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Parution : Correspondence between Eugenio Pacelli secretary of state and Angelo Giuseppe Roncalli apostolic delegate to Turkey , (1935-1939)



Extraits :


Angelo Giuseppe Roncalli, Apostolic Delegate to Turkey

La nomination de Mgr  Angelo Giuseppe Roncalli comme nonce apostolique  de Turquie en 1935 ouvrit une phase nouvelle dans les relations entre le Saint-Siège et Ankara.  Il avait régi sa vie au principe de l'adaptation  et avait déjà écrit, en 1933, que l'évangélisation n'était pas permise en Turquie, mais qu'il était seulement possible d'y défendre l'ordre existant. Il avait donc appliqué ces principes au pays anatolien.

J'ai consulté des documents très sensibles, allant des années 1920 aux années 1930, dans les Archives secrètes du Vatican (Archivio Segreto Vaticano, ASV) et de la Congrégation des Églises orientales (Archivio della Congregazione per le Chiese Orientali, ACO), qui avait reçu un mandat papal pour être au contact des églises catholiques orientales afin qu'elles puissent perpétrer leur héritage et leurs traditions. 
D'autres documents, datant des années 1930 et 1940, ont été trouvés aux Archives historiques du Ministère des Affaires étrangères (Archivio Storico del Ministero degli Affari Esteri, ASMAE) à Rome. Ces documents montrent comment Mgr Angelo Giuseppe Roncalli, qui devait plus tard devenir le pape Jean XXIII, voyait la Turquie et son gouvernement, l'Anatolie orientale, ses populations chrétiennes et kurdes, et comment il offrit une aide humanitaire à la Grèce en 1941-1942. Son but était d'améliorer les relations avec Ankara et sa position était semblable à celle des autres diplomates européens : ils étaient prêts à soutenir la politique de Kemal Atatürk comme un moyen de moderniser la Turquie.


(…)

