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Inscription de la Citadelle d'Erbil au Patrimoine mondial : rapport de l'ICOMOS en ligne



Le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) vient de publier ses Évaluations des propositions d'inscription de biens mixtes et culturels en 2014 au Patrimoine mondial de l'UNESCO (qui décide en dernier chef d'inscrire ou non un site sur la liste).

Parmi tous les sites et monuments évalués, figurait la Citadelle d'Erbil, dont, après examen, l'inscription n'a pas été désapprouvée, mais différée (contrairement à ce qu'on lit dans la presse kurde), en raison de certaines faiblesses du dossier, et, surtout, ce qui transparaît le plus, est que vider la Citadelle de sa population n'a finalement pas servi sa cause. On y mentionne aussi, au passage, Amadiyya et Diyarbakir, qui pourraient certainement prétendre, selon d'autres critères, à y être inscrites (si les autorités s'attelaient à la rude tâche de répondre aux critères demandés).

Le HCECR, lui, a vu rouge, accuse l'ICOMOS de partialité et de 'dessein caché' (toujours l'éternel complot) dans ce rapport 'biaisé' dont voici les conclusions et les recommandations finales soumises à l'UNESCO :


7 Conclusions: 

La citadelle d’Erbil, avec sa position en hauteur au sommet d’un impressionnant tertre artificiel s’élevant au- dessus de la plaine dans une région qui fut le berceau des premières villes, continue de produire une impression visuelle forte. D’abondantes traces écrites et épigraphiques évoquent aussi la longue histoire du site, documenté depuis l’époque éblaïte et qui a prospéré en tant que centre politique et religieux à la période néo- assyrienne. La permanence de son nom au fil des siècles renforce l’idée d’une longue continuité d’occupation. 
La proposition d’inscription semble influencée par ces trois facteurs mais, dès qu’il s’agit d’apporter des éléments matériels pour appuyer les justifications des critères sélectionnés, le dossier révèle un certain degré d’ambiguïté et de confusion. L’analyse comparative, les délimitations et les arguments avancés dans le dossier de proposition d’inscription ne contribuent pas à démontrer la justification de la valeur universelle exceptionnelle proposée à ce stade. 
En effet, le tissu bâti subsistant, fragmentaire, du bien proposé pour inscription et de la zone tampon témoigne de la plus récente période historique d’Erbil, entre le XVIIIe et le début du XXe siècle. En ce qui concerne les phases historiques antérieures, les traces subsistantes du bien proposé pour inscription n’étayent pas les arguments présentés dans le dossier de proposition d’inscription, pas plus qu’elles ne démontrent dans quelle mesure et comment les précédents tracés d’occupation ont déterminé la configuration présente de la citadelle. Des études historiques, documentaires et morphologiques supplémentaires, ainsi que l’archéologie, pourraient apporter un éclairage sur ce point. 
Le tell constitue la seule manifestation physique massive des anciennes phases d’occupation, mais en l’absence de fouilles archéologiques systématiques, l’information sur les précédentes strates demeure hypothétique et ne peut concourir à appuyer les arguments exposés dans le dossier de proposition d’inscription. À ce stade, il existe peu d’éléments matériels et de documentation scientifique démontrant que le tell recèle d’importantes traces archéologiques et coïncide avec le site de la cité assyrienne d’Arbèles. 
L’intégrité du bien proposé pour inscription est également préoccupante : la plupart des composants qui constitueraient un établissement urbain fortifié historique n’existent plus ou ont subi des transformations majeures. Il ne subsiste que quelques groupes de bâtiments résidentiels du XIXe siècle, dans un état précaire et fragmentaire. 

L’ICOMOS félicite la région autonome du Kurdistan pour ses importants apports à la préservation de la citadelle d’Erbil. Toutefois, il note que l’ambitieux programme de conservation et de revitalisation initié en 2008 en est encore à ses débuts et nécessite un engagement politique à long terme et une capacité institutionnelle substantielle pour être mené à bien. 
Certains projets majeurs – par exemple la reconstruction en cours de la grande porte, basée sur une documentation historique et graphique limitée de sa configuration pré-1980, et le musée national du Kurdistan – directement face à la citadelle – suscitent aussi des inquiétudes concernant le maintien de l’intégrité déjà entamée du bien proposé pour inscription et de son authenticité. 
8 Recommandations 
Recommandations concernant l’inscription
L’ICOMOS recommande que l’examen de la proposition d’inscription de la citadelle d’Erbil, Irak, sur la Liste du patrimoine mondial soit différé afin de permettre à l’État partie de :
 
  approfondir la recherche sur le patrimoine urbain- architectural et le contexte archéologique du bien proposé pour inscription et de son environnement afin de mettre en évidence les zones potentiellement importantes du bien en termes d’éléments matériels et de compléter l’analyse comparative, afin de comprendre si le bien pourrait être considéré comme ayant une valeur universelle exceptionnelle ; 
  si cette étude suggère que de solides arguments justifient la valeur universelle exceptionnelle du bien, alors : 
o modifier les délimitations du bien proposé pour inscription et de la zone tampon si et là où cela est nécessaire ; 
o formaliser par des moyens juridiques appropriés le rôle, la structure et les compétences de la Haute Commission pour la revitalisation de la citadelle d’Erbil en tant qu’autorité de gestion et la doter de ressources financières et humaines appropriées et stables pour permettre son bon fonctionnement sur le long terme. 
L’ICOMOS considère que toute proposition d’inscription révisée devra être étudiée par une mission d’expertise qui se rendra sur le site. 
Recommandations complémentaires 
L’ICOMOS recommande également que l’État partie prenne en considération les points suivants : 
  s’occuper de toute urgence de la stabilisation des pentes du monticule archéologique ; 
  reconsidérer l’emplacement du musée national du Kurdistan ou réviser substantiellement la conception architecturale du projet actuel pour l’harmoniser avec la citadelle et sa relation avec son environnement ; 
  étudier, documenter et cartographier les vestiges de surface subsistants de tout type et instaurer des mécanismes pour documenter et protéger les vestiges archéologiques enfouis des activités de construction ; 
  élaborer une stratégie pour attirer des investisseurs privés et construire un partenariat public/privé solide pour mettre en œuvre le programme de conservation et de revitalisation ; 
  entreprendre des études juridiques en vue d’améliorer le cadre légal existant en introduisant des mécanismes de soutien aux propriétaires privés concernant leurs obligations d’entretien de leurs biens patrimoniaux ; 
  renforcer l’implication des anciens habitants et de la société civile d’Erbil en général dans la revitalisation de la citadelle et fournir des instruments appropriés pour assurer leur participation effective au processus. 


Le rapport entier peut être lu en ligne ou téléchargé. La fiche d'Erbil se trouve aux pages 242-252, mais il est intéressant de tout lire, pour comprendre les raisons et les avis qui font que l'inscription d'un site, dans le monde, soit n'est 'pas recommandée', soit est 'différée' ou 'recommandée' et de pouvoir juger ainsi, par soi-même, si l'évaluation d'Erbil est ou non injuste. En plus, on apprend une foule de chose sur plein de monuments et lieux passionnants dans le monde…

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