Ramadan : Finalement, Ankawa en est dispensé...

Après la publication d'une déclaration, du gouvernorat d'Erbil, publiée initialement par AkNews, sur l'obligation pour les boutiques et les bars du quartier chrétien d'Ankawa, de tenir portes closes le temps du Ramadan, d'autres responsables du Gouvernement ont finalement démenti cette obligation, après une contre-enquête du journaliste Vladimir van Wilgenburg pour Rudaw.

Nous apprenons ainsi que, contrairement à ce qu'aurait affirmé Sirwan Faris, directeur général du gouvernorat, à savoir que tous les contrevenants chrétiens seraient sanctionnés, la prohibition d'alcool ne concerne finalement pas les chrétiens. Cette fois-ci, la rectification (ou la volte-face ?) émane du gouverneur en personne, Nawzad Hadi, mais dans des termes assez ambigus : "Ils se peut qu'ils le fasse d'eux-mêmes. Les musulmans et les chrétiens se respectent ici. Ce n'est pas une question de loi."

Or rappelons qu'Ankawa est une banlieue chrétienne et réputée pour telle, et fort excentrée d'Erbil. Un musulman pieux à qui la moindre enseigne vantant les bienfaits d'Efes Pilsen ou d'Absolut Vodka fait mal aux yeux, n'est pas obligé de s'y rendre pour constater, sur place, que certains chrétiens y sirotent, irrespectueusement ou non, des spiritueux... 

En tout cas, selon le reporter dépêché héroïquement pour tester ce qu'on sert dans les pubs d'Ankawa, il semble que les tenanciers ne soient guère au courant des consignes initiales, pas plus que de leur démenti. Ainsi, Sirwan Faruq, qui  tient une boutique d'alcool confirme qu'il n'a reçu aucune interdiction particulière et ajoute même, drôlement, cette précision qui est peut-être la source de toute l'histoire : "Il y a même des musulmans qui viennent ici. Ils continuent de venir et disent 'Salaam 'Aleykoum' [salutation typiquement musulmane]."

C'est peut-être là ce qui chiffonnaient les autorités d'Erbil : À savoir que si l'on additionne tous les commerces d'alcool d'Ankawa, de Shaqlawa, de Duhok (+ LA boutique d'Amadiyya) et qu'on met ces chiffres en parallèles avec les quelques 150 000 chrétiens de la Région, nouveaux-nés compris, on se doute bien que toute la clientèle de ces boutiques-là est loin d'avoir reçu le baptême. Le gouvernorat tentait peut-être de tarir au moins provisoirement la source de la perdition pour les jeûneurs (qui, de toute façon, sont censés être abstèmes tout le reste de l'année).

De ce qu'il ressort des fermetures de boutiques et de bars, donc, c'est que le "choix" est laissé à chacun de fermer ou non, ou de continuer à tourner, parfois "rideau baissé", comme l'explique un garçon de café originaire de Bagdad et réfugié à Erbil. Probablement plus pour cacher le chaland non-chrétien embarrassé, qui n'aimerait pas trop être vu en train de s'approvisionner en Chivas, que pour ne pas heurter les sensibilités des fidèles de l'Oumma...

Le chef de la police, Abdul Khaliq, dont les hommes, selon Sirwan Faris, auraient été chargés de patrouiller et de verbaliser les contrevenants, dément à son tour que sa tâche, durant tout ce mois, sera de terroriser Ankawa :"Nous n'obligeons aucun d'entre eux à fermer leurs bars. Ils le font d'eux-mêmes. Historiquement, les chrétiens d'Ankawa respectent les musulmans. Sans aucune intervention du gouvernement, certains chrétiens ferment leurs bars."

Et là, un mauvais esprit ne peut s'empêcher de penser que durant le ramadan, les boutiques de spiritueux peuvent décider de fermer, effectivement, mais surtout en raison de la baisse ponctuelle et non durable de la clientèle...

(source : Rudaw.net)


'Stupidity, however, is not necessarily a inherent trait.'
Albert Rosenfield.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Manuel de Soureth ou comment apprendre la langue des anges

Le syriaque, langue d'Abraham, des soufis et des Anges

L'alimentation kurde comparée à celles des autres communautés du Kurdistan : Arméniens, Assyro-Chaldéens et Juifs