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Six mois après les élections, le Kurdistan d'Irak attend encore son 8ème Cabinet et l'UPK son Secrétaire général



Six mois après les élections législatives de septembre 2013, qui ont vu la victoire du parti présidentiel, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), et la défaite de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) au profit de Gorran, le principal mouvement d’opposition, le Gouvernement régional kurde n’a toujours pu former son huitième Cabinet.

Le 5 février, une rencontre a eu lieu entre le Premier Ministre de la Région, Nêçirvan Barzani, et Nawshirwan Mustafa, le leader du parti Gorran, mais n’a pu déboucher sur un accord et aucune des parties n’a fait de déclaration officielle pour conclure l’entretien.

Le principal blocage provient des revendications respectives de l’UPK et de Gorran, ces deux partis rivaux implantés à Suleïmanieh, tous deux prétendant avoir droit, par exemple, au poste de vice-Premier ministre de la Région, qui était auparavant donné à un membre de l’UPK quand le Premier ministre était PDK, ce qui est actuellement le cas. 

Gorran peut prétendre à ce poste de vice-Premier Ministre en raison de sa victoire incontestable sur l'UPK qu'il a devancée aux dernières élections, mais l’UPK argue de son alliance de longue date avec le PDK, estimant que ce dernier n’a pas à le léser de cette fonction, qui est peut-être importante à ses yeux aussi par ce qu’elle représente : le principe de partage du pouvoir entre ministre et ministre-adjoint fut pour la première fois instauré après les élections de 1992, en vue d’éviter (en vain) la guerre civile. Y renoncer entérinerait au grand jour le recul en influence et en poids politique de l’UPK qui est passé de la 2ème à la 3ème place.

Aram Sheikh Mohammed, à la tête du bureau des élections du parti Gorran, et qui fait office de porte-parole de Gorran dans les négociations et auprès de la presse, accuse le PDK et surtout l’UPK de ce retard, en les blâmant d’être incapables de renoncer aux modalités d’un compromis hérité de l’histoire politique kurde, mais qui n’est plus de mise aujourd’hui, en raison de la nouvelle donne issue des les urnes.

Par contre, le journaliste politique Asos Hardi y voit plus, de la part du PDK, un manque de volonté, voire une indifférence envers la résolution du conflit, d'autant que cet état de fait lui profiterait, en termes de pouvoir et d'influence. Il a ainsi expliqué sur la chaîne KNN que tant qu’un gouvernement n’est pas formé, « toutes les centres de décisions importantes sont contrôlés par les politiciens et les officiels du PDK ». 

Selon Asos Hardi, la formation du huitième cabinet achoppe sur trois points : le fait que tous les partis souhaitent entrer ou rester au gouvernement ; le conflit interne à l’UPK qui connaît, depuis le retrait de la vie politique de Jalal Talabani, une crise grave de gouvernance, laquelle est en partie responsable de sa défaite dans les urnes ; enfin, « l’indifférence » du PDK qui profite de l’affaiblissement de son rival et de ses affrontements avec Gorran sur le terrain pour mener une politique à peu près indépendante. 

Le 11 février, alors que l’opinion publique s’impatientait et que des manifestations de protestation étaient tenues à Suleïmanieh, par des organisations et associations civiles, le PDK et Gorran annonçaient être parvenus à un accord, le parti de Mustafa acceptant de recevoir les postes de ministre de l’Intérieur à la place de celui du vice-Premier ministre, et celui de président du Parlement à la place des fonctions de Vice-président de la Région.

L’UPK garderait donc les fonctions de vice-Premier Ministre. Quant au poste de ministre de l’Intérieur qui reviendrait à Gorran, l’accord stipulerait d’obtenir pour cela l’assentiment de tous les partis politiques membres du Cabinet.

Mais à peine cet accord était-il annoncé dans la presse, que Gorran démentait, en la personne d’Aram Sheikh Mohammed, toute décision définitive : « Il n’y a rien d’officiel qui a résulté des débats menés par le mouvement [Gorran] avec le PDK. »

Selon le journal Shafaaq News, l’insistance de Gorran à mettre la main sur les fonctions de l’Intérieur (qui est aussi celui des Peshmergas) tient à son désir de prendre le contrôle effectif de la province de Suleïmanieh devant un UPK récalcitrant à lui laisser le pouvoir. Gorran accuse aussi l’UPK (et dans une certaine mesure le PDK) d’avoir fait pression sur l’électorat, via les forces de l'ordre, et surtout sur les fonctionnaires, pour infléchir leur votes. Il affirme ainsi que le gouvernement précédent a renvoyé 1000 employés de plusieurs administrations, parce que soupçonnés de sympathies ou d’appartenance au parti de Nawshirwan Mustafa.

Le 13 février, une délégation de Gorran, menée par Mustafa, arrivait à Erbil pour y rencontrer cette fois le président de la Région, Massoud Barzani. Nawsirwan Mustafa aurait insisté pour qu’un cabinet soit formé « le plus rapidement possible », ce qui aurait rencontré l’assentiment du président, comme l’a ensuite déclaré au journal Awene, le porte-parole de Gorran sur cette question, Aram Sheikh Mohamed.

