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Les Kurdes, un peuple sans État


Sortie demain du nº88 de la revue Al-Qantara, avec un dossier sur la question kurde :


Pourquoi les Kurdes?
Régulièrement, Qantara consacre son dossier central à l’une ou l’autre des grandes communautés ethniques ou religieuses qui composent le monde arabe: les coptes (nº35), les Arméniens (nº63), les Berbères (nº66) ou encore les chrétiens du monde arabe pris dans leur ensemble (n°21 et 74). Il était donc normal de nous arrêter sur une communauté dont l’histoire, la présence et le poids, sont à la fois singuliers et importants. De fait, plus qu’une communauté, un peuple sans Etat, comme il est dit en titre.Une autre raison à cela: une conjoncture politique qui place de nouveau les Kurdes sur le devant de la scène géopolitique; et ce, pour la deuxième fois en moins de dix ans. La première en Irak, la seconde en Syrie. En Irak, la consolidation de la province autonome du Kurdistan irakien depuis 2004 représente un tournant considérable dans l’histoire des Etats nés du traité de Lausanne (24 juillet 1923). En Syrie, la pointe nord-est du territoire tombée sous le contrôle des partis kurdes laisse présager des développements qui ne laisseront pas indifférents le grand voisin du Nord, la Turquie. 
Mais quoi qu’il en soit de l’évolution politique future, les Kurdes sont d’ores et déjà des acteurs avec lesquels il faut compter en politique, tant intérieure que régionale. Et puis la question kurde pose de façon aiguë le problème du pluralisme politique et idéologique dans les sociétés du Proche et du Moyen-Orient. Un pluralisme mis à mal partout et qui ne figure malheureusement pas parmi les premières exigences des révolutions arabes. Victimes d’un nettoyage ethnique que beaucoup qualifient de génocide, les Kurdes d’Irak notamment sont aujourd’hui les témoins à charge de la violence inouïe exercée par Saddam Hussein. Un dictateur qui n’a pas agi seul, qui fut soutenu par un parti et guidé par une idéologie. Tenu en tous cas, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Irak, pour un héros de la «cause arabe». Même et y compris après les tueries aux gaz toxiques de Halabja. C’est dire le scepticisme des Kurdes face à des projets de société démocratique qui ne mettent nullement en cause la culture dominante toujours monolithique.

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