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Deux contes juifs d'Amadiyya



Deux tombes, celles que les juifs disaient être de Hazan David et de Hazan Yosef se voyaient encore dans les années 1930. C’était une ziyaret juive très célèbre attenante à la synagogue Navi Yehezqel. 
Conte de Hazan Yosef et Hazan David : 

Deux frères, Yosef et David, voyageaient comme derviches (il y avait des derviches juifs, qui allaient de ziyaret en ziyaret) et vinrent un  jour à Amadiyya.  Voyant la beauté de l’endroit, ils demandèrent au pacha la permission de s’y installer. Quand le pacha leur demanda à quelle tribu ils appartenaient, ils répondirent : « Nous sommes de la tribu de B’ne Israël. »  
Mais le pacha était un ennemi des juifs et répondit : « Je n’ai pas de place pour vous ici. » 
Alors les frères repartirent pour Bebade. Mais en chemin, ils usèrent de leurs pouvoirs magiques pour jeter un sort au pacha, de sorte que ce dernier tomba malade. 
Dans sa détresse, le pacha envoya alors des cavaliers rattraper les frères, les priant de revenir et promettant d’accéder à leur souhait. Ils revinrent, guérirent le pacha, et lui demandèrent autant de terrain que l’étendue d’une peau de bœuf pouvait couvrir. Le pacha accepta.  
Les frères prirent alors une grande peau de bœuf séchée, la trempèrent dans l’eau plusieurs jours pour la rendre souple, et la découpèrent entièrement  en un long ruban étroit. Avec, ils mesurèrent une large surface de terrain plat, sur laquelle ils bâtirent leur maison et la synagogue. »

L’histoire de Yosef Manoah est l’histoire (réarrangée en presque happy end) de la prise d’Amadiyya en 1832. Elle évoque le pillage des biens et des synagogues des juifs et combien ils eurent à souffrir, peut-être plus encore que les autres, de la chute d'Amadiyya.

Comment un juif d’Amadiyya faillit sauver la ville du Mîr aveugle : 

Dans la ville, vivait une famille du nom de Manoah, qui était si riche qu’elle possédait une table et une jarre d’or pur. Quand Mîr Kura vint assiéger Amadiyya, le chef de cette famille, Yosef Manoah, vint trouver le sheikh d’Amadiyya, Mer Sevdina, et lui dit : « N’ai pas peur de Mîr Kura. Lève une armée. Je pourvoirai à sa nourriture, à sa solde et à son équipement. »  
Amadiyya n’ouvrit donc pas ses portes au Mîr aveugle. Mîr Kura assiégea la ville sept ans durant mais ne put la prendre, pendant toutes ces années. Mais comme il occupait les vignobles et les jardins autour de la ville, celle-ci finit par souffrir de plus en plus de la famine.  
Yosef Manoah grimpait souvent sur les remparts et insultait Mîr Kura : « Pourquoi attaques-tu Amadiyya, Mîr Kura ? Cela fait sept ans que tu encercles notre ville sans pouvoir la prendre. Contre toi, j’userai de balles d’or et d’argent ! » 
Mais dans la ville régnait la famine. Alors la grand-mère de Yosef Manoah prit la dernière poignée de riz qui lui restait, et comme il ne restait évidemment plus aucune bête comestible à traire, elle tira le lait d’une chienne et fit cuire le riz dans ce lait.  
Plus aucune volaille à manger ne restait. Elle alla prendre une perdrix (les juifs gardent ces qoqwanta comme animaux de compagnie), la fit cuire comme si c’était un poulet, la posa sur le riz et envoya la nourriture au camp de Mîr Kura avec ce message : « Pourquoi restes-tu devant Amadiyya ? Tu vois que nous avons encore de tout : viande, riz et lait. » 
« C’est vrai », dit Mîr Kura. Et il commença de songer à se retirer. 
Mais à Amadiyya vivait une sorcière musulmane, si habile en son art qu’elle pouvait même traire la lune. Elle alla trouver Mîr Kura et lui dit : « C’est un mensonge. La ville n’a plus à manger. »  
Mîr Kura répondit : « Mais je ne peux pas y entrer de force. La montagne et les murs m’en empêchent ! »  
La sorcière répondit : « Creuse un souterrain ! » 
Alors Mîr Kura creusa un tunnel sous les murs, y mit des explosifs et fit sauter la muraille. Ainsi il put entrer dans la ville. Quand il fut dans les murs, il demanda le nom de ce juif qui l’avait maudit du haut des remparts. Il donna aussi les maisons des juifs à piller à ses soldats, et il vendit le butin au marché.  
Mais Yosef Manoah, qui avait échappé au Mîr, était si riche que du butin, il put tout racheter. »

Contes rapportés par Erich Brauer, dans The Jews of Kurdistan, 1993.

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