Cèdres, s'expliquent par le fait que la majorité des Kurdes ne votent que depuis 1994. En dehors de leurs propres partis qui ne pouvaient prendre part à la vie politique libanaise, ils ont cherché l'appui des leaders sunnites dans les années 60 et 70, et durant la guerre civile, sont d'abord restés neutres, puis ont pris les armes contre les Phalangistes qui les chassèrent en même temps que les Palestiniens des quartiers Est.

Ils ont pu ainsi combattre pour les Nasséristes indépendants, les Communistes, des formations palestiniennes comme le FPLP. Par ailleurs, les Kurdes du PKK venaient de Turquie s'entraîner dans les camps libanais, et des peshmergas d'Irak ou de Syrie se sont parfois engagés avec les Palestiniens dans un grand mouvement général anti-impérialisme américain-libération socialiste du Moyen-Orient, nonobstant le soutien (qui ne devait pas durer et fut assez félon) des USA au PDK de Mustafa Barzani. Les Kurdes libanais se sont aussi frittés avec la milice chiite 'Amal (difficile de savoir pourquoi sauf parce qu'ils sont sunnites et combattaient pour des mouvements sunnites). Ils s'allièrent un temps avec les Druzes, mais à la fin, ils se retrouvèrent avoir combattu pour rien, ne recevant d'aide ni des Druzes, ni des Arabes sunnites, ni des chrétiens.

Le PKK eut naturellement ses affidés au Liban mais son influence baisse assez drastiquement depuis l'arrestation d'Öcalan. La formation d'un Etat kurde quasi indépendant a pu augmenter le prestige et l'influence du PDK, tant en Syrie qu'au Liban, mais il ressort de la dernière déclaration du PDK-Libanais, que ces partis kurdes (sauf bien sûr le PKK) cherchent plutôt à s'inserrer dans la vie politique libanaise, tout en attendant peut-être du Kurdistan d'Irak une aide et un soutien financier en contrepartie de leurs engagements dans les révoltes successives des Kurdes d'Irak.

(source : La Communauté kurde au Liban : le présent et l'avenir ; L. J MEHO et Farah KAWTHARAMI, Etudes kurdes n° 7, mai 2005.)


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