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Peyda shodam, sheyda shodam

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Samedi 16 mai. salle Pleyel. Alem Qasimov en première partie ; Shahram Nazerî en second. Deux monuments en une même soirée : le plus grand chanteur d'Azerbaïdjan et le plus grand chanteur d'Iran (oui, je préférerai toujours Nazeri à Shajarian). Alem Qasimov, je l'ai vu comme sous un hâl , une vision rouge, avec dans ses chants, quelque chose d'un peu sauvage, qui tournoyait, comme la danse des cosaques dans Ivan le Terrible . Il a quelque chose de tourmenté et d'introverti, malgré sa façon de se tordre, assis, pour lancer une note plus haute que d'autres, ou un passage plus pathétique, suivant un silence, où il reprend souffle, s'éponge le front, s'essuie les yeux, se mouche. Entrecoupé de pauses, de torsions et tendu sous l'effort, son chant, son abord au public, évoquent une forteresse fière, qui n'ouvre pas ses portes aisément à la compréhension des oreilles béotiennes. La beauté du mughal se mérite... Elle culmine comme la majesté de l'El...

Temps chrétien, temps musulman

"Adam reçoit l'insufflation de l'esprit, qui demeure vivant en son intériorité cachée. La tâche des hommes est de réaliser la révélation de l'esprit prophétique, jusqu'à rejoindre l'archétype foncier, le père spirituel, Muhammad. L'événement historique de la révélation muhammadienne, et de l'exégèse développée par les Imâms, est l'accomplissement de ce retour, en une réconciliation de l'ordre temporel, gouverné par la paternité adamique, et de l'ordre spirituel, commandée par l'anthropomorphose de l'esprit dans le plérôme originel. Mais cet accomplissement n'est pas temporel. Il est retour à l'origine spirituelle, et il dépend de l'aptitude des fidèles à la connaissance de l'esprit. Le temporel s'évanouit, conformément à sa nature évanouissante foncière, tandis que demeurent les divers degrés de la remontée dans le monde de l'impératif, l'homme psychique, l'homme intelligible, l'homme spirituel div...

Sur toutes choses, un unique flot...

"Le Premier être au contraire laisse ruisseler ses bontés sur toutes choses en un seul et unique flot. Si elles se distinguent ensuite, cela tient à la qualité des récepteurs." Cette phrase du  Commentaire du Grain de sénevé  me refait penser à ce que disait Corbin de la dyade Ange-Homme et du rapport personnel, élu, qu'il induisait entre l'Ange et l'homme, au contraire d'un ciel dépeuplé, d'où pleut uniquement l'amour divin, profondément égalitaire, certes, sans injustice ni "préférence", sans choix, presque d'une aveugle constance :  "No, no es cierto que solo Dios basta" . A l'époque, l'amour divin m'avait paru quelque peu emmerdant. Rien d'inattendu. Dieu est bon et aime tout le monde de la même façon. Bravo, mais pas de quoi avoir envie de se singulariser, comme je le constatais avec un certain dédain (ou dépit) : "Voilà, un Ciel uni, plus de froufrous et de lumières d'anges, et surtout plus de rap...

La sagesse est un devenir angélique de l'homme

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Murillo, La cuisine des anges, 1646, musée du Louvre "Si l'intelligence est notre vraie réalité, si l'homme intelligible est au centre d'une anthropologie, héritée de Plotin, qui en fait l'origine et le terme de l'homme psychique et de l'homme sensible naturel, l'intelligence est bien la puissance métaphysique par excellence. Or l'intelligence ne fait qu'un avec le coeur, de sorte que "l'amour s'ensuit de la perception de l'être, parce que celui-ci est bien pur. L'intuition de la présence de l'être conduit aux pratiques suprêmes de la contemplation, que Mollâ Sadrâ ne craint pas de désigner par les trois modulations suivantes de l'amour : l'amour fou ( al-hayamân ), l'amour spirituel ( al-'ishq al-rûhânî ) et l'amour divin ( al-mahabba al-ilâhîya ). La métaphysique instruit une pratique de la liberté, à l'imitation de la liberté divine, et cette liberté s'inscrit dans la nature même de l...

"splende in ciel più vago il sole..."

Le 8 au matin, très occupées par les ultimes courses : achats au bazar, change pour le taxi. Provision de ces grosses galettes de miel et de loukoums parfumés dont ma famille est friande (pas moi, qui n'aime pas le sucre). Mais c'est toujours plaisant de bavarder au bazar avec les marchands ; il n'y a rien que j'aime plus que les bazars au Moyen-Orient. Encore plus que les mosquées, c'est dire... C'est alors qu'un coup de fil impromptu de monsieur l'Ambassadeur nous informe qu'il nous attend cet aprem à 14 heures à l'aéroport, avec une brochette de sénateurs français dont Roxane pourra tirer le portrait ("Hein ? Pour quoi faire ?" fut la première réaction de Roxane, pas très portée sur les personnalités françaises), et que Monseigneur Rabban accompagne aussi et donc on se verra là-bas. Ah bon ? Il n'est pas avec le pape, finalement ? Bon, notre avion devant décoller à 16 heures, ça nous fait avancer d'une heure le départ à l...

Barzan-le Mont Shirine

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La voiture devait nous prendre à l'hôtel à 11 heures. Naturellement, à 11 heures, coup de fil pour nous annoncer que euh "on vient à midi". Une demi-journée pour le circuit ça va être serré. mMis l'habitude de travailler sous état d'urgence en Turquie a fait, cependant, que nous avons développé deux capacités qui nous collent à la peau en voyage : 1/ l'aptitude à boucler les sacs et vider une chambre d'hôtel en 5 minutes chrono, soit parce que la Turkish Polis avait, pouvait, aurait dû décidé-er de nous expulser, soit parce qu'il fallait être prête à anticiper une expulsion, ou bien filer dare-dare avant que les pandores se réveillent pour cause de mouchardage du taulier ; d'où l'inefficacité totale (et qui nous faisait ricaner) des ronchonneries prématurées de Rabban, toujours prêt à parier à tort que puisqu'il nous annonce qu'on lève le camp dans 3 minutes, naturellement nous le mettrons en retard... 2/ la capacité à bosser très vite...

Erbil : Messe basse sans curé...

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Derniers jours au Kurdistan, ce qui nous semble aussi scandaleux qu'invraisemblable. Nous les passons à Erbil, en attendant un hypothétique coup de fil (non, pas du Matran mutique, d'un contact de Saywan qui doit nous balader à Barzan). En attendant, on meuble : visite de la mosquée al-Khayat, assez jolie, avec son style néo-ottomano-ilkhanide, bien plus jolie que celle qui fait face au parc du minaret et qui ressemble à une église années cinquante de chez nous, c'est à dire à une gare moche. Arrivé devant, le taxi nous fait signe de descendre et nous emmène obligeamment jusqu'à l'entrée, des fois qu'on ne la trouve pas. Coup d'oeil approbateur quand il nous voit sortir nos keffieh pour nous couvrir la tête. Un vieux vient sur le pas de la porte et je lui demande en kurde si on peut visiter, tout en essayant de mettre mon keffieh sans grand succès, si bien que le gardien, apitoyé me fait signe de venir près de lui, prend le keffieh, me le met sur la tête et ...