Assassinat du journaliste Kawa Germiyani : un responsable militaire de l'UPK arrêté


Le 6 décembre, des hommes armés ont abattu un journaliste enquêtant sur des affaires de corruption.
Kawa Ahmed Germyani, rédacteur en chef du magazine Rayal et correspondant du journal Awene était âgé de 32 ans. Il a été blessé par des tirs l’atteignant à la tête et à la poitrine sous les yeux de sa mère, alors qu’il se trouvait à son domicile, à Kalar, province de Suleïmanieh, en soirée. Transporté à l’hôpital, il est est mort peu de temps après.



Kawa Germiyani avait reçu auparavant des menaces de mort et il était également poursuivi en justice par plusieurs hommes politiques et responsables de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) qu’il avait mis en cause dans ses articles.

Reporters sans Frontières a immédiatement condamné le meurtre et a accusé les autorités de la Région du Kurdistan d’Irak de n’avoir pas fourni de protection au journaliste qui se savait menacé.

« Nous sommes horrifiés par l’assassinat de Kawa Germyani. Nos plus sincères condoléances vont à sa famille et à ses collègues. Connu pour son professionnalisme et ses enquêtes sur des affaires de corruption et de népotisme dans la région du Kurdistan irakien, le journaliste se savait menacé. Il avait d’ailleurs alerté les autorités de la région sur les menaces qui pesaient contre lui. Ce crime aurait pu être évité si ces mêmes autorités locales avaient pris les mesures nécessaires afin d’assurer sa protection. »
« Nous sommes très inquiets du fort climat d’insécurité qui pèse sur les journalistes au Kurdistan irakien, et plus généralement en Irak, et de l’impunité dont bénéficient leurs agresseurs, ou leurs assassins. Aussi nous exhortons les autorités locales et nationales à mettre en oeuvre les mesures appropriées afin que les professionnels de l’information puissent exercer leurs fonctions sans craindre pour leur sécurité et pour leur vie. Il incombe aux autorités de la région du Kurdistan irakien et du gouvernement central de Bagdad de mener des enquêtes approfondies sur ces assassinats et sur ces groupes qui visent les journalistes. ».
Le même jour, 7 décembre, des centaines de personnes, des journalistes, mais aussi des écrivains, des avocats, des universitaires ont manifesté à Suleïmanieh, devant les bureaux du parlement kurde, ainsi que dans les villes de Kalar et Kifri. Le 9 janvier, plusieurs dizaines de journalistes, de représentants d’organisation de la société civile et plusieurs députés manifestaient à leur tour devant les locaux de l’ONU à Erbil, à qui ils ont remis un memorandum. Les protestataires brandissaient aussi des pancartes, des posters et des photos du journaliste assassiné, avec le slogan « Oui, oui à la liberté, no, non aux meurtres de journalistes. »
Le dirigeant de Zar, une organisation de défense des libertés, Hajar Anwar a même été jusqu’à réclamer auprès de l’ONU en Irak (UNAMI) l’envoi d’une « force internationale  pour protéger les vies des journalistes » en plus d’une équipe internationale pour enquêter sur le meurtre.
Hajar Anwar a en effet rappelé que les autres affaires de meurtres de journalistes qui se sont produits dans la Région kurde ou à Kirkouk,, comme ceux de Soran Hama et Sardasht Osman, n’ont jamais été élucidées. Il a appelé aussi toutes les organisations de la société civile, les intellectuels et les artistes à poursuivre leur sit-in afin de faire pression sur le GRK, accusé d’indifférence (quand ce n’est pas de complicité ou d’implication directe, dans le cas de Sardasht Osman) au sujet des meurtres de journalistes.

Le 11 décembre, des journalistes ont également manifesté devant le Conseil des ministres. Sortant parlementer avec eux, le porte-parole du gouvernement, Safeen Diyazee a promis que l’enquête suivrait son cours et que le cabinet avait décidé de former une commission à cet effet.

Déjà, le 9 décembre, quatre suspects avaient été arrêtés à Kalar, sans que leur identité soit révélée. 
Mais dans cette affaire, le principal suspect a été, dès le début, un responsable militaire de l’Union patriotique du Kurdistan, Mahmoud Sangawi, quiavait été mis en cause dans un article de la victime et avait en juillet 2012, menacé par téléphone le journaliste. Mais Kawa Germiyani avait enregistré cet appel et l’avait diffusé, tout en portant plainte contre Sangawi pour ses menaces. Il avait réclamé, en vain, une protection des autorités, et même du consulat américain, sans succès.
Le 18 décembre, le ministre de l’Intérieur de la Région a publié sur le site Internet du ministère un communiqué informant que Mahmoud Sangawi était disposé à comparaître mille fois devant un tribunal au sujet de l’assassinat de Kawa Germiyani, indiquant qu’il avait jusqu’ici reçu trois appels téléphoniques de la cour de Kalar.


Finalement le 7 janvier, Mahmoud Sangawi a été amené auprès du juge chargé de l’enquête, qui l’a interrogé deux heures, avant de décider de son maintien en détention a ensuite été décidé. Le suspect a demandé à être renvoyé au ministère des Peshmergas pour y être arrêté, souhaitant sans doute relever d’une instruction militaire, mais sa requête a été rejetée.

Depuis 2008, quatre journalistes kurdes ont été assassinés. Le Dr. Abdul Al-Sattar, un universitaire âgé de 74 ans, avait été tué à Kirkouk le 10 mars 2008, après avoir écrit dans le journal Lvin où il critiquait les dirigeants kurdes de ne pas œuvrer assez énergiquement pour la réintégration de Kirkouk dans la Région.

En juillet 2008, toujours dans la province de Kirkouk (hors GRK, donc), le journaliste Soran Mama Hama avait été abattu par des tireurs non identifiés. Il travaillait lui aussi pour le journal Lvin.

Dans la Région même du Kurdistan, à Erbil, Sardasht Osman avait été enlevé en mai 2010 et retrouvé mort à Mossoul quelques jours plus tard. Il avait écrit plusieurs articles critiquant le népotisme de Massoud Barzani et de son clan.

Plus récemment, en octobre 2013, des hommes armés ont tenté de tuer à Suleïmanieh Shasiwar Abdul Wahid, homme d’affaire et propriétaire de la chaîne de télévision NRT qui avait déjà fait l’objet de deux attaques dans le passé.

Dans son communiqué, Reporters sans Frontière a accusé les autorités kurdes de n’avoir commis que des « simulacres d’enquête » au sujet de ces meurtres. Avec l’arrestation de Mahmoud Sangawi, c’est la première qu’un responsable politique est mis en cause et arrêté par la justice.

Le 12 décembre, la Commission indépendante des droits de l’homme au Kurdistan a donné une conférence de presse au sujet de son rapport annuel. La présidente de la commission, Zeya Betruss Slewa, a déclaré qu’en dépit d’améliorations dans le domaine des droits de l’homme, le Kurdistan connaissait toujours des difficultés. Un grand nombre de détenus attend ainsi d’être jugés. La Commission a également appelé à la révision des procès de 183 condamnés à mort.


Pour la seule année 2013, une centaine de personnes ont perdu sur les lieux de leur travail en raison des mesures de sécurité défectueuses et de leurs conditions de travail. Enfin, le droit à l’information des journalistes et leur sécurité reste toujours un problème récurrent.

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