Les Assyro-Chaldéens, les Kurdes, Roncalli and Pacelli

La géographie a joué un rôle déterminant dans l'histoire du Kurdistan et du nord de la Mésopotamie.  C'était une zone-tampon entre l'empire romano-byzantin et l'empire perse. À l'époque moderne, elle a fait partie de l'empire ottoman. Après 1918, elle fut partagée entre la Turquie, la Syrie et l'Irak. Dans la période entre les deux guerres mondiales, la région kurde vécut des années d'incertitude. Durant ces deux décennies, des milliers d'Assyro-Chaldéens et de Kurdes transitèrent par le Kurdistan de Turquie, cherchant à sauver leur vie en se réfugiant en Syrie, alors sous mandat français, et en Irak, alors sous mandat britannique. De nouveaux États furent créés, les nationalismes turc et arabe furent insaurés, et les communautés les plus faibles durent trouver leurs propres stratégies de survie. 
Là encore, j'ai consulté des documents très sensibles, datant des années 1920-1930, dans les archives du Vatican,  sur la présence de réfugiés chrétiens et kurdes dans la région syrienne de la Jazirah, alors sous mandat français, et à Zakho, au nord de l'Irak, alors sous mandat britannique. Les documents d'archives nécessitent une analyse minutieuse, car ils doivent être replacés dans un contexte historique assez large, et une analyse hâtive peut être réfutée ou interprétée dans un sens différent par des documents postérieurs. La plupart des documents examinés comprend des lettres et des rapports émanant de prêtres et d'évêques qui décrivent la situation de détresse des chrétiens d'Anatolie, surtout ceux des régions de Seert (auj. Siirt), Mardin, Jazira Ibn Omar (auj. Cizre) et leurs problèmes d'intégration dans les régions où ils avaient trouvé refuge, surtout à Jazirah, en Syrie, et à Zakho, en Irak.
Les familles étaient séparées et dispersées dans les États nouvellement formés. Souvent, on manquait de prêtres, car ils avaient été tués durant les massacres de 1915-1917. Les dirigeants des églises vivaient au loin, le patriarche chaldéen entre Mossoul et Bagdad en Irak, le nonce apostolique auprès de la Syrie était à Beyrouth et celui de la Turquie à Istanbul. Durant ces deux décennies, les différents bureaux de la hiérarchie ecclésiastique furent réorganisés en fonction de la nouvelle situation géo-politique.
Il est important de souligner que durant les années 1930, le nord de la Mésopotamie se caractérisait par une instabilité, des troubles, des massacres et une situation incertaine. Il y avait d'énormes problèmes dans les communications, comme l'atteste cette dénonciation d'un ordre de déportation des habitants de Mardin, envoyée par Israël Audo, le 6 juillet 1934, au patriarche chaldéen de Babylone, Emmanuel II Thomas, en Irak. Cette même dénonciation fut envoyée le 23 juillet 1934 au cardinal Luigi Sincero, secrétaire de la Congrégation des églises orientales. En raison de son importance, je retranscris ici un large extrait de ce document :
“Au PATRIARCHE CHALDEEN Mardin le 16 Juillet 1934
Béatitude,
j’avais déjà eu l’honneur d’informer Votre Béatitude que depuis quelques années le gouvernement d’Ankara avait émis le projet d’échanger les habitants de Mardin, musulmans et chrétiens, contre des émigrés turcs des Balkans. Le dit projet qui était en puissance passa ces jours-ci en acte; il fut confirmé par le Parlement national et bientôt on le mettra en exécution. 
Chaque année, dit-on, on fera émigrer une partie des habitants de Mardin et ses alentours et cet échange finira, dit-on, dans dix ou quinze ans, en fin de quoi ces pays deviendront absolutement et purement turcs et pas une personne indigène, dit-on, n’y restera. Il est dit aussi qu’il ne sera pas permis aux émigrés de se cantonner ensemble, mais à chaque personne ou à chaque famille on assignera une place à part qu’il ne lui sera pas permis de quitter. Il est dit aussi qu’on a déjà désigné le pays de Thrace près de la Bulgarie pour les habitants de Mardin où ils seront dispersés sans qu’il leur soit permis de se réunir.
Cette triste nouvelle trouble fortement tous les habitants musulmans et chrétiens et leur jeta dans le désespoir. 
Jusqu’à la fin de Mai on payait une livre et demie pour avoir un passeport; mais depuis le 25 Mai on est obligé de payer 25 livres, de plus les routes qui étaient jusqu’alors ouvertes deviennent de plus en plus difficiles et on dit qu’au commencement de l’émigration elles seront complètement fermées pour que personne ne puisse échapper.
A la fin de ce mois aura lieu l’émigration des Kurdes; on commencera par les plus influentes, les bandits, les riches et surtout les chefs; on dit qu’on fera émigrer tout d’abord mille familles de Mardin, dont 700 musulmans et 300 chrétiennes. 
A l’intérieur de Mardin, il y a 300 familles Jacobites et 180 familles de tous les rites catholiques, car celles-ci diminuent de jour en jour par leur fuite ailleurs, vu le manque de gain et les taxes exorbitantes; celles qui restent désirent ardemment s’échapper, mais elles ne le peuvent.
Quant aux catholiques de Diarbekir ils ne dépassent pas le nombre de 60 familles avec un seul prêtre du rite chaldéen; les arméniens schismatiques comptent 150 familles et les Jacobites 120 familles chassées de leurs villages. 
De notre communauté chaldéenne à Mardin, il n’en reste que 18 familles de sort que je puis dire que notre communauté chaldéenne de Mardin est perdue; nous en avons à Mediath et Karfajorh 150 personnes qui sont également effrayées de ces tristes nouvelles et cherchent à s’évader et j’espère qu’elles y arriveront.
J’ai envoyé à Hessetché 4 caisses de livres et si elles y arriveront en bon état j’en enverrai d’autres; je ferai de même des objets de l’église si l’occasion me le permet, car je crois que ce n’est plus possible et nous sommes ici comme des voyageurs obligés d’abandonner bientôt les églises et ses legs dont la reprise me coûta bien des dépenses et des fatigues.
Le clergé est très troublé, il craint beaucoup, car on le compte parmi le riches, mais en réalité il n’a rien; il cherche à s’enfuir s’il lui est possible, mais il rencontre des grosses difficultés; si par exemple on fait émigrer prochainement les prêtres, ce sera chacun à part, sans qu’ils puissent se voir, ni s’entr’aider, ni s’encourager; ils ne pourront non plus secourir une âme chrétienne puisque ils en seront bien loins; ainsi chaque prêtre et chaque fidèle mourra tout seul de faim et de misère, privé également de tout secours spirituel et matériel.
Quant aux veuves et pauvres qui restent chez nous (car j’en ai fait partir un grand nombre, de temps à autre, à mes frais) je ferai tout mon possible pour les sauver.
[…]
sign. Israel Audo
Eveque de Mardin”10.
Mirella Galletti, "Correspondence between Eugenio Pacelli  secretary of state and Angelo Giuseppe Roncalli  apostolic delegate to Turkey , (1935-1939)" ; in 


Studi sull' Oriente Cristiano, 15/1 Rome, 2011. (commande des numéros directement au site de  l'Academia Angelica Costantiniana).





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