De cette entrevue, il ressortait, selon la chaîne KNN, que les postes de Premier Ministre et celui de ministre des Ressources naturelles (un poste-clef alors que la crise avec Bagdad sur les questions de Pétrole et des hydrocarbures est à son comble) reviendraient au PDK, tandis que Gorran se serait vu confirmer l’attribution de l’Intérieur et les fonctions de président du Parlement.

Cependant les discussions étaient toujours en cours à la mi-février, et le Dr. Ako Hama Karim, un des membres de la délégation de Gorran, répétait que son parti ne céderait jamais sur l’attribution du portefeuille de l’Intérieur, « une ligne rouge », et conditionnait toute participation future au huitième cabinet. Selon l’agence Sharpress, le PDK aurait proposé à Gorran de renoncer à l’Intérieur et de prendre le ministère des Finances, mais sans succès.

L’entente entre le PDK et son ancien allié l’UPK va-t-elle se détériorer au fur et à mesure que traînent les négociations et que Gorran obtient peu à peu les postes qu’il réclame ? Les deux partis se rejettent en tout cas mutuellement la responsabilité des blocages. L’UPK ne semble pas prêt à « lâcher l’Intérieur » s’il faut en croire un membre (resté anonyme) de son bureau politique, se confiant au journal Hawlati : selon lui, son parti n’aurait pas encore accepté l’attribution de l’Intérieur à Gorran et ferait toujours pression en ce sens, sur le PDK dans les négociations, souhaitant obtenir soit l’Intérieur, soit les Peshmergas (avec une préférence pour le premier). Wasta Rasul, un autre responsable de l’UPK aurait même affirmé que son parti ayant « la force militaire », l’Intérieur lui revenait donc de plein droit, ce qui est une curieuse conception de l’exercice démocratique du pouvoir, et rappellerait plutôt l’utilisation catastrophique des milices partisanes au Kurdistan d'Irak durant toutes les années 1990.

En ce qui concerne le poste de Vice-Premier Ministre, trois candidats UPK seraient en lice : Hakim Qadir, membre de l’exécutif du Bureau politique, Imad Ahmed, lui aussi membre du Politburo de l’UPK et actuel vice-Premier Ministre, et enfin Qubad Talabani, le fils du président irakien et Secrétaire général de l’UPK, Jalal Talabani.

Car la situation politique héritée de l’effondrement politique de l’UPK est encore compliquée par les remous internes de ce parti, et sa récente défaite n’a pas apaisé les dissensions entre ses dirigeants se disputant la succession de Jalal Talabani, avant et après les élections.

Ainsi, le quatrième congrès de l’UPK, qui devait se tenir le 31 janvier, a été reporté sine die par les instances dirigeantes du parti.

Le 2 février, le secrétaire général adjoint de l’UPK, le Dr. Barham Salih a alors démissionné de ses fonctions en déclarant à la presse qu’il n’était plus, dorénavant et jusqu’à ce que son parti tienne son quatrième congrès et réussisse enfin à résoudre ses problèmes, qu’un « membre ordinaire de l’UPK.

La démission de Barham Salih et le report à une date indéterminée du Congrès inquiètent le gouvernement kurde car cela ne peut qu’aggraver le mauvais climat sécuritaire de la province de Suleïmanieh, secouée récemment par plusieurs assassinats à caractère politique. Le Premier Ministre Nêçirvan Barzani, en apprenant la nouvelle, a averti que tout danger menaçant la « sûreté » et la « stabilité » de cette province serait une : »ligne rouge ». Le journal Rudaw a fait aussi état de délégations iraniennes s’efforçant de servir de médiation au sein de l’UPK, l’Iran s’inquiétant de la « descente aux enfers » du parti kurde avec qui il entretient des relations plus étroites qu'avec les autres partis kurdes.

La démission de Barham Salih serait directement liée, selon le journal Awene, à sa mésentente avec Hero Talabani, considérée comme peu encline à le laisser prendre prendre la succession de son mari au sein du parti. Mais Barham Salih aurait dit à Hero Talabani qu’il était en droit de prendre les fonctions de Secrétaire général. Awene indique que des sources au sein de l’UPK font état d’échanges plutôt vifs dans un langage « rude » entre Barham Salih et Hero Talabani, le premier ne voulant plus endosser la politique actuelle de l’UPK en tant que simple exécutant.

Hero Talabani, le 21 janvier, avait réfuté les rumeurs qui lui attribuaient la volonté de différer la 4ème Convention, affirmant au contraire qu’elle faisait de son mieux pour la faire tenir et aboutir. Cinq jours plus tard, le conseil de direction et l’assemblée générale de l’UPK, deux organes du parti considérés comme étant plus sous l'influence de l’épouse de Jalal Talabani, se réunissaient et décidaient d’ajourner la Convention, jusqu’à ce que la situation du parti soit plus « appropriée » pour une telle tenue.


Le Dr. Shoresh Hassan, maître de conférence à l;université de Suleïmanieh, s’exprimant sur la chaîne KNN, a émis l’opinion que les dernières divisions et déclarations des diverses factions de l’UPK n’étaient pas exemptes d’arrière-pensées politiques, chacun des meneurs essayant de gagner la sympathie des membres du parti, en vue des futures élections internes devant désigner le nouveau Secrétaire général de l’UPK. Kosrat Rassoul, Hero Talabani et Barham Salih sont vus actuellement comme les trois candidats les plus susceptibles de l’emporter.

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